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Les confessions intimes de M. Bensalah

Jamais le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, n'a eu à s'épancher et à se lâcher avec une telle liberté de ton dans ses commentaires sur le contentieux algéro-marocain comme l'exercice auquel il s'est livré dans l'entretien accordé au quotidien arabophone El Khabar paru dans son édition de dimanche. «La thèse marocaine a toujours manqué de sincérité, le Maroc considérant l'Algérie comme étant la source de tous ses maux et catastrophes», a appuyé le président du Sénat et secrétaire général par intérim du Rassemblement national démocratique (RND) ajoutant que ces «allégations non fondées ne trompent personne». Poursuivant son réquisitoire contre le régime marocain et à une question du journal sur le plaidoyer insistant de la partie marocaine pour la réouverture des frontières entre l'Algérie et le royaume chérifien, M. Bensalah a souligné que le «Maroc sait et nous aussi que c'est un faux-fuyant», exprimant sa conviction que «la provocation systématique ne mène à rien». Cette sortie médiatique de M. Bensalah n'aurait suscité en d'autres circonstances aucune interrogation tant elle s'inscrit en droite ligne des orientations et des positions officielles de l'Algérie. Mais il se trouve que cette montée au créneau de M. Bensalah intervient dans un contexte politique national particulier, où son nom est mis en avant dans les spéculations en cours sur la perspective d'une situation de vacance du pouvoir pour diriger le pays durant la période transitoire de 45 jours prévue par la Constitution, prélude à l'organisation d'élections présidentielles anticipées. Compte tenu de ses origines marocaines que les Algériens ont découvert d'ailleurs au détour du débat en cours sur la succession à Bouteflika, le président du Sénat est inéligible pour remplir cette mission ; la Constitution exigeant la nationalité algérienne d'origine du candidat à ce poste. Ceux qui connaissent le parcours politique de M. Bensalah peuvent témoigner que l'homme a toujours fait mystère de ses racines, dosant savamment ses déclarations politiques sur les questions bilatérales pour ne pas se retrouver dans cette position inconfortable, d'une part, de reniement d'une patrie qui l'a vu naître et, d'autre part, d'une citoyenneté algérienne non accomplie d'un pays d'adoption qui lui a ouvert, de surcroît, toutes grandes les portes de la responsabilité à un haut niveau institutionnel. Aussi, serait-ce pour répondre aux commentaires de ceux qui brandissent son état civil pour le disqualifier du jeu politique et enterrer ses ambitions politiques à l'avenir que M. Bensalah a dit, haut et fort, ce qu'il pensait de l'état des relations algéro-marocaines comme il ne l'a jamais fait auparavant ? Ses déclarations à la presse résonnaient comme une confession d'un homme qui cherche à taire les «mauvaises langues» et une preuve de son algérianité publiquement assumée sur un dossier référentiel, où il sait qu'il est très attendu, en prenant à témoin l'opinion nationale. Ce point d'ordre qui, actualité oblige, prend une dimension solennelle, est destiné d'abord à ses contradicteurs et détracteurs et plus globalement aux Algériens et aux décideurs. Son premier pari, c'est de réussir à lever les quiproquos qui ont pu naître à son sujet et de ne pas laisser libre cours à un débat qui le dessert politiquement et qui le blesse humainement. Mais cela ne résout pas pour autant la question de son destin politique qui demeure toujours sous scellés au regard de la Constitution.