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Leçons d’Egypte : Les dirigeants des pays dudit « printemps » arabe sont prévenus

Par Soufiane Ben Farhat
Encore une fois, le peuple égyptien a parlé. Il a chamboulé toutes les prévisions, fait sauter toutes les chapes de plomb, en un clin d'½il.

La plus grande manifestation de l'histoire a eu lieu au pays du Nil, le 30 juin 2013. Les observateurs les plus avertis n'ont rien vu venir. Encore une fois, le peuple, être par essence collectif et insaisissable, en impose. Sujet plutôt qu'objet, il transcende l'histoire. Il ne se contente plus de subir, il trace le chemin.

Première leçon, c'est une éclatante manifestation de la méfiance populaire instinctive vis-à-vis des partis et des institutions qui a eu lieu. Les parvenus de la Révolution, toutes instances confondues, ont beau occuper les devants de la scène, le peuple n'en a cure. Il échappe à leur contrôle. Se joue des interstices des mailles supposées le ligoter, le chloroformer, le domestiquer.

Deuxième leçon, la démocratie représentative ne saurait venir à bout de la démocratie directe. Détournée de sa vocation initiale, la légitimité électorale s'use, vacille, dépérit. Elle est profondément entamée. La démocratie directe est une espèce de sommation, un rappel à l'ordre. Les gouvernants doivent en tenir compte. Autrement, ils se retrouvent dans la posture des usurpateurs.

Troisième leçon, les manifestants d'Egypte ont rétréci la cible d'attaque. Le pouvoir exécutif, plus particulièrement celui du président Morsi et des Frères musulmans, était en ligne de mire. L'armée n'est ni prise à charge ni courtisée.

Quatrième leçon, les partis politiques ont tous été pris au dépourvu. Les manifestations massives ont dépassé toutes les prévisions, déjoué toutes les attentes. Même le Front du salut national n'a rien vu venir. Tout au plus escomptait-il une mobilisation massive, mais guère dans cette perspective historique, grandiose.

Le mouvement Tamarrod (Rébellion) mérite bien son nom. Il chambarde toutes les donnes. Il renverse la vapeur, institue une nouvelle séquence historique. Il y a bien eu, certes, la sommation de l'armée, son ultimatum de 48 heures aux dirigeants politiques de s'affairer de trouver un consensus. Mais même l'armée doit tenir compte de cet élan citoyen informel, bien décidé à assumer son rôle historique.

Dernière leçon d'Egypte, le peuple, livré à lui-même et loin des calculs politiques étroits, est mesuré, pondéré, conciliateur. Il n'y a pratiquement guère eu de violences dans ces manifestations réunissant des dizaines de millions de citoyens à travers toute l'Egypte. Tout au plus des échauffourées et moins de dix victimes.

Les dirigeants des pays dudit printemps arabe sont prévenus. Ils vivent en sursis, entre deux soulèvements populaires. Le discours balourd, provocateur et fielleux du président Morsi traduit l'aveuglement voire l'inanité des politiques claquemurés dans leur tour de claustration.

Ailleurs, dans notre pays notamment, les dirigeants ou ceux supposés être tels, ne sont pas logés à meilleure enseigne. Certes, l'on gesticule, l'on tente de relativiser les leçons d'Egypte, l'on se mure dans les discours oiseux. Rien n'y fait. La séquence égyptienne est valable pour tous, sans distinction.

L'histoire se joue, encore une fois, dans nos murs. Ceux qui s'en soucient comme d'une guigne pourraient en faire les frais.

Finalement, le pouvoir n'est qu'une représentation. Une manière de considérer les autres et, surtout, d'être considéré par eux. Un beau jour, les feux de la rampe s'éteignent. Ou s'étiolent. Ou le cèdent à un éclairage sinistre. Et c'est le début de la fin.

Bossuet a commencé ainsi son incomparable Discours sur l'histoire universelle : « Quand l’histoire serait inutile aux autres hommes, il faudrait la faire lire aux princes ». Et c'est tout dire.

Par Soufiane Ben Farhat publié le 3 juillet 2013

Remarque : le titre n’est pas de l’auteur

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