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Des membres des Frères musulmans, Le Caire, 10 juillet 2013 / Reuters
Des membres des Frères musulmans, Le Caire, 10 juillet 2013 / Reuters

Egypte: sans les Frères musulmans, la transition est vouée à l'échec

Ils ont refusé d'entrer au gouvernement, du coup l'armée a lancé une chasse aux sorcières.

Les deux camps, pro et anti-Morsi, restent fortement mobilisés dans la rue, au lendemain des funérailles de dizaines de manifestants islamistes tués lundi à l’aube dans des conditions confuses. Environ 55 personnes sont mortes, victimes de tirs à balles réelles alors qu’une foule de partisans de M. Morsi priait devant le siège de la Garde républicaine, ou le président déchu, Mohamed Morsi, est censé être détenu.

L’armée, citée par le journal gouvernemental Al-Ahram, a expliqué que des «terroristes armés» avaient attaqué le siège de la Garde républicaine, tuant un officier et laissant six conscrits dans un état critique.

Certes des groupes armés de gourdins ou d’armes à feu se présentant comme pro-Morsi ou pro-islamistes ont terrorisé certains quartiers du Caire récemment —la violence dans le camp islamiste paraît bien possible.

Il faut toutefois garder en tête que lors du massacre de Maspero, fin 2011, contre la marche des coptes, l’armée n’avait jamais reconnu ses torts, et la version officielle était pendant longtemps restée que les manifestants avaient attaqué l’armée.

Selon les Frères musulmans, ce sont «les soldats» et «les policiers» qui ont ouvert le feu. Ils ont diffusé une liste comportant les noms de 42 de leurs partisans tués. La police et l’armée ont fait état de trois morts dans leurs rangs, selon les médias égyptiens. Le Sinaï est toujours instable et des affrontements armés continuent à avoir lieu.

Répression

L'arrestation de Mohamed Badie, chef de file des Frères musulmans, a été demandée le 10 juillet 2013, pour incitation à la violence lors des affrontements de lundi, selon l’agence de presse officielle Mena. Mais selon Gehad al Haddad, porte-parole des Frères musulmans, aucun n’avait été interpellé à la mi-journée.

Les accusations dont ils font l’objet «ne sont rien d’autre qu’une tentative de la police pour mettre fin à la manifestation de Rabaa», a-t-il déclaré, évoquant le rassemblement de militants islamistes aux abords de la mosquée Rabaa Adaoueya. L’armée a appelé les partisans de M. Morsi à lever leurs sit-in, en assurant qu’elle ne tolèrerait aucune «menace à la sécurité nationale».

Selon une source judiciaire, 650 personnes ont commencé à être interrogées mardi car soupçonnées de port d’armes illégale, de meurtre et de tentative de renverser le régime. La plupart ont été libérées après l’interrogation, environ 200 restent en détention provisoire selon ahram online.

La presse égyptienne rapporte que les funérailles des policiers et militaires tués devant la résidence de la garde présidentielle se sont transformées à Alexandrie, à Daqahleya et à Assiout, en manifestations de colère contre les Frères musulmans. A Assiout par exemple la famille de la victime de la police a incendié le siège du PLJ (Justice et Liberté, parti politique des Frères musulmans).

Human Rights Watch (HRW) a réclamé la fin des «actions arbitraires» contre les Frères musulmans et les médias qui leur sont proches.

Gouvernement

Finalement ce n’est pas Mohamed El Baradei, prix Nobel de la paix, ancien opposant à Moubarak et ex-directeur de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, qui sera chargé de former le gouvernement. Il ne sera que vice-président, à cause de l’opposition du principal parti salafiste Nour, membre de la coalition anti-Morsi.

Le nouveau président, Adly Mansour, a chargé Hazem Al Béblawi, économiste et ancien ministre des Finances sous le régime du Conseil militaire, après la chute de Moubarak, de former le gouvernement de la période de transition. Beblawi avait quitté son poste lors d’un remaniement ministériel fin 2011, après avoir tenté de démissionner plus tôt, en protestation contre l’attitude de l’armée (Maspero, Mohamed Mahmoud..).

Feuille de route

Le président par intérim a prévu d’achever les amendements de la Constitution dans les quatre mois. Il souhaite le début des élections législatives avant la fin de l’année, suivies par une nouvelle élection présidentielle.

Mais ni les Frères ni l’opposition anti-Frères n’ont accepté le plan. «Un décret constitutionnel par un homme nommé par des putschistes… ramène le pays à la case départ», a commenté Essam al-Erian, un porte-parole des Frères musulmans, sur son compte Facebook.

La coalition politique du Front de Salut national et la campagne de pétition pour demander la démission du président, Tamarod (Rébellion) (les deux étaient depuis peu chapeautés par Baradei, qui vient pourtant d’entrer au gouvernement), ont demandé des amendements, puisqu’ils n’ont pas été consultés avant l’émission de la déclaration constitutionnelle dans la nuit de dimanche à lundi.

Réconciliation

Le Premier ministre Béblawi voulait accorder quelques portefeuilles dans son cabinet aux Frères musulmans, mais ceux-ci ont refusé, comme le dit leur porte-parole Tareq al-Morsi à l’AFP:

«Nous ne pactisons pas avec des putschistes. Nous rejetons tout ce qui émane de ce coup» militaire.

Le grand imam d’Al Azhar, c’est-à-dire la plus haute autorité de l’islam sunnite du pays, le cheikh Ahmad Al Tayeb, qui avait cautionné le renversement de M. Morsi par l’armée, a annoncé pour sa part qu’il se plaçait en retrait tant que les violences continueraient. Yasser Borhami, président du mouvement salafiste de la Daawa Salafia, le parti salafiste Nour et Amr Moussa du FSN, ont aussi appelé à la réconciliation.

Nouvelles alliances
Les pays du Golfe qui voient d’un mauvais œil les Frères musulmans se sont empressés de promettre des millions de dollars d’aide au nouveau gouvernement (Koweït, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis). Le Qatar, lui, vu comme favorable aux Frères musulmans, n’a pas dit grand-chose et est de toute façon en pleine période de transition princière.

Sophie Anmuth

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Sophie Anmuth

Sophie Anmuth.

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