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Au Caire, le ramadan assombri par la crise politique

Pour Mohamed, vendeur de lampions de 28 ans, le ramadan est traditionnellement l'occasion de réjouissances. Mais, cette année, peu de lanternes ont été accrochées dans les rues du Caire en l'honneur du mois sacré, assombri par l'intense crise politique en Egypte.

"Cette année, il n'y a pas l'atmosphère de joie habituelle. On est inquiet", affirme Fawziya, une des rares personnes à faire des achats sur ce marché du Caire, en ce deuxième jour de ramadan.

L'Egypte, pays le plus peuplé du monde arabe (84 millions d'habitants) vit dans un climat d'extrême tension depuis le renversement le 3 juillet par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi, à la suite de manifestations massives.

Près d'une centaine de personnes ont été tuées et les deux camps, pro et anti-Morsi, restent fortement mobilisés dans la rue.

D'ordinaire, ce sont plutôt les lampions et banderoles qui occupent les artères de la capitale égyptienne à l'occasion du mois de ramadan.

Quant aux marchés, ils s'emplissent des familles au moment de célébrer l'iftar, la rupture quotidienne du jeûne, au coucher du soleil.

"Je ne ressens rien"

"Nous sommes habitués à sortir (le soir, ndlr). Mais en raison des manifestations, de la violence et des Frères musulmans, on ne se sent pas en sécurité en ce moment. Il y a cette sensation d'incertitude", explique Fawziya, 41 ans, mère de quatre enfants.

La violence politique a culminé lundi, deux jours avant le début du ramadan, avec la mort de 53 personnes durant une manifestation de partisans de M. Morsi, issu des Frères musulmans, devant la Garde républicaine au Caire.

Les circonstances de ce bain de sang restent confuses, les Frères musulmans dénonçant un "massacre" commis contre des manifestants pacifiques, les militaires assurant avoir été attaqués par des "terroristes".

"Un ramadan comme celui là, c'est la première fois de ma vie. Je ne ressens rien", commente, dans le quartier de Sayeda Zeinab, un homme d'une quarantaine d'années.

Les vendeurs semblent eux dépités.

"Lors des ramadan précédents, nous étions toujours occupés. Là, voyez par vous-mêmes, il n'y a personne", dit Hussein al-Rachid, un vendeur de dattes, un produit phare du mois sacré.

"Pire que tous les autres"

Mohamed affirme pour sa part qu'il ne parvient même pas à vendre la moitié de son stock habituel de lampions.

"La nourriture reste une priorité, les gens ne peuvent pas se payer de lanternes...", soupire-t-il.

"C'est la faute des Frères musulmans, enchaîne Hussein al-Rachid. J'ai voté pour eux (en 2012) parce que j'ai pensé qu'il (Morsi) ferait mieux. Mais ce fut pire que tous les autres", s'emporte-t-il.

Devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, à Nasr City, l'affluence est en revanche au rendez-vous: des partisans du président déchu occupent le pavé depuis 15 jours, et ont promis d'y demeurer jusqu'au retour de "leur président".

Depuis mercredi, ils sont rejoints le soir, après l'iftar, par d'autres soutiens des Frères musulmans, pour des prières nocturnes qui sont l'occasion d'afficher leur détermination.

Ahmed refuse ainsi de se laisser gagner par la morosité.

"Quand le chef de l'armée (Abdel Fattah) Al-Sissi a dit +il (Mohamed Morsi) n'est plus votre président, il y a eu une grande tristesse. Mais maintenant nous sommes déterminés", clame ce médecin âgé de 26 ans.

Si, avec la perspective du ramadan, certains ont pu parier sur une baisse de la mobilisation politique, un autre manifestant balaie l'hypothèse de la main: "Nous resterons ici jusqu'au bout (...), jusqu'au retour du président ou au martyre".

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