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Le sacrilège : « Al-Koufrou »

Par Fredj Lahouar

« L’histoire de l’Inquisition est l’illustration du drame qui menace les hommes chaque fois qu’une liaison organique s’établit entre l’Etat et l’Eglise. » Bartolomé Bennassar

Il semble que nos islamistes locaux n'aient rien compris au cataclysme égyptien et continuent, pour cela, sur leur lancée, invectivant tout et tout le monde. Les colombes et les vautours d'Ennahdha sont unanimes pour dénoncer le putsch laïc, perpétré, en Egypte, par des militaires ! Pour une fois, le Gourou et le sixième Calife, rentré enfin dans les rangs, parlent le même langage, celui de la rigueur et de la détermination. Pour l'un comme pour l'autre, le président égyptien déchu, l'islamiste Mohamed Morsi, leur frère dans la foi et, comme eux, détenteur d'une légitimité électorale inaliénable, a été victime d'une sordide conspiration. Les millions d'égyptiens, sortis dans les rues réclamant le départ du nouveau pharaon, ne pèsent pas lourd aux yeux de R. Ghannouchi et de ses illustres acolytes. Pour eux, comme pour leurs hooligans, ces gens ne sont rien de plus que des hordes de contre-révolutionnaires, de caciques et de fauteurs de trouble qui ressemblent, par trop, en Tunisie, au ramassis de dégénérés et d'irresponsables exigeant - ô sacrilège ! - la dissolution de l'ANC et des instances qui en sont issues.

Si la caste des purs et durs locaux n'ont rien saisi à la nature des bouleversements qui se jouent sur la scène égyptienne, ce n'est pas qu'ils refusent de comprendre, mais parce qu'ils en sont incapables et que, tout bêtement, ils ne peuvent pas agir autrement. La raison en est qu'ils n'ont pas d'autre idéal, d'autre ambition et d'autre projet que celui-là qui a été entrepris par Mohamed Morsi - que R. Ghannouchi qualifie de héros - et qui a conduit fatalement à sa chute. Leur programme politique, en Egypte comme en Tunisie, c'est de nous asservir et nous réduire ainsi à un troupeau d'agneaux crédules et dociles. C'est cela qu'ils entendent faire de nous et sont furieux de voir que leur rêve se pulvérise et vole en éclats.

Le cataclysme égyptien, que R. Ghannouchi et son bras droit le sixième calife refusent obstinément d'admettre, a eu le mérite de démasquer cette confrérie qui, sous couvert de politique, se propose d'établir un régime théocratique impérial qui règnerait sur l'ensemble du monde arabo-musulman. En cela, R. Gannouchi n'est en rien différent d'un Ridha Belhaj, même si, en apparence les deux hommes ne parlent pas le même langage. Le rêve islamiste - celui du septième siècle et non, comme le prétend R. Gannouchi, celui du dix-neuvième siècle - est le même pour toutes les factions qui se réclament d'un Islam orthodoxe qui, lui, curieusement, n'est jamais le même pour tous. C'est en raison de cela que le chef de file des nahdhaouis s'accorde le luxe de se dire modéré par rapport à un Abou machin-truc, retranché sur les monts de Châambi. Mais, dans le faits, et au vu de ce qui s'est passé depuis le 23 octobre 2011, l'un et l'autre n'ont qu'un objectif : celui de soumettre la communauté des croyants - R. Ghannouchi, moins fruste que ses congénères salafistes, parlerait de peuple - à l'ordre divin.

Le cataclysme égyptien, qui intéresse en premier chef les Egyptiens, nous a permis, à nous Tunisiens, qui subissons, depuis le 23 octobre 2011, le joug de nos islamistes locaux, de comprendre la logique qui commande le comportement d'une Eglise qui veut se faire passer pour l'Etat. Le précédent égyptien nous a ouvert les yeux sur les faits suivants :

* L'islamiste n'est pas - et ne peut être - un nationaliste. C'est pour cette raison que R. Ghannouchi se sent plus égyptien que les Egyptiens eux-mêmes. Au risque de provoquer une crise diplomatique entre la Tunisie et l'Egypte, il se permet, de la manière la plus outrancière, de s'immiscer dans les affaires de ce dernier, dictant aux Egyptiens - pas tous bien entendu - ce qu'ils devraient faire pour la gloire - encore une fois - de « l'Islam » son Islam . Le leader nahdhaoui, se croyant tout permis, incite ses frères égyptiens à la rébellion. Il s'agirait là d'un droit que lui confère son statut de « savant », de la stature de ce Youssef Qaradhaoui, limogé dernièrement par le nouvel émir du Qatar et dont plus personne ne parle. Tout autre individu, ou millions d'individus, qui seraient tentés de suivre l'exemple de R. Ghannouchi, seraient taxés, par ce denier, de putschistes, d'anti-démocrates et de laïcs ! Oui, la laïcité serait, aux yeux des hommes qui craignent Dieu, un crime abominable, le plus odieux qui puisse exister.

* L'islamisme est synonyme d'absolutisme. Deux faits, des plus récents, corroborent cette thèse : le speech du député nahdhaoui Sadok Chourou à l'ANC et la déclaration du ministre nahdhaoui des affaires religieuses concernant les dispositions à appliquer au cours du mois de Ramadan. Si ce dernier entend, au nom d'une panoplie d'arguments absurdes, nous interdire de disposer librement de notre conscience, son frère dans la foi, l'illustre Sadok Chourou, nous gratifie, lui, d'un véritable morceau de bravoure sur le mode de gouvernement islamiste, s'inspirant, à en croire ce brillant analyste, d'un modèle divin, de lui seul connu. Sa prestation est tout simplement renversante, effarante même ! Le digne député oublie seulement qu'il n'est pas le seul à avoir appris par c½ur les préceptes de Saïd Kotb. Il existe, parmi les laïcs, des gens aussi curieux que lui qui, pour des raisons différentes des siennes, fouinent dans les grimoires du célèbre putschiste, mort sur la potence. Si le pouvoir - le fameux principe d'El-hakimiyya, édicté par ce Saïd Kotb - est l'attribut d'Allah, et de lui seul, il est de notre droit de demander au respectable député nahdhaoui quel rôle entend-il jouer exactement dans une affaire qui ne le concerne ni de loin ni de près ! Monsieur Chourou, nous vous prions de ne pas vous immiscer dans les affaires d'Allah et de rentrer vous reposer chez vous. Allah n'a surtout pas besoin que vous - et tous ceux qui sont de votre avis - parlent en son nom.

* L'islamisme est synonyme d'anachronisme. La preuve nous a té administrée par le gourou d'Ennahdha en personne et, à sa suite, par les auxiliaires qui ont la tâche de mettre en application ses préceptes infaillibles. R. Ghannouchi, citoyen tunisien vivant au vingt-et-unième siècle, rêve - pour lui-même et, par altruisme, pour l'ensemble de ses concitoyens - de confisquer notre présent et notre avenir et de leur substituer le passé. Monsieur R. Ghannouchi oublie seulement que si nous devions, sur son conseil, vivre dans le dix-neuvième siècle de ses rêves, nous n'aurions plus besoin d'une patrie, d'une constitution, du meilleur gouvernement de l'histoire et du sixième califat ; nous n'aurions besoin que d'un linceul et d'une tombe pour nous joindre au monde des morts, car il est tout aussi cruel qu'injuste de contraindre un mort à partager le sort des vivants ! Noureddine Khadémi, en nous privant de notre droit naturel de disposer de notre conscience, ne fait que confirmer notre statut de morts ! Les ultra-musulmans, s'octroyant un droit que le prophète Mahomet - qu'il soit béni - ne s'est pas permis, entendent ériger l'hypocrisie en système et, à l'image de la théocratie saoudienne, faire valoir le paraître au détriment de l'être. Avons-nous besoin de rappeler que l'uniformisation, que prêchent les inquisiteurs qui s'ignorent et, pour les plus coriaces d'entre eux, qui s'assument pleinement, est le propre des cimetières ? Jusqu'à preuve du contraire, la Tunisie et l'Egypte sont loin de ressembler à un parc à os. Nous rappelons cette évidence pour que les Ghannouchi, les Khadémi et consorts sachent qu'ils ont affaire à des vivants, de bien plus vivants qu'eux en tout cas !

* L'islamisme est l'ennemi de la raison et de la vie. Cela se décèle surtout dans la volonté, de plus en plus évidente, de pervertir notre mode de vie, d'imposer des lois discriminatoires, de favoriser le crétinisme le plus primitif, de pourchasser les artistes et les penseurs. L'ambition de nos gouvernants, dont le seul mérite pour le moment, nous le présumons tout au moins, est d'être pieux - mais cela ne regarde qu'eux et n'a pas le moindre effet sur leurs prestations politiques - est de pulvériser le tissu social, de susciter des tensions permanentes, de provoquer des crises, de fomenter des complots ; stratagèmes qui, estiment-ils, leur permettraient de dominer le pays et d'asseoir, pour un temps indéterminé, leur autorité. Seulement, ces rêveurs invétérés ont oublié un détail de taille : il s'appelle Histoire. Et c'est en Egypte que l'Histoire s'est manifestée, et il ne s'agit point là d'un hasard, pour rappeler à ces zombis qu'ils n'ont pas de place dans un monde qu'ils s'entêtent à occulter et qu'ils doivent partant, pour leur salut, partir en quête de l'ailleurs qu'ils convoitent, cette utopie qui n'existe que dans leurs têtes d'illuminés !

Par Fredj Lahouar le 10 juillet 2013

Tunisie Focus

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