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Centrafrique: l'UE veut éviter une "nouvelle Somalie"

L'Union européenne a affirmé jeudi sa détermination à accroître son aide à la Centrafrique pour éviter que le pays ne sombre définitivement dans le chaos et ne devienne "une nouvelle Somalie", plus de trois mois après la prise de pouvoir à Bangui par l'ex-rébellion Séléka.

"La situation se détériore rapidement. Nous devons agir maintenant", a averti la Commissaire européenne à l'Aide humanitaire, Kristalina Georgieva, en effectuant une visite à Bangui avec la sous-secrétaire générale de l'ONU, Valerie Amos.

Le Représentant spécial de l'ONU en Centrafrique, Babacar Gaye, a cependant conditionné mercredi toute aide internationale au nouveau régime centrafricain à une véritable lutte "contre l'impunité" dont bénéficient les combattants qui commettent des exactions contre la population.

En se rendant dans l'un des pays les plus pauvres et les plus troublés d'Afrique, les deux femmes ont voulu montrer que la Centrafrique n'était pas "une crise oubliée", comme l'ont dénoncé mardi plusieurs ONG françaises en lançant un cri d'alarme sur les risques de catastrophe sanitaire dans le pays.

Mme Georgieva a néanmoins reconnu que l'attention de la communauté internationale était actuellement focalisée sur d'autres crises, en particulier la Syrie ou l'Egypte.

En Centrafrique, un pays qui a connu une succession de putschs et de troubles depuis son indépendance en 1960, "la crise était présente bien avant le coup d'Etat" de mars mais "les violences ont encore aggravé la situation", a relevé Mme Georgieva.

Pour faire face à cette détérioration, elle a annoncé le déblocage de huit millions d'euros supplémentaires, portant à 20 millions l'aide d'urgence de l'UE à la Centrafrique depuis début 2013.

"L'UE est le principal bailleur de fonds en faveur de la Centrafrique, mais à l'évidence notre aide ne suffit pas. J'appelle les autres donateurs à agir afin d'éviter le risque que la Centrafrique ne devienne une nouvelle Somalie, où des groupes armés terrorisent la population", a-t-elle ajouté devant la presse avant d'être reçue avec Mme Amos par le président de transition, Michel Djotodia.

L'UE évalue à au moins 206.000 le nombre de personnes déplacées dans le pays depuis décembre 2012 et à 55.000 le nombre de celles s'étant réfugiées dans les pays voisins.

Mais les ONG estiment que l'ensemble de la population, soit 4,6 millions de personnes, a été affectée depuis le début de la crise et que 1,6 million d'entre elles ont besoin d'une aide d'urgence (santé, nutrition, logement...).

"La difficulté est de parvenir à toucher les plus vulnérables, notamment les enfants, dans un pays grand comme la France mais avec une population de seulement le tiers de Paris", a précisé Mme Georgieva.

Les ONG toujours présentes dans le pays dénoncent, sur la base de témoignages, le fait que les réserves de nourriture ont souvent été pillées, soit par des nomades, soit par des combattants du Séléka qui multiplient depuis mars les exactions (pillages, rackets, viols, meurtres).

Michel Djotodia a cependant affirmé, dans une allocution diffusée jeudi par la radio nationale, qu'il y avait "une amélioration significative sur le plan sécuritaire". "Aujourd'hui, même les plus sceptiques reconnaissent les efforts que nous avons fournis (...) avec nos propres moyens", a-t-il estimé, tout en dénonçant les "ennemis de la République".

Si la situation semble se calmer dans la capitale, elle reste instable dans la plupart des régions où "l'administration n'existe pas", selon un diplomate.

AFP

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