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Egypte: plan de transition rejeté, des difficultés à venir

Le rejet du plan de transition par les partisans du président islamiste déchu et les réserves exprimées par l'opposition libérale illustrent la complexité de la tâche qui attend les nouvelles autorités sur le chemin de la transition politique en Egypte.

La déclaration constitutionnelle annoncée par le président par intérim Adly Mansour, nommé par l'armée, prévoit l'adoption d'une nouvelle Constitution et la tenue d'élection législatives d'ici début 2014.

Mais les Frères musulmans, dont est issu le président renversé Mohamed Morsi, ont catégoriquement rejeté cette déclaration constitutionnelle.

"Un décret constitutionnel par un homme nommé par des putschistes (...) ramène le pays à la case départ", a commenté un haut responsable, Essam al-Erian.

Mercredi, la confrérie a également exclu d'entrer dans le gouvernement provisoire du Premier ministre Hazem Beblawi, comme cela lui a été proposé.

Les partis ne se bousculent pas pour rentrer au gouvernement

Sur l'autre rive de l'échiquier politique égyptien, le Front de salut national (FSN), la principale coalition laïque, et le mouvement Tamarrod, à l'origine des manifestations de masse anti-Morsi, n'ont affiché aucun enthousiasme.

Ils ont tous deux critiqué l'absence de concertation préalable, selon eux, et jugé que le nouveau pouvoir devait revoir cette copie constitutionnelle.

Mardi soir, le FSN, dirigé jusque-là par le nouveau vice-président chargé des relations internationales Mohamed ElBaradei, a même un temps rejeté le plan, avant de tempérer son propos mercredi.

La Constitution de décembre très controversée

La coalition est "en désaccord" avec "des articles" du décret publié et "proposera" ses "propres amendements", a-t-il affirmé dans un nouveau communiqué.

Quant au Parti des Egyptiens libres, une autre composante libérale, il l'a jugé "très décevant".

L'opposition dite laïque critique notamment l'article 1 de la déclaration constitutionnelle, qui considère la charia islamique comme principale source de législation, ce qui est perçu comme une concession au parti salafiste al-Nour.

"Cette clause a été introduite pour apaiser un parti politique qui tente d'imposer sa vision à la société", a déploré Shaheeb Wageeh, porte-parole du parti des Egyptiens libres.

La Constitution adoptée par référendum en décembre sous l'impulsion du président Morsi, suspendue après le coup militaire de la semaine dernière, faisait de la charia l'unique source de législation. Ce texte avait été au c½ur d'une bataille acharnée entre les partisans de M. Morsi et ses opposants.

Autre sujet de discorde: les pouvoirs conférés au président intérimaire et les "prérogatives" des militaires, qui ont déposé la semaine dernière le premier président démocratiquement élu en Egypte.

Gamal Eid, une avocate égyptienne travaillant pour une organisation locale de défense des droits de l'Homme, a affirmé que le texte donnait à l'armée trop de latitude pour traduire les soldats et les civils devant les tribunaux militaires, une inquiétude également exprimée par Human Rights Watch (HRW).

D'autres acteurs politiques mettent en doute le respect du calendrier électoral, l'estimant particulièrement ambitieux compte tenu des protestations qui se poursuivent et des problèmes de sécurité.

Des législatives d'ici 2014

Le président intérimaire a annoncé lundi soir que des législatives seraient organisées d'ici 2014, et la déclaration constitutionnelle prévoit la nomination d'ici moins de 15 jours d'un comité constitutionnel qui disposera de deux mois pour présenter ses amendements.

Celui-ci devra ensuite les soumettre à un référendum populaire sous un mois. A partir de là, le processus des législatives devra être lancé.

Une date sera ensuite annoncée pour la tenue d'une nouvelle élection présidentielle.

Malgré ce chemin semé d'embûches et les critiques qu'a d'ores et déjà soulevées ce plan, certains observateurs veulent rester optimistes, estimant que la déclaration constitutionnelle est un pas essentiel dans la transition.

Pour l'analyste politique Emad Gad, elle doit ainsi contribuer à rétablir la stabilité dans le pays en renforçant la "nouvelle coopération" entre les opposants anti-islamistes et les militaires.

"Les manifestants du pouvoir civil de la révolution du 30 juin tentent d'appuyer le président par intérim. Je pense que lorsqu'ils verront que la période de transition progresse, ils décideront de quitter la rue et de soutenir les nouvelles institutions", affirme-t-il.

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