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Moussa Touati. Président du Front national algérien (FNA) : l’Etat fonctionne mieux sans le Président

Candidat déclaré à la présidentielle pour la troisième fois, Moussa Touati ne désespère pas d'arriver un jour à la tête de l'Etat pour «remettre les clés du pouvoir entre les mains du peuple».   -Pensez-vous qu'il y a un parallèle à faire entre le coup d'Etat militaire en Egypte et l'arrêt du processus électoral par les militaires algériens ? Je ne pense pas qu'on puisse faire un parallèle entre les deux événements. Car en Egypte, rien n'est encore réglé. Au pays des pharaons, le pouvoir est entre les mains des militaires depuis le coup d'Etat de Nasser en 1952, qui avait chassé du trône le roi Farouk. Je pense que le coup d'Etat de l'armée égyptienne aura des conséquences au sein même de l'institution militaire. Il est fort probable qu'une scission ait lieu. En Algérie, les choses sont plus subtiles. Ce sont les militaires qui installent le Président. Depuis Boudiaf, les militaires algériens choisissent des civils qu'ils installent à la tête de l'Etat. Bouteflika l'a très bien résumé quand il avait déclaré qu'il ne voulait pas être un trois quart de Président et tenté de neutraliser l'armée. Un objectif qu'il n'a jamais pu atteindre, car le fonctionnement de l'Etat algérien est totalement dépendant de l'armée.     -Considérez-vous l'amnistie accordée par le Premier ministre aux élèves qui ont triché au bac comme une décision populiste ? Je pense que le problème est profond. Ce qui s'est passé lors de l'examen du baccalauréat n'est que la conséquence d'une injustice sociale qui touche les couches les plus défavorisées. La triche qui a eu lieu lors de l'examen est un indicateur du fossé qui s'est creusé entre ceux qui peuvent compenser les grèves des enseignants en payant des cours de soutien à leurs enfants et les autres qui ne peuvent pas le faire. Car cette année scolaire n'a duré que quatre mois, suite aux grèves des enseignants. Normalement, le bac n'aurait pas dû avoir lieu. Il aurait dû être reporté ou annulé. Pour nous, c'est le gouvernement qui est le premier responsable de la radicalisation des enseignants qui dénoncent le manque d'engagement de la tutelle dans la prise en charge de leurs revendications socioprofessionnelles. C'est pour cela que je ne juge pas les lycéens qui ont tenté de tricher. Ils sont les victimes collatérales d'un conflit dont ils ne sont ni responsables ni partie prenante. En réalité, nous nous demandons si ce gouvernement n'a pas l'intention de favoriser la privatisation de l'enseignement au détriment de l'école publique. Pour ce qui est de la décision à proprement parler, ce n'est qu'une man½uvre pour acheter la paix sociale. -Comment jugez-vous les décisions prises par le gouvernement d'exercer son droit de préemption sur les entreprises étrangères ? Ces décisions sont d'abord politiques avant d'être économiques. Je préfère que l'Etat favorise l'investissement privé national qu'étranger. Mais dans le même temps, je suis favorable à ce que le secteur public soit renforcé. Il faut lui accorder une véritable autonomie de gestion, non pas comme cela a toujours été le cas. Si le gouvernement a l'intention de booster le secteur public, il devra d'abord mettre en ½uvre une profonde réforme du secteur. Il ne peut plus prendre des demi-mesures et jeter l'argent par les fenêtres. Le problème de ce pouvoir c'est qu'il ne sait pas quoi faire. Un coup, il se dit favorable à des réformes libérales et une autre fois, il penche pour un plus grand interventionnisme de l'Etat. -Etes-vous favorable à une élection présidentielle anticipée ou pensez-vous qu'il faudrait respecter le calendrier et attendre 2014 ? Le Président n'avait plus de responsabilité depuis longtemps. Il n'avait en réalité qu'une présence symbolique. Ce que nous constatons aujourd'hui, c'est que l'Etat fonctionne mieux sans le Président, car c'est le vrai pouvoir qui dirige aujourd'hui les affaires de l'Etat. Il y a plus d'initiatives qui sont prises, comme si le pays était libéré d'un poids qui l'empêchait d'avancer. Pour répondre à votre question, nous estimons au FNA qu'il n'y a pas nécessité de précipiter les choses. Il faut plutôt utiliser cette période pour entreprendre des actions de fond pour revenir à la volonté du peuple. Pour cela, nous devrions organiser une grande consultation populaire pour définir la nature du régime que les Algériens souhaitent avoir mis en place. Cinquante ans après l'indépendance, il me paraît important qu'enfin la nature du régime algérien ne soit plus tributaire des pressions extérieures, mais émanerait du choix des Algériens. Et par la suite passer à une révision définitive de la Constitution qui ne pourra plus être amendée selon le bon vouloir des uns et des autres. Nous ne posons toutefois pas comme préalable à la présidentielle la mise en place de ces deux actions. Elles pourront être menées par le futur Président. -Faut-il abandonner la révision de la Constitution décidée par Bouteflika ? Absolument. Car toutes les Constitutions ont été initiées dans les laboratoires du régime. -Le FNA se définit comme un parti politique social-démocrate d'essence nationaliste... Effectivement, nous sommes proches des idées défendues par les partis socio-démocrates suédois ou allemands. Nous constatons une plus grande stabilité politique et économique dans ces pays, car le peuple est toujours au centre des politiques menées. Par ailleurs, si on lit bien la déclaration de Novembre 54, on constatera que c'est une social-démocratie que les initiateurs de la déclaration voulaient mettre en place en Algérie. Ce pays n'a toujours pas défini la nature de son régime, cinquante ans après son indépendance. Les raisons sont multiples. Au FNA, nous estimons que l'une des raisons les plus évidentes est liée aux pressions que le pays subit de l'extérieur. Et au choix de nos responsables de se plier aux volontés de l'extérieur plutôt que de suivre la volonté du peuple. -Le Premier ministre Sellal est-il un possible candidat à la présidentielle ? Je connais le Premier ministre depuis longtemps. Je ne pense pas qu'il se prépare à la présidentielle. Son activisme sur la scène nationale m'apparaît plus comme une volonté de circoncire les nombreux foyers de contestation. Sellal joue au pompier pour calmer les esprits et donner l'impression que le fonctionnement de l'Etat n'est pas entravé par l'absence du Président. Aujourd'hui, il apparaît clairement que l'Algérie est entre les mains d'un pouvoir de l'ombre. Au FNA, nous voulons savoir qui sont ces personnes qui dirigent en sous-main l'Algérie. C'est pourquoi, nous avons décidé de présenter un candidat à la présidentielle de 2014 (Moussa Touati a été désigné par le parti, ndlr) pour faire avancer nos idées et poser les questions que les autres ne veulent pas aborder.

El Watan

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