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Goodkuck Jonathan salue la foule pour le lancement de sa campagne à Lafia, Nigeria, le 7 février 2011. REUTERS/Afolabi Sotunde
Goodkuck Jonathan salue la foule pour le lancement de sa campagne à Lafia, Nigeria, le 7 février 2011. REUTERS/Afolabi Sotunde

Goodluck Jonathan, Monsieur Bonne Chance

Président sortant du Nigeria, il sera le favori de l’élection d’avril 2011. Son principal atout: une incroyable baraka.

Depuis le 6 mai 2010, l’homme qui préside aux destinées du pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria, s’appelle Goodluck Jonathan. Si celui qui lui a donné son prénom n’était pas un de ces sorciers d’Afrique, il en a en tout cas le don. Car en anglais, good luck veut dire «bonne chance» —et de la chance, Goodluck en a même à revendre.

Il a surgi sur la scène politique nigériane en 1998. Quand Diepreye Alamieyeseigha se présente au poste de gouverneur du riche Etat de Bayelsa (producteur de pétrole, situé dans le sud du pays), il le prend comme colistier au poste de vice-gouverneur.

Une fois élu en 2005, le gouverneur de Bayelsabest mis en examen pour une affaire de blanchiment d’argent en Grande-Bretagne. Alamieyeseigha est donc destitué par l’Etat, et le très chanceux Goodluck Jonathan lui succède alors au poste de gouverneur le 9 décembre 2005.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Ce membre du Parti démocratique populaire (PDP), le principal parti politique nigérian, se voit propulsé au sommet de l’Etat avec la dernière présidentielle d’avril 2007 au Nigeria. Après le mandat du président Olusegun Obasanjo, chrétien yorouba originaire d’Abéokuta dans l’Etat d’Ogoun, la géopolitique nigériane voulait que ce soit un musulman du nord qui accède au pouvoir.

Le destin choisit Umaru Yar’Adua, ancien gouverneur de l’Etat de Katsina comme candidat à la magistrature suprême. Même si, soit dit en passant, c’est le président Olusegun Obasanjo qui l’impose, du fait de sa grande amitié avec son frère et compagnon d’armes, l’ancien général et multimillionnaire Shehu Musa Yar’Adua.

Umaru Yar’Adua étant musulman du nord, il lui faut un colistier chrétien du sud au poste de vice-président. A côté de fortes personnalités à l’instar de Peter Odili, Goodluck Jonathan ne compte pas parmi les favoris. Loin s’en faut. Mais comme la chance est toujours avec lui, il est choisi contre toute attente. D'autant qu'Umaru Yar’Adua est bien conscient qu’en le choisissant, il ne lui portera jamais ombrage —contrairement aux autres .

La farce électorale de la présidentielle d’avril 2007 voit Umaru Yar’Adua élu président de la République fédérale du Nigeria et Goodluck Jonathan vice-président le 29 mai. Et puisque ce dernier a de la chance, et ainsi que fait dire Voltaire à Candide «le malheur des uns fait le bonheur des autres», le 23 novembre 2010 le président Umaru Yar’Adua part se faire hospitaliser à Djeddah (Arabie Saoudite) où il reste jusqu'au 23 février.

Une chance, serait-on tenté de dire pour Goodluck Jonathan, qui est d’abord investi président par intérim le 29 février 2010. Mais Yar’Adua, dont les problèmes de santé ne sont un secret pour personne, décède le 5 mai 2010. C’est le comble de la chance, Goodluck Jonathan devient enfin, grâce à une succession d'«heureux» hasards (il faut bien le dire), le président de la République du Nigeria le 6 mai 2010.

Ce cinquantenaire, titulaire d’un doctorat en zoologie de l’université de Port Hacourt (région pétrolière située au sud du Nigeria), se prépare à se succéder lors de la prochaine présidentielle. De la zoologie à la politique, il n’y a qu’un pas. Seulement voilà: dans ces deux domaines, seules prévalent la loi de la jungle et celle du plus fort. Récemment investi par son parti après les primaires pour la première élection prévue le 9 avril prochain, rien ne sera facile. Car l’actuel président du Nigeria tout autant que son épouse traînent des casseroles que ses adversaires ne manqueront pas d'utiliser contre lui.

En effet, Prudence Jonathan a été mise en examen pour blanchiment d’argent par la Commission fédérale de lutte contre la corruption (Economic and Financial Crimes Commission) et Goodluck Jonathan fait l’objet d’une enquête sur le financement de concerts au Nigeria avec Beyoncé, Snoop Dogg et Jay-Z. N’empêche, il a encore le soutien du parrain de son mentor, l’ex-président Olusegun Obasanjo. Et cet appui pourrait bien se montrer déterminant quand on connaît le poids politique de ce dernier au Nigeria, bien des années après son départ du pouvoir.

Face à la crise ivoirienne, Goodluck Jonathan se montre très coopératif avec la communauté internationale, et partisan de la ligne dure contre le président sortant Laurent Gbagbo.Il s’agit également pour lui de se poser en homme politique capable d’assumer les plus hautes charges dans son pays ainsi que le leadership du Nigeria en Afrique de l’Ouest. Pour autant, a-t-il les pieds assez grands pour porter les chaussures du Nigeria? C’est la question que l’on peut se poser. Et de répondre wait and see, comme diraient les Anglais.

Serge Félix N’Piénikoua

Serge Félix N'Piénikoua

Journaliste béninois, il collabore régulièrement avec Le Bénin Aujourd'hui, hebdomadaire de Cotonou.

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