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L’Egypte dans la tourmente de la violence

Par Ridha Ben Kacem
Une semaine après le renversement de Mohamed Morsi, par l'armée, le président intérimaire d’Egypte, Adly Mansour, a fixé un calendrier pour organiser des élections législatives dans le pays, avant 2014. Cela voudrait dire que, de nouvelles élections devraient être organisées en Egypte, avant la fin de l'année en cours. Ce scrutin sera ensuite suivi d’une élection présidentielle, qui devrait avoir lieu dans la semaine suivant la première réunion du parlement nouvellement élu, donc probablement, en janvier ou février 2014. L'Egypte connaitra-elle alors la stabilité ?

Dans un décret, Ali Mansour a déclaré que des élections parlementaires auraient lieu une fois que des amendements à la constitution, actuellement suspendue, auront été soumis à référendum, et ce dans un délai qui ne doit dépasser en aucun cas, quatre mois et demi, à compter du 8 juillet 2013. Ces élections, précise le décret, devront avoir lieu, dans les quinze jours suivant l’approbation de ces amendements, par référendum. Tout doit ainsi, prendre fin, avant la fin du mois de décembre 2013. Voilà un calendrier précis publié moins d'une semaine après la destitution de Morsi.

L'on se rappelle en effet, que constitution égyptienne, adoptée en décembre dernier, a été suspendue la semaine dernière, par l’armée, après la destitution du président Morsi. Mais la transition politique est loin d’être claire, et l’Egypte peine toujours, à trouver un premier ministre intérimaire qui fasse l’unanimité. Après des rumeurs sur la nomination de Mohamed El-Baradei, figure de proue du camp laïc, la candidature du social-démocrate Ziad Bahaa Eldin a également été évoquée par la présidence, avant que le parti salafiste Al-Nour s’oppose à ces deux nominations. C’est désormais l’ancien ministre des finances, Samir Radouane, qui apparaît comme le favori pour devenir premier ministre par intérim.

Dernier rebondissement dans le dossier politique de cette Egypte qui peine à sortir de la situation confuse, qui fait suite à la destitution de Morsi, le président par intérim a publié le 8 juillet une déclaration constitutionnelle devant tenir lieu de constitution provisoire. Le président par intérim, Adly Mansour, a en effet entériné tôt le matin du 8 juillet, une déclaration constitutionnelle de 33 articles, a rapporté la chaine satellitaire « al-Haya ».Sur ce plan, comme sur celui de la publication du calendrier électoral, la réactivité égyptienne est nettement supérieure à la notre.

Mais, ce qui pose problème aujourd'hui en Egypte, c'est la violence qui s'est emparée de la rue. En trois jours, l'armée égyptienne a tué plus de 100 personnes et en a blessé plus de 1300. Signe de l’extrême brutalité des attaques des manifestants pro Morsi, un chauffeur d’ambulance a été tué et un brancardier gravement blessé, selon Ahmed Al-Morsi, superviseur à l’organisation égyptienne des ambulanciers. Les deux hommes tentaient d'évacuer des blessés, lorsqu'ils ont été touchés par balles, à leur tour. Un imam de l’université Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, figure aussi, parmi les blessés.

Témoignage : « Nous formions une chaîne humaine au premier rang, entre les militaires et les manifestants, pour éviter tout dérapage, raconte ce religieux de 31 ans nommé Hatem Farid Mahdi. On coopérait avec les soldats de la garde républicaine, on leur donnait de l’eau. Et puis, sans la moindre sommation, ils se sont mis à attaquer ». Un avocat des Frères musulmans, parle de « massacre perpétré contre des manifestants pacifiques ». Non, ce n'est pas en fermant les yeux ou en faisant semblant de regarder ailleurs, que l'on justifiera plus facilement, ce qu'il se passe en Egypte, au nom de la démocratie et de la liberté. Non, décidemment, pas à ce prix là !

Mauvais signe ou signe des temps nouveaux, lundi matin, la principale chaîne de l’audiovisuel public égyptien, ne parlait pas des morts, dans les rangs de manifestants islamistes. Elle se contentait d’évoquer le sort de l’officier tué par balle, dans les événements de la nuit, et de passer en boucle des images, impossibles à authentifier, attestant d’actes de violence de la part des islamistes. On y voyait notamment, des officiers de police, extirper des couteaux et quelques balles, de l’intérieur de sacs qui auraient été abandonnés, sur le site de la confrontation. Du déjà vu, en d'autres circonstances et en d'autres lieux, y compris sous nos cieux.

La télévision égyptienne montrait aussi, des images d’adolescents en train de lancer divers objets, notamment des cuvettes de toilettes, depuis le toit d’un immeuble, sur ce que l’on imagine être les forces de sécurité, déployées en-dessous. « Regardez-moi ces terroristes, il faut les flinguer, s’emportait Ashraf Al-Khadem, le propriétaire d’une agence de voyage, qui regardait ces images.Quand on se fait agresser, tirer n’est pas un luxe, c’est un droit ».C'est son droit de penser ce qu'il veut. Mais son point de vue ne doit nullement être la position officielle de l'armée. Pourtant, l'armée semble voir des terroristes partout.

Pour vous aider à avoir une idée de ce qui attend le pays maintenant, je vous livre enfin, ce témoignage d'un expert de l'Egypte, sous forme d'interview. A vous de juge :

                                          La guerre civile

Même si la situation se tend de plus en plus, Marc Lavergne, directeur de recherches au CNRS et fin connaisseur de la société égyptienne, est optimiste pour la suite des événements. Il explique pourquoi à « MYTF1News ».

MYTF1News : La situation se tend de plus en plus, avec ces affrontements, lundi matin, entre partisans des Frères musulmans et l’armée. Le terme « guerre civile » est même déjà employé.

Marc Lavergne: Je ne crois pas du tout à une guerre civile. Contrairement aux apparences, la situation me semble relativement sous contrôle, des deux côtés. Il ne faut pas exagérer l’importance relative des événements de ces derniers jours. On ne voit que ce qui se déroule au Caire et sur la place Tahrir. Mais l’Egypte profonde reste calme. Les chiffres des manifestations et des pétitions sont ainsi, totalement aberrants.

Surtout, l’Egypte n’est ni l’Algérie ni la Syrie. La grande majorité des Egyptiens partagent la même confession (ndlr : l’islam sunnite), les mêmes coutumes, les mêmes conditions de vie et le décalage entre les « occidentalisés » et les « locaux » est limité. Les militaires et les Frères musulmans sont notamment ; issus du même milieu, la petite bourgeoisie de province. Il n’y a donc aucune raison pour qu’ils se battent entre eux.

En fait, la seule question qui intéresse vraiment les Egyptiens est la suivante : qui va sortir le pays de l’ornière économique ? Dans cette optique, il faut que tout le monde, l’armée, les Frères musulmans, les laïcs et même les salafistes d’Al-Nour, se mette autour de la table. La rue sert en fait d’alibi, à chacun, afin d’arriver en meilleure position possible à ces pourparlers.

MYTF1News : Comment voyez-vous l’évolution de la situation ?

Marc Lavergne: A court terme, c’est très difficile à dire. Mais je ne crois donc pas à la guerre civile. A long terme, on peut espérer que la raison va l’emporter. Les pays étrangers (Etats-Unis, Arabie saoudite, voire le Qatar) vont essayer de calmer le jeu. Les Egyptiens ont quant à eux, le sens du concret. Ils veulent du pain et du travail. Ils se donneront à celui ou à ceux qui leur donneront.

Fin de l'interview. L'Agence de presse américaine « Associated Press » écrit que le président égyptien par intérim, Adli Mansour, travaille pour confirmer son autorité et rétablir la stabilité dans la rue égyptienne, bien que ses adversaires islamistes annoncent que ses pouvoirs sont « illégaux » et jurent de réintégrer le président déchu, Mohamed Morsi, au poste qu'il occupait. L'agence « Associated Press » souligne aussi, qu'Adli. Mansour cherche à se montrer comme la plus haute autorité dans le pays, à travers plusieurs décisions, avec en tête, la nomination d'un nombre de conseillers, la désignation des ministres et enfin, le choix d'un chef du gouvernement. Selon l'Agence « Associated Press »,Adli Mansour a commencé par le limogeage du chef des services de Renseignements et du chef du cabinet de la présidence, nommés par le président déchu Morsi.

Mais, alors qu'Adli Mansour gesticule pour donner l'impression qu'il gouverne l'Egypte, l'armée tire sans sommation dans la rue, et surtout, sans le consulter.

Par Ridha Ben Kacem mardi 9 juillet 2013

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