mis à jour le

Egypte : Ce qui s’est réellement passé ( partie II )

Par Ridha Ben Kacem

Dans la première partie de ce document, il a été précisé dans quelles conditions Morsi a été démis de ses fonctions. Il nous faut indiquer maintenant, les raisons qui ont conduit l'armée égyptienne, à prendre la décision de se débarrasser de Morsi, le premier président civil d'Egypte.

Premier élément. Commençons par les faits les plus récents. Tout d'abord le Sinaï. Cette région est régie par les accords du camp David. L'armée égyptienne les a toujours respectés, pour éviter de provoquer Israël et perdre du coup, la précieuse aide américaine. L'armée égyptienne est réaliste et comprend qu'elle n'est pas de taille à affronter l'Etat hébreux. D'ailleurs, l'armée égyptienne connait ses limites, depuis son engagement au Yémen où elle avait enregistré 26 000 morts en peu de temps, sans parler des défaites et des résultats plus que mitigés, enregistrés face à Israël. Or, l'avènement de Morsi a coïncidé avec une amélioration spectaculaire des relations de l'Egypte avec le Hamas palestinien, basé à gaza. Conséquence : les attaques contre les troupes égyptiennes se sont multipliées et l'on a enregistrés plus de 20 morts et une dizaine de soldats enlevés, sans compter les blessés. De plus, les relations avec Israël se sont nettement détériorées.

Récemment, l'armée égyptienne a été obligée de demander l'autorisation d'Israël, afin d'envoyer des blindés, pour sécuriser le Sinaï. Sous la pression du commandement de l'armée, le général Al-Sissi, est intervenu à maintes reprises, auprès de Morsi, pour que la situation change, mais les choses n'ont fait qu'empirer. Depuis trois semaines, Israël insiste pour que l'armée égyptienne, retire ses chars du Sinai, mais celle-ci ne peut le faire, en raison de la persistance de la menace terroriste, à la quelle elle est confrontée, pour la première fois, sans y être préparée, comme on le verra plus loin. Cette confrontation non voulue, est la conséquence directe de la politique pratiquée par Morsi, envers le Hamas. Il y deux semaines, Morsi a promis de réarmer le Hamas et a demandé à l'armée de lui soumettre un plan, pour le faire rapidement. Tenue par ses engagements internationaux, envers Israël et les Etats-Unis, qui classent le Hamas parmi les organisations terroristes, l'armée égyptienne ne peut envisager de répondre favorablement à la requête de Morsi. En raison de cette politique déraisonnable, selon l'armée, Morsi est devenu un danger non seulement pour l'armée, mais pour également, pour la sécurité et la stabilité de l'Egypte. L'armée a ainsi, noté une recrudescence des activités de la CIA et du MOSSAD, en Egypte.

Deuxième élément. Depuis quelques années, l'Ethiopie construit un barrage sur le Nil. L'Egypte y a toujours vu une menace pour son approvisionnement en eau du Nil. Le problème a toujours été traité en coulisses, par la diplomatie des deux pays. Au moment au une nouvelle solution de partage des eaux, était en vue, Morsi se saisit du dossier et menace d'envoyer l'armée égyptienne détruire le barrage. La menace est suivie d'une demande officielle, adressée à l'armée égyptienne, d'étudier un plan d'action, pour mettre en exécution la menace du président. Sur le chantier du barrage, des centaines de techniciens étrangers, pour la plupart, français, travaillent d'arrachepied, pour achever le barrage, d'ici la fin de l'année. Imaginez les conséquences pour l'Egypte, si jamais l'armée s'était prêtée au jeu du président. Jusqu'au dernier instant de son mandat tronqué, Morsi n'avait pas lâché prise et demandait fréquemment, au général Al-Sissi, où en étaient les préparatifs du raid de l'armée !

Troisième élément. Faisant fi des relations traditionnelles entre les armées régulières égyptiennes et syriennes, Morsi rompt soudain, l'équilibre fragile, trouvé par l'Egypte, pour soutenir officiellement, l'opposition syrienne, sans pour autant, rompre les relations diplomatiques avec le régime de Bashar al-Assad. Mais sous la pression du Qatar et de l'Arabie Saoudite, Morsi annonce il y a y a un mois, la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. De plus, Morsi promet une aide militaire aux insurgés syriens, que les deux pays du golf étaient prêts à payer. L'armée, qui gère le complexe militaro-industriel égyptien, était appelée ainsi, à intervenir contre ses alliés naturels, ce qui n'a guère été apprécié, par le haut commandement de l'armée, nullement associé, à la prise de telles décisions.

Quatrième éléments, en rapport avec le troisième. Lors des différentes manifestations de rues, organisées par les frères musulmans égyptiens, l'armée a arrêté plusieurs éléments appartenant à la mouvance al-Nosra syrienne, recrutés par les frères musulmans égyptiens, sur ordre direct de Morsi, et chargés de tirer sur les contremanifestants de l'opposition, pour les dissuader de manifester dans la rue. Le nombre des ces recrues a considérablement augmenté, avec le démarrage du mouvement Tamarroud. L'armée était loin d'apprécier ces méthodes étranges et retorses, dont civils et militaires pouvaient être indistinctement, les victimes.

Maintenant pour comprendre pourquoi l'armée n'apprécie guère, la manière de faire de Morsi, il faut avoir à l'esprit deux éléments capitaux : D'une part, l'armée égyptienne est en déclin, depuis le début des années 2000. D'autre part, l'armée égyptienne se comporte de plus en plus, comme une entreprise économique que comme une force armée prête à engager le combat. Elle a donc, plus besoin de stabilité que de provocations. La dégradation des capacités de combat de l'armée égyptienne date seulement d'une décennie. Il y a trois ans, notait déjà, un télégramme diplomatique de l’ambassade américaine, obtenu par WikiLeaks, qu'entre l’armée égyptienne et les Etats-Unis. « Les généraux furent longtemps nos meilleurs alliés, mais la situation a changé »,regrettait le diplomate signataire. Les choses ne se sont guère améliorées par la suite.

« L’armée égyptienne, note un télégramme américain daté du 23 septembre 2008, est une institution en déclin, mais qui reste puissante», à l’intérieur du pays, en ce qu’elle « garantit la stabilité du régime » et qu’elle opère « un vaste réseau d’entreprises commerciales particulièrement actives dans les secteurs de l’eau, l’huile d’olive, le ciment, la construction, l’hôtellerie et les stations d’essence ».L’armée possède également, « de larges domaines immobiliers et des terrains, dans le delta du Nil et sur les côtes de la mer Rouge ».L'armée égyptienne a perdu en réactivité et en capacité de combat, ce qu'elle a gagné en capacité de gestion de pans entiers, de l'économie égyptienne, hors de tout contrôle de l'Etat. Il semble que les frères musulmans s'étaient mis en tête, de dépouiller l'armée de ses possessions.

Bien sûr, les Etats-Unis apprécient que l’Egypte leur garantisse un accès libre, au canal de Suez, ainsi que son espace aérien. « Depuis 1980, écrit l’ambassadrice Margaret Scobey, dans un mémo envoyé, en décembre 2008, au général David Petraeus, qui s’apprêtait alors, à se rendre au Caire, en tant que commandant en chef des forces américaines au Moyen-Orient,les Etats-Unis ont investi 36 milliards de dollars dans les forces armées égyptiennes ».Problème, l’armée égyptienne, ne cessait, avec ces fonds, de renforcer ses forces conventionnelles (avions, chars d’assaut) et « refuse »les réformes stratégiques, que lui suggéraient les Etats-Unis. Les américains regrettaient surtout, le fait de ne pas pouvoir intéresser l'armée égyptienne, à la mise en place d'une structure et d'un plan « antiterroristes ».L'armée égyptienne ne s'était pas préparée à affronter le terrorisme. Soudain, à cause des actions et décisions de Morsi, elle se trouve aujourd'hui, confrontée au terrorisme, d'abord au Sinaï, ensuite au Caire et dans les grandes villes égyptiennes.

Mieux, avant Morsi, l'armée égyptienne contenait le terrorisme, en assurant le blocus de Gaza. « Américains et Israéliens »,note un mémo daté de février 2010, révélé par WikiLeaks, se« félicitent » de « l’efficacité » des efforts égyptiens, pour contribuer au blocus de Gaza et « combattre le flot d’armes et les fonds illicites » destinés au territoire palestinien, contrôlé par le Hamas. Or que fait Morsi, une fois élu président ? Il ouvre la boite de pandore du terrorisme qui fait tant peur, à l'armée égyptienne. Vous connaissez la suite.

Lire la première parti de ce document

Par Ridha Ben Kacem le 7 juillet 2013

Tunisie Focus

Ses derniers articles: Dimanche , Ban Ki-moon a reçu le rapport des enquêteurs de l’ONU en Syrie  Une météorite tombe  Journée internationale de la démocratie . Bla-bla-bla chez les arabes 

Egypte

AFP

MTV lance en Egypte et en Inde sa série sur l'éducation sexuelle

MTV lance en Egypte et en Inde sa série sur l'éducation sexuelle

AFP

Le pape en Egypte auprès des coptes meurtris par des attentats

Le pape en Egypte auprès des coptes meurtris par des attentats

AFP

Trump loue le "travail fantastique" du président Sissi en Egypte

Trump loue le "travail fantastique" du président Sissi en Egypte