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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le 26 juillet 2011, à Jérusalem. AFP PHOTO/POOL/ARIEL SCHALIT
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le 26 juillet 2011, à Jérusalem. AFP PHOTO/POOL/ARIEL SCHALIT

Israël et la Libye

Maintenant que le régime de Kadhafi est tombé, le gouvernement israélien espère un rapprochement avec le Conseil national de transition.

La Libye a toujours eu une attitude ambiguë vis-à-vis d’Israël, en soufflant le chaud et le froid dans ses relations. Le régime de Kadhafi et les rebelles qui viennent de prendre le pouvoir à Tripoli ont tous deux approché le gouvernement israélien pour obtenir un appui politique et matériel.

Le paradoxe tient au fait que, durant ses quatre décennies au pouvoir, le colonel Kadhafi s’était montré l’un des plus virulents critiques de l’État juif. Le jeune colonel avait d’ailleurs reçu une leçon en public du vieux président tunisien Bourguiba , qui lui avait déjà conseillé de voir du côté d’Israël.

Mais Israël avait été échaudé par son expérience précédente en Irak, où les opposants irakiens avaient obtenu une aide israélienne avec l’espoir d’établir des relations diplomatiques à la chute de Saddam Hussein. Mais l’avènement du nouveau régime irakien s’était accompagné d’un alignement classique sur les thèses de la Ligue arabe. Israël était encore mis au ban des nations.

Mercenaires africains

Israël a donc refusé de prendre une position officielle pour l’une ou l’autre des parties, car elle exigeait au préalable sa reconnaissance officielle. Les promesses, expérience oblige, n’étaient pas souvent tenues. Des délégations s’étaient rendues secrètement à Jérusalem, mais aucun accord n’avait été entériné.

En mars 2011, le site Inyan Merkazi avait précisé qu’une société israélienne procédait au recrutement de mercenaires dans plusieurs pays africains pour le compte du colonel Kadhafi. La société était dirigée par des officiers en retraite de l’armée israélienne . Des informations de source égyptienne précisaient que le dirigeant de la société avait rencontré Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien et Ehud Barak, ministre de la Défense, ainsi que le chef des services de renseignements militaires, Aviv Kokhavi  —tous auraient approuvé ce soutien direct à Kadhafi. Les dirigeants israéliens craignaient que le renversement de Kadhafi n’entraine l’avènement «d’un régime islamique extrémiste».

La détente dans les relations israélo-libyennes datait en fait des années 2010, lorsqu’Israël avait autorisé la Libye à financer la reconstruction de 1.250 logements dans la bande de Gaza. La veille de cette autorisation, le 9 août 2010, le colonel Kadhafi avait tenu à montrer sa bonne volonté en libérant un photographe israélien, Raphaël Haddad, détenu secrètement pendant cinq mois en Libye sur une accusation d’espionnage pour le compte du Mossad. Le lendemain, l’ONU annonçait le programme de reconstruction à Gaza grâce à un financement de Tripoli à hauteur de 34,6 millions d’euros.

Accord secret avec le CNT

Le gouvernement israélien n’a cependant jamais délaissé ses contacts avec le Conseil national de transition libyen (CNT), dont certains membres ont été reçus à Jérusalem pour des discussions qui auraient débouché sur des accords concrets. Israël avait déclaré soutenir les rebelles avec l’espoir qu’ils «parviendront à établir en Libye un gouvernement efficace et démocratique».

L’optimisme règne actuellement face au changement de régime prévu en Libye. Les autorités israéliennes ont cependant manifesté leur inquiétude de voir des organisations terroristes s’emparer d’une partie de l’arsenal libyen. Les services de renseignements israéliens ont révélé des transports importants d’armement depuis le sud de la Libye vers la bande de Gaza, en passant par le Sinaï, comprenant en particulier des mortiers et des missiles.

C’est pourquoi les israéliens tenaient à contrôler ces mouvements en installant une tête de pont en Libye. Les services de renseignements ukrainiens ont diffusé un document ultraconfidentiel portant sur la signature d'un accord conclu entre le CNT et les autorités israéliennes. Les nouveaux dirigeants s’engagent à permettre l'installation d'une base militaire israélienne aux Monts verts, en Libye.

Le document en question, portant l'en-tête «Israël Défense Forces» précise qu'en contrepartie, Israël s'engage à obtenir la multiplication de frappes aériennes par l'Otan contre les forces gouvernementales libyennes et l'adhésion de pays arabes à la cause du CNT. Le contrat a déjà obtenu un début de réalisation.

Les pays arabes, l’Algérie en particulier, voient d’un mauvais œil une présence israélienne à leurs frontières, car al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) pourrait trouver prétexte à s’armer et à intensifier ses attaques alors que l’organisation terroriste a déjà subi plusieurs échecs face à l’armée algérienne.

Bien que les discussions fussent bien antérieures à son voyage, il semble que cet accord ait été rendu possible grâce à la médiation de Bernard-Henri Lévy, qui aurait transmis un message des rebelles libyens au Premier ministre israélien Netanyahou lors d'une rencontre à Jérusalem. L’existence de ce message a été niée par le vice-président du CNT, Abdul Hafiz Ghoga. BHL a maintenu sa version des faits:

«J'ai communiqué au Premier ministre un message verbal de ce Conseil, dont le point essentiel est que le futur régime libyen sera un régime modéré et antiterroriste, qui aura le souci de la justice pour les Palestiniens et de la sécurité pour Israël.»

Le gouvernement de Netanyahou a cependant investi beaucoup, matériellement et politiquement, pour obtenir sa reconnaissance par la Libye. D’une part parce qu’il s’agit d’un pays arabe et d’autre part parce qu’il consolidera les relations déjà établies avec l’Egypte.

D’ailleurs, le président de l’Etat, Shimon Pérès, avait enfoncé le clou en saluant la rébellion libyenne contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi, la qualifiant de «combat pour la liberté. La rébellion est un soulèvement populaire pour la liberté du peuple libyen».

Jacques Benillouche

 

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Droit de réponse

Dans un article publié le 26 août 2011, Jacques Benillouche a repris sans vérification une information selon laquelle la société Global CST avait, à la demande du gouvernement israélien entrepris: «de secourir le régime ami du colonel Kadhafi». Et que «les représentants de la société israélienne s'étaient rendus au Tchad pour discuter avec un haut gradé des renseignements libyens, Abduallah Sanussi, de la modalité du recrutement de 50.000 mercenaires issus des pays africains». Monsieur Benillouche a inséré dans son article un lien Internet vers un site conspirationniste contenant les mêmes allégations diffamatoires à l'encontre de la société Global CST.

Global CST entend préciser qu'aucune de ces allégations n'est vraie, et que les sites israéliens mentionnés dans l'article de Jacques Benillouche (Inyan Merkazi et The Jerusalem Post) ne contenaient aucune information en ce sens.

Nous sommes extrêmement surpris qu'une publication respectable comme SlateAfrique reproduise sans vérification ce genre d'allégations diffamatoires concernant Global CST, qui sont d'ordinaire le fait de diffamateurs professionnels, à partir de sites Internet basés en Syrie ou au Liban. Au demeurant, nous notons que l'article de Monsieur Benillouche contient un lien vers un site Internet grossièrement antisémite et conspirationniste (Fourwind10.com).

Jacques Benillouche

Journaliste indépendant (Israël). Jacques Benillouche tient un blog, Temps et Contretemps.

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