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Marche de l'opposition La frilosité du pouvoir

Le pouvoir a déployé de gros moyens pour contrôler la marche de l'opposition. Il a misé sur la communication pour espérer réduire le potentiel de mobilisation de l'opposition.

La stratégie de communication du pouvoir s'est déployée en trois phases. D'abord, c'est le parti (le CDP) et son appendice de la FEDAP/BC qui sont montés au front. Meetings de remerciement du parti dans les villes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso après les élections couplées (six mois après), convocation du bureau politique, conférence de presse de la direction du parti, grande interview du secrétaire exécutif accordé à un quotidien de la place, le parti a tenu à jouer sa partition dans ce jeu où la bataille de l'opinion constitue un enjeu majeur. La FEDAP/BC a, quant à elle, prétexté de ses tournées d'installation ou de renouvellement de ses sections dans les provinces pour faire feu de tout bois sur la marche de l'opposition.

L'argumentaire déployé par le parti et la FEDAP/BC est de deux ordres : le premier est d'ordre légal. Le sénat figure dans la constitution depuis le vote de la loi constitutionnelle de juin 2012, donc il faut obligatoirement l'instituer. Le second argument est puisé dans l'élection du président du Faso. Pour le parti au pouvoir et son allié, dans le projet de société présenté par leur candidat, Blaise Compaoré, lors de l'élection de novembre 2010, figure en bonne place les propositions de réformes politiques. Le Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP) et les « Assises nationales » ayant retenu la proposition de la création du sénat comme point consensuel, sa mise en place est auréolée d'une double légitimité, celle des urnes et des « Assises nationales » qui auraient réuni « toutes les composantes de la nation ».

Toutefois, ces deux arguments souffrent d'une grande faiblesse tirée des pratiques du même pouvoir : ses volte-face fréquents. Le pouvoir a donné à voir il n'y a pas longtemps que la légalité pouvait bien être remise en cause. Deux exemples : la première, c'est la Taxe sur le développement communal (TDC) très chère à l'ancien maire Simon Compaoré. Elle avait été votée avant 2008. Dans le contexte de la vie chère avec des émeutes de février 2008, son application avait été différée. C'est en 2010 que l'Association des municipalités du Burkina Faso (AMBF) dirigée par le maire de la capitale a mis la question de son application sur la table. Dans un premier temps, le gouvernement a semblé la soutenir, rappelant comme aujourd'hui que c'est une loi votée par l'Assemblée nationale, donc forcément applicable. Après une campagne d'explication dans les médias, des ultimatums ont été décrétés.

Devant les fortes résistances, le gouvernement s'est mis en retrait, laissant seul en première ligne le maire Simon Compaoré. Avec la crise de 2011, le nouveau gouvernement est revenu rapidement sur la loi, ordonnant à l'Assemblée nationale de la retirer. Ce qui fut fait. Depuis lors, on ne parle plus de la TDC. Autre exemple montrant que la légalité peut être contestée, c'est la sanction contre l'anesthésiste de Séguénéga. C'est un décret du Conseil des ministres qui l'avait licencié avant que, sous fortes pressions syndicales, le Premier ministre ne rapporte la décision. Si ces deux exemples montrent que le gouvernement peut reculer sous la pression des autres acteurs, remettant en cause la légalité, il y en a d'autres où c'est le pouvoir lui même qui conteste des décisions légales. L'exemple des ministres Kaboré des Mines et Yaméogo de la Justice sont là pour en témoigner, eux qui ont refusé pendant des mois d'exécuter une décision judiciaire sous prétexte que les juges ont été corrompus.

L'entrée en scène des ministres et des partis alliés du gouvernement

Après cette première phase qui a vu le CDP et la FEDAP/BC monter en première ligne, le gouvernement est lui-même monté au front pour défendre le sénat. Il a envoyé dans toutes les régions des délégations ministérielles pour expliquer aux forces vives le bien-fondé de la deuxième Chambre. Le bilan a été mi-figue mi-raisin. Certaines délégations se sont retrouvées devant des publics foncièrement hostiles, y compris au sein des cercles supposées proches du parti au pouvoir. Les ministres sont rentrés pas franchement convaincus de l'adhésion de leurs interlocuteurs.

Le CDP et la FEDAP/BC peuvent-ils se permettre d'endosser seuls la responsabilité de l'échec devant l'opinion, surtout qu'ils partagent leur gouvernement avec d'autres partis qui ont intérêt aussi à la mise en place du sénat ? C'est ainsi que certains partis des « Refondateurs » ont été appelés à la rescousse. C'est la troisième phase de la stratégie de communication. C'est l'UNDD, le parti de Hermann Yaméogo qui se jette premièrement à l'eau, suivi quelques jours plus tard par celui du ministre de l'Action sociale Alain Zoubga, l'Autre Burkina/PSR. Après de longs développements sur l'utilité du sénat, ils finissent par dire qu'ils ne seront pas dans la rue le 29 juin comme si l'opposition légale les y conviait.

Mais leur position est logique dans la mesure où depuis 2006, ils ont bâti leur stratégie politique sur les concessions que le pouvoir pourrait leur faire. Ils ont fait du plaidoyer leur mode d'action politique. Ils ont largement communiqué sur leurs propositions de réformes en rencontrant tous ceux qui comptent à leurs yeux. Le contexte de la vie chère a poussé le pouvoir à reprendre à son compte en 2009 leur discours sur les réformes. Le président Blaise Compaoré s'en est approprié l'idée dans son allocution lors de la célébration de la fête de l'indépendance à Ouahigouya.

Il a fallu attendre 2011 avec la vague des contestations sociales et militaires pour que l'idée des réformes voit un début d'application. Les refondateurs se sont engouffrés dans la brèche après une petite hésitation. Pouvaient-ils se permettre de manquer au rendez-vous tant attendu ? A l'analyse, ils ne pouvaient pas faire autrement car, il y a longtemps que la plupart de ces partis ont fait le deuil de la mobilisation populaire comme mode de revendication politique. Cela s'explique par l'érosion de leur assise politique. Le chef de file du mouvement, Hermann Yaméogo, a eu deux chances historiques qu'il a dilapidées, celle de la Coordination des forces démocratiques (CFD) entre 1990 et 1992 et celle du Collectif contre l'impunité à la suite de l'assassinat de Norbert Zongo en 1998.

Par deux fois, il était partie pour devenir l'opposant le plus sérieux pour provoquer l'alternance, mais il finit toujours comme un attaquant qui s'arrête au point de pénalty pour donner la balle au défenseur en difficulté. Après une telle attitude, c'est la déception, y compris chez les spectateurs les plus neutres. Les autres partis de la mouvance des refondateurs ne brillent pas mieux. Au contraire, ils déclinent tous sur le plan électoral. Celui qui fait le plus de bruit aujourd'hui, l'Autre Burkina d'Alain Zoubga est sorti bredouille des élections couplées de décembre 2012. Aucun élu national, aucun élu local. Pourtant, il a obtenu un portefeuille ministériel au même titre que des partis comme l'UPR et la CFD/B qui ont eu respectivement cinq et deux députés ; 434 et 438 conseillers municipaux. Les autres têtes d'affiches des refondateurs, le RDEBF de Ram Ouédraogo et le PITJ de Soumane Touré ont même fait mieux que le parti de Zoubga puisqu'ils ont engrangé respectivement 07 et 64 conseillers municipaux. Pourquoi n'ont-ils pas eu de postes ministériels au même titre que celui qui a fait moins qu'eux ? La réponse pourrait être dans les promesses de postes de sénateurs. Dans ce long et houleux débat, ils n'ont pas pris position publiquement. Dans la logique de la politique de « concessions », ils pourraient compter sur le chef de l'Etat pour leur accorder quelques postes de sénateurs dans son quota de 29. Ce n'est pas une nouveauté car la caractéristique commune de tous ces partis, c'est qu'à un moment ou à un autre, ils ont eu à participer à la gestion des affaires avec le pouvoir en place. De 1992 à 2012, ils ont tous eu des portefeuilles ministériels et des sièges au niveau de l'Assemblée nationale.

Aujourd'hui, ils veulent boucler la boucle en accompagnant le pouvoir dans sa stratégie de perpétuation forcée.

Abdoulaye Ly

MUTATIONS N° 32 du 1er juillet 2013. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact :[email protected] ; site web : www.mutationsbf.net)

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