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Notre facteur est mort

Notre facteur est mort. J'ai appris hier qu'il était parti une semaine plus tôt. Personne ne m'avait communiqué la nouvelle, sinon j'aurais fait le déplacement pour un dernier adieu.

C'est toujours un jour triste, le départ d'un facteur ; mais notre facteur à nous était exceptionnel : à lui seul, il était une école ! Une école de générosité et de modestie, de disponibilité et de sympathie.

Au début de l'indépendance, il distribuait le courrier des trois villages dont on a voulu, plus tard, faire une agglomération unique, Salambo, mais sans succès. Chaque village tenant à son identité, cherchant à cultiver sa spécificité, dans un rapport de bon voisinage, mais chacun pour soi.

Si Ahmed, qu'il s'appelait, et jamais superlatif ne m'a paru si bien coller à une personne de notre temps, sauf pour notre facteur et pour l'instituteur (ayant aussi Hassen, comme autre prénom) qui me fit entrer à l'école une année avant l'âge réglementaire. Ah ! Ces valeurs du bon vieux temps ! L'humanité serait-elle en déchéance ?

Si Ahmed, notre facteur, avait juste assez d'instruction pour assurer les services dont il avait la charge et ceux dont il se croyait moralement et humainement redevable. Tous les jours que Dieu créait, il s'en allait donner en main propre toute lettre, tout mandat ou autre correspondance à ces bonnes gens, les vieux ou les malades, même les bien-portants qui ne voulaient pas faire le déplacement pour aller signer la réception d'un courrier recommandé.

Dans la boutique qui tenait lieu de bureau de poste, il écrivait les adresses et remplissait les mandats de tous ceux qui ne savait ni lire ni écrire et qui étaient l'écrasante majorité de la population à l'aube de l'indépendance.

Jamais homme ou femme, jamais fille ou garçon n'eut à se plaindre du facteur ; au contraire, c'est lui qui les comblait de son sourire jamais en défaut, de sa plaisanterie réconfortante et amusante comme une cerise sur le gâteau, de sa serviabilité et sa spontanéité qui vous laissent confondu devant autant d'humilité et de générosité. Apprend-il en arrivant que le maître des lieux est malade, il s'empresse aussitôt de prendre l'autorisation d'aller jusqu'à son chevet lui faire signer la réception du courrier, ou lui remettre en main propre l'argent d'un mandat en le consolant, le plaisantant et le rassurant sur un enfant absent, pour des études ou en émigration.

Je me souviens encore du jour où il avait perdu sa fille suite à une insolation : elle préparait son mariage qui devait avoir lieu deux ou trois mois plus tard. Le coup était terrible pour tous nos concitoyens. Je me souviens cependant que quelques doctes présumés avaient déclenché une polémique devant la maison : Pour accompagner l'enterrement d'une fille, la foule doit-elle marcher devant ou derrière le corbillard ?

Je parie qu'aujourd'hui aussi il y a assez de gens pour tenir davantage à cette polémique qu'aux valeurs portées par le souvenir de notre facteur.

Dieu ait l'âme de notre facteur, il était plus grand que la mort.

Par Mansour Mhenni le 9 juillet 2013

 

 

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