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«Le mode de consommation a fondamentalement changé»

L''institut de sondage Solis, spécialisé dans les études ethniques, scrute attentivement les nouvelles tendances de consommation des minorités. Son directeur, Abbas Bendali, estime à 5 milliards le marché du halal en France. Pour lui, on ne consomme plus de la même façon qu'il y a quelques années, surtout durant le Ramadhan. -Que représente le marché halal en France ? Avec un potentiel de 5 millions de consommateurs en France métropolitaine, le marché du halal est un secteur économique dynamique et conséquent aujourd'hui. Il convient de le scinder en deux parties. D'abord, la consommation à domicile, ou le «panier de la ménagère», qui représente 4,5 milliards d'euros. Ce chiffre porte pour l'essentiel sur la viande brute. Les principaux canaux de distribution sont les commerces traditionnels comme les boucheries musulmanes. Depuis quelques années, on assiste au développement de produits élaborés à base de viande : charcuterie, plats cuisinés, sauces... Les bonbons fabriqués sans gélatine de porc sont aussi concernés. Des segments sont encore en friche, comme les pots pour bébé où le taux de pénétration est encore assez faible mais sur lesquels il y a un potentiel important. En seconde position vient la restauration hors domicile avec un milliard d'euros. Cela concerne le secteur de la restauration et surtout la restauration rapide avec le développement des offres telles que les kebabs et autres sandwicheries. -On remarque la présence des produits halal dans les supermarchés et même de la publicité dans l'espace public. Leur consommation s'est-elle banalisée ? Effectivement, le marché est entré aujourd'hui dans une phase de maturité. De grandes enseignes de la distribution comme Casino et Carrefour ont développé leurs propres marques et sont en concurrence avec les marques des industriels. Il s'agit là d'un signe de la banalisation de ce marché avec la présence à la fois de grandes marques nationales, de marques historiques, de marques premier prix et de marques de distributeurs. Il y a encore du potentiel dans le développement de ce marché, en premier lieu par le développement de la disponibilité de ces produits et l'étoffement de leur offre dans la grande distribution. Ces produits sont surtout dans les grandes enseignes périurbaines (Auchan, Carrefour...) qui ont une implantation qui colle parfaitement à la localisation de ces populations. Le réseau du «hard discount» propose également, de manière plus récente et ciblée, une offre de produits halal. Le recours à la promotion sur le lieu de vente, les prospectus dans les boîtes aux lettres et la publicité dans les grands médias témoignent de la concurrence très vive entre tous ces acteurs, tout particulièrement pendant la période du Ramadhan. Sans compter l'arrivée de nouveaux compétiteurs sur ce marché, notamment la marque algérienne Koft, dont le lancement en France a été annoncé officiellement en avril dernier. -Y a-t-il une consommation spécifique durant le Ramadhan ? Le mois de jeûne est marqué par une hausse sensible de la consommation dont le niveau varie en fonction des types de produits. Ces dépenses concernent pour l'essentiel les achats de viande qui vont peser fortement dans le budget des ménages mais aussi les produits d'épicerie, les produits laitiers, les produits frais et les boissons. Les produits saisonniers, associés traditionnellement au Ramadhan, présentent un pic de ventes avec une forte contribution de cette période à leur chiffre d'affaires : les feuilles de brick, les dattes, le lait fermenté et les soupes traditionnelles du Maghreb, (h'rira et chorba). D'autres produits vont également bénéficier d'un fort impact pendant cette période, dopés éventuellement par une météo clémente, comme les sodas, colas, boissons fruitées et jus de fruits du rayon frais. Des produits dont la consommation est régulière tout au long de l'année vont accroître également leurs performances commerciales. Il s'agit des fromages à pâte fondue, des produits de charcuterie, des yaourts nature ou aux fruits, du couscous en grain, des bouillons en cube et des sauces à base de tomate. Cette structure de consommation varie en fonction d'un certain nombre de paramètres, l'âge et l'activité professionnelle notamment, qui vont influer sur les modes de consommation. A titre d'exemple, les classes d'âge les plus jeunes, les 18-34 ans, achètent davantage de soupes liquides ou déshydratées (de type chorba ou h'rira) que leurs aînés pour lesquels ces produits sont encore élaborés majoritairement de manière domestique. De même les céréales et les corn-flakes, les barres chocolatées, les jus de fruits frais ou les yaourts séduisent les plus jeunes, notamment comme constituants de la dernière collation avant le début du jeûne, à la place de plats traditionnels. Ces nouvelles tendances de consommation conjuguent à la fois praticité pour les actifs, plaisir de consommer, respect des traditions et échanges culinaires interculturels. -Peut-on faire un profil-type du consommateur ? Le halal et, plus largement, le marché des consommateurs musulmans touchent aujourd'hui les originaires du Maghreb dans leur très grande majorité mais également les originaires d'Afrique subsaharienne (dont un peu plus de la moitié d'entre eux déclare acheter des produits halal) ou de Turquie. Les populations concernées sont extrêmement jeunes. Le poids des seniors (65 ans et plus) est très faible, soit 6 à 7% pour les originaires du Maghreb. Le phénomène est concentré sur les classes d'âge de moins de 50 ans. En corollaire, ce sont donc des gens actifs ou en scolarité pour la plupart, qui passent du temps à l'extérieur de chez eux avec évidemment le besoin de se restaurer, d'où le succès de la restauration rapide. Les originaires du Maghreb sont concentrés en Ile-de-France, en région PACA, en région Rhône-Alpes. Ils résident dans les grandes agglomérations urbaines, avec un taux de plus de 80% dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants.

El Watan

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