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Le CDVM se penche sur la pertinence d’une bourse de matières premières

Le Maroc est un gros producteur et importateur de matières premières : phosphates, métaux précieux et ferreux, produits agricoles, etc. Toutefois, à l'heure actuelle, le Royaume ne dispose pas d'une bourse de matières premières à même de contribuer à la sécurisation des échanges entre opérateurs et au renforcement de la transparence des prix des produits échangés. Cette donne pourrait changer dans un proche avenir. En effet, à l'instar de plusieurs pays émergents (Afrique du sud, Malaisie, Brésil, etc.), et de quelques pays africains en développement (Ethiopie, Tanzanie, Kenya, Madagascar, etc.) qui ont lancé des marchés régionaux ou locaux de matières premières, le Maroc, qui ambitionne de devenir un hub financier régional, ne peut continuer à faire l'économie d'une bourse de matières premières. Cela est d'autant plus vrai que les échanges portant sur les matières premières ont connu une professionnalisation grandissante au cours de ces dernières années, sous l'effet du développement d'un secteur industriel tourné de plus en plus vers les marchés internationaux.

Dans cette optique, et pour accompagner la réflexion sur la pertinence de la mise en place d'une bourse de matières premières, le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) a réalisé dernièrement une étude intitulée : «Marché des matières premières».

Défini comme étant «des bourses organisées où les échanges/flux, avec ou sans la matière première physique, sont canalisés par le biais d'un mécanisme de prix unique, permettant ainsi une concurrence effective et maximale parmi les vendeurs et les acheteurs», ces marchés sont des lieux où la plupart des grandes familles de matières premières sont traitées.

 

Opérateurs et investisseurs

 

Ces marchés à terme attirent plusieurs types d'opérateurs, car «en plus d'offrir un niveau de liquidité satisfaisant, ils sont totalement transparents et ne contiennent aucune marge cachée», expliquent les rédacteurs de l'étude. On recense globalement trois catégories d'intervenants : les opérateurs en couverture «hedgers», qui recourent aux marchés à terme uniquement pour neutraliser le risque de fluctuation des prix, les spéculateurs qui utilisent les options et contrats futures pour leur effet de levier, et les arbitragistes qui cherchent à profiter des incohérences des prix relatifs de plusieurs actifs entre différentes places (même sous-jacent coté sur deux places financières différentes).

A côté des acteurs du marché, il faut distinguer aussi ceux qui investissent sur ces bourses de matières premières. On distingue là également trois types d'investisseurs : les spéculateurs, les investisseurs sur indices et les flux commerciaux tels que les producteurs et les consommateurs.

Les marchés listés, ou organisés, sur lesquels interviennent les opérateurs et investisseurs, se sont fortement développés au cours de ces dernières années avec des volumes de plus en plus importants. Ils permettent de réduire le risque de liquidité, le risque de contrepartie et le manque de souplesse.

 

Expériences africaines

 

A côté des grandes bourses mondiales de matières premières se sont développés au cours des année 1990 et 2000 plusieurs marchés régionaux créés dans les grands pays producteurs : Bolsa de Mercadorias & Futuros (Sao Paulo, Brésil), Dalian Commodity Exchange (Dalian, Chine), Multi Commodity Exchange of India (Mumbaï, Inde), etc. Ces initiatives sont motivées par le risque de décorrélation qui peut exister entre les prix d'une même matière première de deux origines différentes.

Dans le même sillage, plusieurs pays africains aussi ont mis en place des marchés locaux des prix des matières premières. «Les principales raisons de cette démarche étaient de refléter au mieux les données du marché domestique sur les prix, mais également d'apporter une transparence sur les cours appliqués sur le marché local», souligne le CDVM. C'est le cas du South African Futures Exchange (1995), du Kenya Agricultural Commodity Exchange (1997), de l'Ethiopia Commodity Exchange (2008) et du Mercantile Exchange of Madagascar (2012). Tanzania Commodity Exchange est en cours de création. Dans ces différentes bourses sont échangés uniquement des produits agricoles, à l'exception de celle de l'Afrique du Sud (JSE/SAFEX), où sont traités les céréales, l'oléagineux, le pétrole et les métaux.

Selon le CDVM, le benchmark des expériences africaines fait ressortir une corrélation entre le volume de production domestique de matières premières et la performance d'une bourse locale. En effet, dès lors que les volumes de matières premières importés dépassent largement ceux de la production locale, les opérateurs ont tendance à corréler leurs prix à ceux des marchés internationaux plutôt qu'à ceux du marché local. Pour contourner ce problème, certains pays ont décidé de directement corréler le prix de la denrée sur le marché local à son prix à l'international en y ajoutant une composante risque de change.

 

Maroc, les prérequis

 

Au Maroc, pour accompagner le développement des acteurs locaux, la création d'un marché à terme de matières premières devrait permettre la cotation de quelques sous-jacents pour lesquels le Royaume est réputé être un grand consommateur (blé par exemple) ou exportateur (phosphate notamment). Selon le CDVM, toute démarche de mise en place d'un marché de matières premières devra au préalable être conditionnée par plusieurs facteurs clés de succès. D'abord, le marché doit avoir pour premier objectif d'être au service des transactions réelles du marché physique. Ensuite, il doit servir le besoin de couverture. Il est donc essentiel que les prix affichés sur le marché boursier reflètent au plus près les prix appliqués sur le marché physique. En outre, il faut que le marché soit accessible aux spéculateurs qui apportent de la liquidité, qui est essentielle pour la pérennité d'un marché. Enfin, il faut s'assurer que la régulation des secteurs économiques relatifs aux matières premières ne présente pas d'obstacles ou de restrictions sur le recours à la bourse pour réaliser des transactions sur les matières premières.

En outre, pour le gendarme du marché, la réussite d'un tel projet requiert l'implication d'un certain nombre d'acteurs. Néanmoins, les expériences africaines ont monté que les projets de bourses locales ont été généralement portés par un comité indépendant ayant la latitude de prendre les décisions importantes tout en bénéficiant du meilleur rating du pays (souverain). Ce Comité doit s'entourer de grands experts mondiaux dans le domaine pour mener des réflexions sur tous les aspects liés aux questions réglementaires, juridiques et pratiques.

Une fois le lancement du marché à terme des matières premières acté, la nouvelle bourse doit être gérée par un partenariat public-privé. Notons qu'en Ethiopie, le gouvernement est garant de la bourse ECX.

Enfin, le succès d'un marché local des matières premières est quantifié par la confiance et le crédit que lui accordent les opérateurs locaux. En effet, en Afrique du Sud et en Ethiopie, la forte activité des grands opérateurs locaux sur les marchés matières premières, pour sécuriser leurs transactions physiques, a énormément contribué à renforcer la place financière à une échelle nationale voire régionale dans le cas de l'expérience sud africaine.

MD

La Nouvelle Tribune

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