mis à jour le

Bousso Dramé, une Grande Royale

« On ne naît pas femme, on le devient ». Cette célèbre pensée de Simone de Beauvoir trouve une de plus son authenticité éloquente avec la sénégalaise Bousso Dramé. Et ce, avec le courage chevaleresque, gargantuesque et léonin dont elle vient de faire montre à travers son acte de refus de visa. Un visa qui lui a été offert par les autorités consulaires françaises du Sénégal au terme de mille démarches humiliantes et infantilisantes.

Lauréate d'un concours, en rappel, elle devait se rendre le 27 juin 2013 à Paris pour y suivre une formation. L'Afrique a encore besoin d'hommes et de femmes de son acabit pour revendiquer et tambouriner notre fierté d'être des noirs méritoires. L'Histoire des Noirs retiendra désormais que la sénégalaise Bousso Dramé rejoint cette belle brochette de femmes que je qualifierai de Grandes Royales modernes, des femmes inoubliables du fait de leur héroïsme : les sud-africaines Myriam Makéba et Winnie Mandela, la guyanaise Christiane Taubira, la romancière Calixthe Beyala, l'ex mannequin et écrivaine afro-autrichienne Waris Dirie, la journaliste noire américaine Maya Angelou, les maliennes Adame Ba Konaré et Aminata Traoré, etc.

Que les célébrissimes rastamans jamaïcain Jimmy Cliff et dominicain Nasio Fontaine aient chanté « thank God, we are proud to be black, black and comely » c'est-à-dire que " nous remercions Dieu pour nous avoir créé noirs, noirs, beaux et agréables à voir", la France, dopée par sa putride et légendaire paternalisme, continue de vouloir traiter les africains comme des véritables bêtes de somme. L'ancien journaliste camerounais J. Rémy Ngono, à qui l'ANPE en France avait proposé au début des années 2000 le métier de vigile à son arrivée en France, avait dit : « je ne suis pas particulièrement costaud, mais je suis noir, ça doit être l'explication. On a beau montrer ses diplômes, on ressent parfois une condescendance nauséeuse de la part de Français qui ne connaissent pas Senghor et s'imaginent que l'Afrique cultivée commence avec Rama Yade. » Une dizaine d'années plus tard, récemment en mars 2013, c'était le tour de l'écrivain gabonais Janis Otsiemi de se voir refusé un visa pour se rendre en France où il était invité dans le cadre du salon de livre de Paris.

L'inspiration sibylline que Bousso Dramé, vient d'avoir en faisant un pied de nez à tous les pédants et hautains Français, me rappelle l'acte honorable et respectable qu'avait posé aux Etats-Unis la couturière noire Rosa Park qui avait refusé de céder sa place à un Blanc dans un bus. Elle rappelle aussi la récente montée au pinacle au sein du cénacle politique italien de la congolaise Cécile Kyenge nommée ministre italien de l'intégration le 28 avril 2013. Que celle-ci ait été victime - comme Bousso Dramé - d'actes ad nauseam de la part de certains italiens racistes qui l'ont traitée de « guenon » ou « de négresse », que cela ne vous étonne point. Un historien français avait dit que : « l'esclavage a produit la colonisation, et la colonisation a secrété le racisme ».

Pour redorer son blason terni en Afrique, la France doit se livrer à une sorte d'introspection pour corriger ses invétérées erreurs et comprendre que tous les africains ne voient pas en elle l'Eldorado de Voltaire ou le pays de cocagne. Si les africains aspirent à voyager en Amérique ou en Europe, c'est plutôt au nom de la mondialisation dont la France est l'un des chantres. On ne peut pas vanter la diversité culturelle et la liberté d'aller et de venir, vouloir aussi le soutien des africains pour la promotion de la langue française et avoir dans le même temps de telles attitudes nauséeuses et nauséabondes à l'égard des africains. Comme le disait l'écrivain gabonais Janis Otsiemi : « la France doit arrêter de penser que tous les Africains veulent vivre chez elle et les soupçonner de malhonnêteté. »

Par CBS.

Le Faso

Ses derniers articles: Tirage au sort des barrages de la coupe du monde 2014 :  Paroisse de Bissighin : les élèves et étudiants  Coupe OAPI : ONEA en dames et SONABHY en hommes