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L’arroseur arrosé…

« Depuis 2012, plus personne n'ose se déclarer athée ou communiste ». C'est ce qu'a proclamé, l'air triomphant, Rached Ghannouchi dans un discours prononcé à Sfax à l 'occasion de la célébration du 32 anniversaire de la création de la première mouture de son parti islamiste .

Passée presque inaperçue, cette assertion mérite qu'on s'y attarde un peu tant elle est lourde de sens et grosse de menaces.
Ce qui nous interpelle en premier lieu c'est la date. Pourquoi, diantre !, 2012 ? Quel événement marquant autorise-t-il notre cheikh à faire commencer en cet an de grâce ce qu'il considère comme une victoire idéologique sinon morale sur l'athéisme, le communisme et autre scepticisme ?

Sans trop se perdre en conjectures, le cynisme de cet homme nous incline à croire qu'il ne peut avoir à l'esprit que la date du 10 Juillet 2012.

Ce jour là, en effet, Hamma Hammami annonça, urbi et orbi, que son groupuscule, le POCT, se déleste et du mot « communiste » qui surcharge son acronyme et des fameux symboles que sont la faucille et le marteau.

Ces référents constitutifs de son identité politique sont devenus par trop compromettant aux yeux du bon peuple. Et quand « le peuple veut » (sic), il faut se plier à sa volonté et le caresser dans le sens du poil.

L'on ne peut ici ne pas évoquer le camarade Lénine qui tenait le gauchisme de son temps pour une « maladie infantile du communisme » Sauf que, depuis, le rêve (encore un) est devenu cauchemar, et le communisme une maladie honteuse.

Faut-il remarquer que dans ce chapitre, H Hammami, tout avant-gardiste qu'il est, n'est ni précurseur ni innovateur. Bien longtemps avant lui, en 1993, notre vieux Parti Communiste Tunisien s'était expurgé de cette maladie honteuse et prit une nouvelle voie (Tariq / Masar) moins abrupte pour ne pas effaroucher le peuple.

Comment s'étonner que, devant tant de reniements et de renoncements - ailleurs qualifiés de compromis historique - Monsieur Ghannouchi pavoise et jubile. N'est ce pas là, à ses yeux, la preuve que « la réislamisation » de la société qui l'obsède est en marche et ce conformément à sa « théorie » fameuse qui veut que le peuple, le bon peuple, se chargera lui-même de ramener les brebis égarées et / ou galeuses au troupeau et d'imposer l'ordre moral cher aux islamistes de tout poil.

Mais voilà ! sur le terrain de la dissimulation et du faux-semblant, il arrive souvent que l'arroseur se retrouve à son tour arrosé.

Qui, Monsieur Ghannouchi  ose aujourd'hui ne pas se dire démocrate ou défendre la théocratie ou soutenir ouvertement l'application stricte de la chariaâ. (lapsus mis à part ) ?

Qui ose s'attaquer de front au Code du Statut Personnel ( CSP )  de 1956, aux droits de l'homme, à la liberté de conscience et à la liberté tout court ??

Tout le monde est obligé de louvoyer, de biaiser, de cacher son jeu et d'attendre son heure... celle de sa vérité profonde.

Mais nous savons depuis Hegel que « le faux est un moment du vrai » et Marx nous a mis en garde pour ne jamais croire les gens sur ce qu'ils disent d'eux-mêmes mais de voir ce qu'ils font. Quant à Voltaire, qui n'est pas dupe, il nous a légué cette définition de la politique, « c'est, dit-il, l'art de mentir à propos ». Transposée chez nous aujourd'hui cette définition s'énoncerait ainsi « la politique c'est l'art de mentir à tout bon de champ ».

Par ailleurs, « qui ose ? » peut vouloir dire dans la bouche de Ghannouchi : « Osez et vous verrez ! ».

Mais là ce n'est plus le peuple qui vous corrigera.
C'est d'abord la loi. Celle qui réprime l'atteinte au sacré. Ghazi Béji et Jabeur Mejri en savent quelque chose.

L'autre instrument de répression est encore plus menaçant. Ce sont les sbires à la solde, LPR et consorts, pour qui tous les moyens sont bons et les pires sont les meilleurs pour étouffer les voix et les vies de tous ceux qui osent être eux-mêmes et sortent du rang de ceux qui ne s'expriment que par les monosyllabes oui, oui, non, non.
La liste est déjà très longue des victimes de leurs forfaits. Et ce n'est qu'un début.
A travers les profils de ces victimes se dessine en filigrane ce qui dérange leurs bourreaux et les courrouce : la liberté... toutes les libertés.

L'histoire nous apprend que c'est ainsi que les chapes de plomb s'abattent sur les peuples, les paralysent et les livrent sans défense à la tyrannie et au despotisme.

Elle nous apprend aussi que les peuples payent cher leur apathie face aux dangers qui les guettent.

Et comme le dit Gibran Khalil Gibran, « le désir est la moitié de la vie, l'indifférence est la moitié de la mort ».
Nous voilà prévenus. Donc sans excuse.

Par Hayy Ibn Yaqdhan le 10 juillet 2013

Tunisie Focus

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