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comment vivre avec 17 000 DA/mois ?

Mohamed S., 48 ans, est employé dans la catégorie des corps communs depuis plus de 15 ans, dans une structure hospitalière à Alger. Ces derniers temps, il a été affecté au service de la restauration «avec moins de charge et moins de stress». Son salaire dépasse de quelques centimes les 16 000 DA le mois. «Parfois il frôle les 18 000 DA, mais c'est très rare» dit-il. Mohamed a trois enfants à charge (deux garçons de 14 et 9 ans et une fille de 7 ans) et son épouse ne travaille pas. Et les éclats de rire de cette famille ne laissent filtrer aucun sentiment de besoin. «Hamdoullah, il y a des gens en situation pire que la nôtre», répond Karima, la femme de Mohamed, à notre question insistante de savoir comment font-ils pour s'en sortir avec leurs moyens financiers dérisoires, surtout en cette période nécessitant des dépenses particulières (Ramadhan et réceptions familiales). La famille occupe un F2 dans la cité 348 Logements, à la sortie est de Réghaïa. Un canapé et un téléviseur installé sur une table retapée sont tout le mobilier visible dans la pièce qui fait office de salon. Un vieux tapis, dont les couleurs sont ternies par les lavages récurrents, reflète une propreté impeccable. Le mari confie la «gestion» de son salaire à son épouse. L'alimentation accapare presque la totalité du salaire. «Ma femme prépare un seul repas, celui du soir, autour duquel toute la famille est présente. Pour le déjeuner, elle préfère se passer de cuisine. Elle réchauffe ce qui reste du dîner de la veille. Les enfants mangent à la cantine scolaire. Pour le petit-déjeuner et le goûter, deux sachets de lait pasteurisé font l'affaire.» En général, «le salaire ne nous suffit pas. Il ne couvre pas tous nos besoins alimentaires, à savoir pâtes, semoule, pommes de terre et quelques légumes de saison. Quand le poulet n'est pas cher, on s'en procure des morceaux de temps à autre pour agrémenter nos sauces. Mais depuis qu'il a dépassé 300 DA/kg, c'est uniquement le jour où je perçois ma paie que j'en achète. Généralement, j'emprunte toujours de l'argent pour boucler mes fins de mois. Il y a toujours 3000 ou 5000 DA à rembourser à chaque fois que j'empoche mon salaire», explique notre interlocuteur. Et d'ajouter : «Il nous faut au minimum 30 000 DA pour couvrir les frais quotidiens. Il faut compter des frais supplémentaires durant le Ramadhan et à la rentrée scolaire.»«Même un ordinateur des plus sophistiqués ne serait pas capable de résoudre cette équation : gagner 16 000 DA et devoir dépenser 30 000 et parfois 40 000 DA», plaisante Mohamed. En fait, Mohamed s'arrange de temps en temps pour exécuter des travaux de bâtiment afin de «gagner quelques sous supplémentaires». C'est généralement pour les factures, pour l'achat de médicaments ou pour faire face à une dépense imprévue. L'été, la galère ! «C'est surtout à l'approche du Ramadhan que je suis obligé de prendre ces activités. J'essaye de dessiner un sourire sur les visages de mes enfants», dit-il. «Je suis pauvre, Allah Ghaleb, mais je ne suis pas fainéant. Je fais le maximum pour couvrir les besoins de la famille, mais ce n'est pas évident. Je prie Dieu pour qu'il préserve ma santé pour pouvoir travailler encore dans les chantiers pour faire face aux dépenses de chaque Ramadhan et à celles de la rentrée scolaire, mais avec l'âge, ce ne sera plus possible longtemps», soutient notre interlocuteur. «En été, j'accepte de faire ces travaux, quand des entrepreneurs que je connais sont en panne de main-d'½uvre. Je travaille quelques jours par mois, mes jours de congé ou le week-end généralement. Tant qu'il y a la santé, ce n'est pas un problème», dit-il, le sourire ne quittant pas ses lèvres. Pour cette famille, le manque de ressources est ressenti avec acuité en été. «En hiver, les enfants se contentent de manger n'importe quelle soupe. Ils ne sortent pas et se concentrent sur leurs études. En été, c'est la galère.» «Les enfants passent leur temps à réclamer des plats plus légers mais plus coûteux. Ils veulent sortir, manger de la pizza en ville. Ils réclament des glaces comme leurs copains et demandent à leur père de les emmener à la plage. Ce n'est pas loin, mais, il faut des dépenses. L'aîné veut aller au cybercafé, il y a aussi les fêtes de mariage des proches, des dépenses supplémentaires pour les cadeaux et les frais de déplacement», indique l'épouse de Mohamed en faisant un effort pour contenir ses larmes. Le père de famille reconnaît qu'il sent une grande gêne quand ses deux frères cotisent pour lui offrir de quoi couvrir les frais de l'Aïd et de la rentrée scolaire. «J'occupe le logement de nos parents. Ils ne me réclament rien en contrepartie et cela est vraiment généreux de leur part. J'espère bien qu'ils savent que je fais tout pour m'en sortir, à part voler, bien sûr», explique Mohamed. Sa femme Karima reçoit, quant à elle, des cadeaux de sa mère, des vêtements pour elle-même et parfois pour les enfants. Un grand soulagement pour le ménage. «Actuellement, grâce à l'aide de la famille, nous tenons le coup. Nous nous estimons très aisés par rapport aux voisins qui vivent en location à 15 000 DA/mois.» Pour Karima, tout l'espoir repose sur ses enfants : «Un jour, ils porteront le fardeau à notre place. Pour le moment, ils travaillent bien à l'école, espérons qu'un jour leurs études les mèneront à bon port. C'est à ce moment-là seulement que notre misère sera oubliée.»  

El Watan

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