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Kinshasa «la poubelle» fait dans l’immobilier de luxe

Vu du ciel, le projet immobilier de la «cité du fleuve», situé sur une île du Congo, en face de la capitale, ressemble un peu à celui de l’île du palmier à Dubaï: un large bassin au centre, de nombreux espaces verts cintrant les maisons et immeubles de luxe. C’est d’ailleurs là-bas qu’a été pensée la cité. Mais Kinshasa n’est pas Dubaï, et le fastueux projet fait polémique.

«C'est une idée folle», avoue Robert Choudury, le promoteur franco-indien de la cité du fleuve à BBC News Africa. Le site du projet n’a pas été choisi pour sa beauté, mais pour éviter les ennuis juridiques. A Kinshasa, il n’existe pas de registre de propriété fiable. Par conséquent, investir dans le foncier revient le plus souvent à s’exposer à d’interminables batailles de droit pour savoir qui est le propriétaire légitime. Investir sur une île vierge et non viabilisée était pour les promoteurs le moyen d’échapper à ces tracasseries.

Seulement, Kinshasa est une ville de 8 millions d’habitants, dont la plupart vit en dessous du seuil de pauvreté (0,86 euro par jour). Or le luxueux projet immobilier —que certains moqueurs ont déjà surnommé le «nouveau Manhattan»— propose un 5 pièces avec balcon donnant sur la rivière, ainsi qu'un parking pour la somme de… 138.227 euros. Les appartements sont dans les moyens uniquement des «expatriés ou à l’élite congolaise», précise BBC News.

Dès lors, l’effet de surprise a laissé la place à la colère chez les habitants du quartier voisin de Kingabwa. Ces derniers ont été choqués que l’on détruise leurs habitations sans compensation négociée:

«Pour prolonger la route, ils ont détruit nos maisons sans indemnisation préalable. Ils sont venus avec les forces de sécurité, donc nous n'avions pas le choix, explique M. Koffi, habitant du bidonville de Kingabwa. À la fin, les promoteurs de la cité du fleuve nous ont donné la somme d'argent qu'ils avaient décidée», ajoute-t-il dépité.

Mais certains jurent déjà que le projet immobilier ne sera jamais achevé. Outre les 692 millions d'euros que coûte l’opération et que les banques du pays risquent de ne pas être en mesure d’assurer, «le marché du luxe est déjà saturé», observe Michel Losembe, à la tête de l’association des banques de République démocratique du Congo.

D’autant que la ville de Kinshasa, un temps fièrement connue sous le nom de «Kin la belle» est désormais surnommée «Kin la poubelle»

Lu sur BBC News Africa