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Chabat dessine l’après Benkirane…

Alea jacta est !

Le parti de l'Istiqlal, en application des décisions prises par son Conseil National au début du mois de mai dernier, a demandé officiellement à ses ministres de quitter le gouvernement d'Abdelilah Benkirane. La crise qui était pendante depuis plusieurs semaines après les déclarations tonitruantes de Hamid Chabat, le très populiste leader istiqlalien, est désormais ouverte.

Cette situation implique soit une renégociation de la place du PI au sein de la coalition majoritaire, (ce que demande Chabat avec insistance depuis février 2013), soit la constitution d'une nouvelle majorité sans l'Istiqlal, mais avec une formation de l'ex-G8, le RNI par exemple, soit des élections législatives anticipées.

Mais, et c'est ce qui parait le plus important en l'état actuel des choses, le Maroc ne vit pas de crise institutionnelle et le recours à l'Article 42 de la Constitution, comme demandé par Hamid Chabat et ses amis, n'est pas requis. Au contraire, le Roi, tout en recevant le Secrétaire général du PI et son mémorandum, a bien pris soin de respecter la lettre et l'esprit du texte fondateur du 1er juillet 2011.

Le pays vit une crise politique somme tout usuelle et fréquente dans les systèmes parlementaires démocratiques, même si certains ont cru qu'il s'agissait d'un événement de nature à bouleverser les institutions et les équilibres.

 

Le feuilleton du Ramadan

 

La seconde remarque qui vient à l'esprit à propos de cette nouvelle donne, c'est que Hamid Chabat aura finalement réussi à « faire bouger » le chef du gouvernement qui, jusque-là, a obstinément fait l'impasse sur toutes les revendications des istiqlaliens. Le PJD, leader de la coalition majoritaire, n'avait nullement envie de donner une suite favorable aux exigences de Chabat, mais aujourd'hui, volens, nolens, il devra se plier aux règles démocratiques et constitutionnelles qui l'obligent à revoir l'architecture gouvernementale, en pleine conformité avec les stipulations de l'Article 47 de la Constitution.

On ne tombera donc pas dans la tentation d'annoncer avec certitude ce qui va se produire dans les prochains jours ou semaines, pour ce qui promet de devenir « le feuilleton du Ramadan 2013 », mais il est clair que des évolutions majeures et profondes sont en gestation.

Ainsi, il est quasiment assuré que l'Istiqlal ne restera pas au gouvernement.

S'il devait en être autrement, Chabat n'aurait pas eu à attendre plus de six mois pour que Benkirane cède enfin à ses sollicitations.

En réalité, le parti de l'Istiqlal quitte la coalition majoritaire parce que PJD et PI marchent sur les mêmes brisées et sont en fait des formations concurrentes. Ils ont quasiment le même référentiel (islamiste et conservateur), courtisent les mêmes couches sociales (petite et moyenne bourgeoisies) et font montre également de la même aspiration au leadership politique, avec, comme cerise sur le gâteau, des tendances populistes et démagogues avérées.

PJD et Istiqlal sont des partis rivaux et le départ des ministres istiqlaliens du gouvernement est plutôt dans l'ordre des choses, dans la logique de la démarche de formations qui ne peuvent que s'opposer sur le plan électoral.

Le PJD et les autres formations de l'actuelle coalition auront donc la lourde et délicate tâche d'entreprendre, tôt ou tard, les réformes qu'exige la situation déplorable de nos finances publiques et la morosité économique ambiante.

Fiscalité, Compensation, Retraites, sont les grands champs de cette réforme aussi urgente qu'indispensable et le parti de M. Abdelilah Benkirane y laissera forcément des plumes.

Des politiques impopulaires seront appliquées, parce qu'il n'est plus possible de faire autrement et Hamid Chabat ne veut à aucun prix en assumer la paternité ou la co-responsabilité.

Il place ainsi son parti dans la perspective des prochaines échéances électorales, celles de 2015-2016, en pariant, avec une USFP « requinquée » par Driss Lachgar, sur le fait que le PJD paiera le prix de sa gouvernance, assurant de ce fait la victoire par les urnes des partis qui auront animé le camp de l'opposition parlementaire, et tout particulièrement, les deux principales composantes de la Koutla.

En quittant le gouvernement donc, l'Istiqlal, qui aurait pu y demeurer si Abdelilah Benkirane avait accepté ses revendications incontestablement démesurées, prépare l'alternance pour la prochaine législature.

 

Quid des autres ?

 

La situation est donc particulièrement délicate pour le PJD et ses alliés, mis en demeure désormais de trouver un partenaire pour « faire l'appoint » sous peine de tenir des élections législatives anticipées.

La plupart des analystes considère que cette dernière option est pratiquement irréalisable, à la fois du fait du coût prohibitif d'une consultation électorale nationale, mais aussi des projections qui assurent qu'elle conforterait l'assise populaire et parlementaire du PJD. Soit !

Parmi les formations éligibles, numériquement parlant, à une entrée dans la coalition actuelle, le RNI de Salaheddine Mezouar apparaît comme le seul parti apte et disposé à faire ce « grand écart » politicien, en faisant d'ailleurs payer le prix fort de cette entrée aux dirigeants du PJD, si critiques envers le parti de la Colombe dans un passé récent.

Nul doute que les uns et les autres sauront trouver les arguments destinés à justifier l'injustifiable, comme le fit en son temps, le PPS de Nabil Benabdellah, qui, nonobstant son référentiel progressiste, décida de participer à un gouvernement conduit par les

« frères » du PJD.

Benkirane, Laenser, Mezouar et Benabdellah, voilà donc le quarté pour la nouvelle course gouvernementale. Mais seront-ils à l'arrivée ?

 

Fahd YATA

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La Nouvelle Tribune

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