mis à jour le

Les pulsions incontrôlables de notre diplomatie

deux imbéciles

Par Boubaker Ben Fraj
Au cours de sa conférence de presse tenue le 4 juillet courant, juste au lendemain de la destitution de l'ex – président égyptien Mohamed Morsi, le Provisoire président tunisien Marzouki a exprimé de manière on ne peut plus claire, son refus de ce qu'il a qualifié « coup d'Etat militaire » survenu en Egypte. Fidèle à sa vocation de donneur de leçons universel, il n'a pas été avare de recommandations à l'adresse des égyptiens, pour rétablir la « légitimité » perdue, et préserver les acquis de leur « démocratie » naissante.

Le jour suivant, ce fut le tour d'Ali Laâridh de réitérer au nom du gouvernement provisoire la même position, dans des termes presque identiques.

Etait-ce de l'ordre de la coïncidence, de constater que les deux déclarations successives de Carthage et de la Kasbah, concordent, presque à la lettre, avec la position prise auparavant par le parti islamiste Ennahdha ?

En tout cas, le fait est là : dans une harmonie totale, la Tunisie officielle, aussi boiteuse et chancelante soit-elle, affirme sans équivoque, son soutien au déchu islamiste Morsi. Elle le considère encore président légitime, et reproche à l'armée et au peuple Egyptien qui a sollicité son interversion, de fomenter le renversement de la légitimité et de tuer dans l'½uf la démocratie naissante.

Au fait, qu'est-ce qui a pu précipiter un tel parti pris officiel de la part de nos gouvernants vis-à-vis de ce qui se passe en Egypte ? alors qu'ils sont bien placés pour savoir, que ce qui s'est passé dans ce pays, n'est ni un simple coup d'Etat militaire, ni une entorse de la part de l'armée, contre la volonté des Egyptien, qui étaient descendus dans la rue par dizaines de millions, désespérés et exaspérés du pouvoir des frères musulmans.

Des marées humaines jamais vues dans l'histoire des manifestations, qui réclament comme d'une seule voix le départ immédiat de Morsi et des frères musulmans, et l'appui de l'armée, seule force capable dans ce pays de les aider à les déloger.

Peut-on expliquer la précipitation de nos gouvernants à s'ingérer si imprudemment dans les affaires intérieures de l'Egypte, par une solidarité primaire- instinctive- du parti Ennahdha et de son satellite :le CPR, avec les « frères » égyptiens, obligés de quitter le pouvoir ; ou bien par leur phobie de voir se reproduire en Tunisie et à leurs dépens, un scénario comparable, qui couperait brutalement le cordon fragile de la « légitimité » caduque, dont ils ne cessent de se targuer, malgré le temps réglementaire largement dépassé, et les rapports de force politiques qui ont totalement changé sous nos cieux depuis les élections du 23 octobre 2011.

Les deux explications semblent se rejoindre et confirment encore une fois, que la diplomatie tunisienne est commandée avec Ennahdha et Marzouki au pouvoir, par l'idéologie , les intérêts partisans des islamistes et les pulsions incontrôlables d'un président, qui continue à confondre entre sa responsabilité- même symbolique- de chef d'Etat, et son irréductible esprit messianique, qui fait de lui une sorte de Don Quichotte, engagé à combattre le mal et à semer la justice, mais toujours en décalage dramatique par rapport à la réalité.

En Egypte, Dieu seul sait aujourd'hui la tournure que prendraient les choses au cours de la période à venir. Mais à supposer que les événements dans ce pays n'allaient pas dans le sens que souhaiteraient ensemble Ennahdha et Moncef Marzouki. Dans un tel cas, iraient-t-ils comme ils l'ont déjà fait en Syrie, jusqu'à commettre l'irréparable : demander à l'ambassadeur Egyptien de quitter Tunis et fermer les portes de notre ambassade au Caire ?

Post scriptum :

Si en règle générale les relations tuniso-égyptiennes ont souvent été empreintes de cordialité, à certains moments, ces relations ont été entrecoupées d'épisodes de crises, voire de conflits déclarés.

Au plus fort de son leadership, au moment de l'accession de la Tunisie à l'indépendance, Naceur s'était cru autorisé à s'ingérer dans les affaires intérieures tunisiennes et ce, en appuyant de tout son poids, la dissidence yousséfiste contre Bourguiba.

Dix ans plus tard, Bourguiba lui rendait coup pour coup, en attaquant de front, dans son mémorable discours de Jéricho, l'attitude de Naceur, vis-à-vis de la cause palestinienne.

La dernière crise en date avait suivi la signature en 1978 par Anouar Sadate des accords de Camp David. L'Egypte reprocha alors à la Tunisie, non seulement son alignement sur la position de la ligue arabe dénonçant ces accords, mais au surplus, d'avoir accepté d'héberger le siège provisoire de la ligue.

A part ces trois épisodes, les relations politiques Tuniso-Egyptienne ont toujours été étroites et solidaires. Et même les duels footballistiques passionnels, qui mirent plus d'une fois les équipes des deux pays l'une contre l'autre, n'ont jamais troublé la sérénité de ces relations.

Par Boubaker Ben Fraj le mardi 9 juillet 2013

Tunisie Focus

Ses derniers articles: Dimanche , Ban Ki-moon a reçu le rapport des enquêteurs de l’ONU en Syrie  Une météorite tombe  Journée internationale de la démocratie . Bla-bla-bla chez les arabes 

diplomatie

terrorisme

La Libye proteste contre l'intervention «injustifiée» de la France

La Libye proteste contre l'intervention «injustifiée» de la France

AFP

Egypte: le chef de la diplomatie en Israël pour une rare visite

Egypte: le chef de la diplomatie en Israël pour une rare visite

AFP

La Libye menacée de devenir une nouvelle Syrie, craint son chef de la diplomatie

La Libye menacée de devenir une nouvelle Syrie, craint son chef de la diplomatie