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« Paix sociale, démocratie, développement » : Pourvu que le processus burkinabè ne soit pas en panne !

Ils ont marché. « Pour la paix sociale, la consolidation de la démocratie et le développement ». Après avoir entendu quelques leaders s'exprimer. Mais ce n'était pas un de ces grands meetings dont le « Pays des hommes intègres » était friand au temps de la « Révolution » et de la « Rectification ». Il y avait à la tribune, essentiellement, le secrétaire exécutif national du CDP, Assimi Kouanda, et François Compaoré, secrétaire chargé du mouvement associatif, ainsi que les ministres qui, au gouvernement, sont des alliés du CDP. Mais rien de plus. Et encore étaient-ils là en militants, pas en tant que membres du gouvernement.

Pour le reste : forte mobilisation. Mais pouvait-il en être autrement pour un parti de gouvernement ? Comme pour la marche de l'opposition, une semaine auparavant, c'est le directeur de cabinet du premier ministre qui a reçu la missive destinée au gouvernement.

Un remake ? La version CDP de la manif du CFOP ? Cette « marche-meeting » est, comme l'écrit ce matin (lundi 8 juillet 2013), L'Observateur Paalga, « la réponse du berger à la bergère ». Kouanda l'a dit à un journaliste du quotidien privé : « cette grande manifestation [...] s'est opérée seulement en 72 heures ». Autant dire à la suite de la mobilisation réussie de la manifestation du 29 juin 2013.

Ouagadougou, d'ailleurs, n'a pas vraiment vibré à l'annonce de cette « marche-meeting ». Pas plus qu'elle n'avait vibré une semaine plus tôt quand l'opposition a choisi de s'exhiber dans la rue. J'imagine ce qu'aurait été cette « marche » du parti présidentiel sous d'autres latitudes. Difficile de trouver, ce matin, des hommes et des femmes qui s'expriment sur le sujet : « Une marche, quelle marche ? ». C'était déjà le même refrain au lendemain de la manif du 29 juin. « Ma télé est gâtée ». « J'ai pas les moyens d'acheter les journaux ». « J'suis pas au courant ». « Les marches ? Mais ça ne sert plus à rien »... Je retrouve là l'ambiance qui prévalait dans la capitale lors de la dernière présidentielle. L'agitation politique n'est plus à l'ordre du jour au « Pays des hommes intègres ».

La RTB, la télé burkinabè, n'en n'a pas fait des tonnes, loin de là. Sidwaya, le quotidien gouvernemental, ce matin, est tout autant dans la retenue. Ceux qui ont marché l'ont fait pour « réaffirmer leur attachement aux idéaux de la paix sociale ». Pas un mot sur l'article 37. Et la question du Sénat y est abordée de façon soft : « actualité oblige » note le rédacteur de Sidwaya qui cite, en la matière, l'argumentaire le moins polémique qui soit : « Ceux qui disent non au Sénat disent non à la Constitution ».

La presse privée est plus mobilisée sur cette affaire que ne le sont les médias publics. Dans les éditos exclusivement d'ailleurs. Plus que « l'actualité » sénatoriale, c'est l'article 37 qui interpelle, cette fois encore, les quotidiens privés. L'Obs cite les propos de François Compaoré, frère cadet du président du Faso : « Nous pensons que la modification de l'article 37 est vraiment un acte qui permet aussi au peuple de s'exprimer au lieu de rester bloqué [...] Le fait de bloquer un homme ou un parti par un article, ça n'a pas de sens. Quand le peuple n'a pas besoin de vous, vraiment, on n'a pas besoin d'un article pour vous bloquer. Il suffit de leur dire d'aller aux urnes, ils vont aller choisir qui ils veulent. Voilà pourquoi nous pensons que c'est peut-être un article de trop ». L'Obs ajoute : « C'est la première fois que François Compaoré se prononce officiellement et publiquement sur la question. Alors, si c'est le petit-frère qui le dit, faut-il entendre la voix du grand frère ? ».

Dans son édito, L'Obs note : « C'est vrai que, sur le plan purement formel, rien, au regard de la Loi fondamentale actuelle, n'est opposable à une révision de l'article 37. N'empêche, rapportée à la morale et à l'éthique, la remise en cause ad hominem de cette disposition constitutionnelle heurte violemment la décence politique ».

Mais personne ne relève la contradiction de cette « marche-meeting ». C'est dans la bouche d'Assimi Kouanda qu'elle se trouve : « Dites à ces affabulateurs de la démocratie de relire la Constitution du Burkina Faso ». Ce propos concerne le fait que le Sénat est inscrit dans la Constitution. Mais l'article 37 l'est aussi ! L'un serait gravé dans le marbre ; l'autre résulterait-il du bon vouloir des gouvernants ?

Le Pays, dans son édito, voit dans cette « marche-meeting », un « mauvais présage pour la démocratie ! ». Selon lui, « ces manifestations du pouvoir visaient bel et bien à défendre l'idée du Sénat et la révision de l'article 37 ». Dans son collimateur, on trouve François Compaoré qui a « craché le morceau ; il n'aura pas fait mystère de son exaspération contre cet article de la Constitution burkinabè ».

« Marche », « contre-marche ». Mais l'impression domine qu'on tourne en rond. A des années lumières des préoccupations immédiates de la population. Ceux qui manifestent le font d'abord pour des considérations sociales. L'opposition à l'instauration du Sénat n'est pas une opposition au principe sénatorial ; simplement une opposition à une dépense publique qui ne parait pas fondée. Article 37 ou pas, alternance ou pas, les Burkinabè déplorent surtout le monolithisme d'une classe politique qui ne se renouvelle pas et au sein de laquelle la jeunesse ne trouve pas sa place. Et comme l'écrit L'Obs dans son édito : « C'est que plus ils durent aux affaires, plus le passif est lourd et plus les ressentiments vont se cristalliser ».

Cela concerne aussi l'opposition où il n'y a pas plus renouvellement des élites et des idées. La preuve en est que Zéphirin Diabré a confié la rédaction du « programme minimal » de l'opposition à Philippe Ouédraogo et Fidèle Kientéga, deux hommes qui étaient déjà en politique au temps de la « Révolution ». Et on pourrait dire de l'opposition ce que L'Obs dit du pouvoir : « Si après près de trois décennies de règne, Blaise Compaoré n'est pas parvenu à générer un homme d'Etat à même de poursuivre ses ½uvres, alors de deux choses l'une : soit il est entouré de politiciens de basse extraction, soit lui-même se soucie comme d'une guigne de l'avenir du parti ».

Je ne suis pas certain que la stratégie suivie par le CFOP soit la bonne dans la conjoncture actuelle. Il est, selon moi, d'autres sujets de débat (et il suffit de parcourir les rues de Ouaga pour s'en convaincre) que le Sénat ou l'article 37. Même et surtout si la question de la crise de la représentation politique est plus que jamais à l'ordre du jour. Les populations, aujourd'hui, au Burkina Faso comme ailleurs, exigent de leurs responsables politiques qu'ils soient efficaces. Et c'est parce que le Burkina Faso aujourd'hui ne ressemble pas à ce qu'il était il y a dix ans, vingt ans, trente ans, qu'il a pu vivre dans « la paix sociale, la consolidation de la démocratie et le développement ».

Il est simplement souhaité que ce processus ne soit pas en panne et que dans les années à venir le changement soit perceptible. Or tout développement à son revers : il faut plus d'emplois et surtout plus d'emplois qualifiés et, du même coup, une meilleure formation.

Le Sénat et l'article 37 ne doivent pas être « l'arbre qui cache la forêt ». Le CFOP a voulu « marcher ». Il a « marché ». Le CDP lui a emboîté le pas. Ce n'était sans doute pas nécessaire. Il n'est pas certain d'ailleurs qu'à Kosyam comme à la Primature cela ait enchanté ceux qui ont en charge de « faire tourner la boutique ». Je note que Bongnessan Arsène Yé, ministre d'Etat chargé des réformes politiques, était pendant ce temps au Canada et que le Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, était absent de la capitale. Et si Rabankhi Abou-Bâ kr Zida, le patron de Sidwaya s'est fendu d'un édito en ce lundi 8 juillet 2013 qui évoque une « Tempête pharaonique... », il fait référence à l'Egypte et non pas au « Pays des hommes intègres ». Sauf que, si dans la citation dont il fait sa conclusion, on change « Egypte » par « Burkina Faso » et « prier » par « marcher », on puisse trouver quelques similitudes : « Les Egyptiens n'ont pas besoin qu'on leur apprenne à prier. Ils ont besoin d'un meilleur niveau de vie : de pouvoir d'achat, d'une meilleure couverture de santé, d'infrastructures ».

Jean-Pierre BEJOT
LA Dépêche Diplomatique

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