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Deforestation in Mbengwi, by treesftf via Flickr CC
Deforestation in Mbengwi, by treesftf via Flickr CC

Cameroun, en attendant les touristes chinois

Le Cameroun fait désormais partie des destinations touristiques «approuvées» par la Chine. Mais «l'Afrique en miniature» doit améliorer ses infrastructures si elle veut devenir incontournable.

Verra-t-on bientôt des groupes de touristes chinois, appareil photo en bandoulière, partir à l’assaut du Mont Cameroun ou déguster des crevettes grillées en bord de plage à Kribi, la station balnéaire du pays?

Si les premiers convois de vacanciers en provenance de l’Empire du Milieu ne sont pas encore pour demain, un récent mémorandum d’entente signé entre les autorités camerounaises et chinoises pose le principe de futurs circuits pour Chinois désireux de découvrir «l’Afrique en miniature».

Le ministre du Tourisme Baba Hamadou, l’a expliqué lors d’un point presse le 10 août 2011:

«Les touristes chinois ne vont pas partout. Il faut que le pays qui les accueille soit déclaré par le gouvernement chinois "destination approuvée". Le Cameroun ayant signé ce mémorandum d’entente fait partie du quota restreint des pays [avec l’Egypte, le Kenya et l’Afrique du Sud, ndlr] approuvés par le gouvernement chinois pour ses touristes voyageant en groupe.»

Selon Baba Hamadou, le mémo signé fin juillet renforce un accord bipartite de 2006 et précise les contours de ces voyages. On sait désormais que les touristes arriveront en groupes organisés par des agences de tourisme chinoises et camerounaises afin de garantir un maximum de sécurité aux voyageurs.

Prochaine étape annoncée: la sélection des meilleurs tours opérateurs de la place, pour participer à une rencontre de concertation en Chine en novembre afin de mettre en place les premiers séjours.

Marché chinois, potentiel camerounais

Les touristes chinois représentent un fabuleux marché dont le Cameroun aimerait tirer profit. D’après l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), la Chine comptera quelques 100 millions de touristes à l’horizon 2020, contre 40 millions aujourd’hui. Or, quiconque a un peu pérégriné au Cameroun sait que le pays dispose d’un énorme potentiel en la matière.

La direction de Sofitoul, leader des tours opérateurs en Afrique centrale, installé à Yaoundé, est persuadée du développement imminent du secteur. Rodolphe Simo Kam, le directeur général explique:

«Nous avons recensé plus de 830 sites touristiques. Cela va du tourisme balnéaire au tourisme religieux, en passant par le trek […] Si la volonté gouvernementale de développer le secteur se concrétise, le tourisme peut faire plus que le pétrole, l’industrie, etc. Car c’est une denrée intarissable et génératrice d’emplois».

Et de citer, pêle-mêle, les plages de sable fin où viennent pondre les tortues marines en saison, le long de la côte Sud, de Kribi à Campo; les réserves fauniques au Nord qui abritent troupeaux d’éléphants et de girafes; les chutes d'eau au milieu d’une végétation vert émeraude (comme les chutes d’Ekom, qui ont servi de lieu de tournage au film Tarzan avec Christophe Lambert); ou encore la route des chefferies dans l’Ouest…

C’est une certitude: le pays regorge de sites à faire pâlir d’envie les destinations subsahariennes traditionnelles comme le Burkina Faso, le Mali ou le Sénégal. Le tourisme est d’ailleurs identifié par les autorités et les bailleurs de fonds comme «filière de croissance» et la Banque mondiale a octroyé à Yaoundé un crédit de 15 milliards francs CFA (23 millions d’euros), pour développer notamment l’écotourisme autour du Mont Cameroun et des chefferies de l’Ouest.

Le parcours du combattant

En 2010, le pays a même atteint pour la première fois le seuil de 500.000 entrées à l’année, devenant, selon la définition de l’OMT, une destination touristique. Reste qu’au Cameroun, la moindre excursion se transforme bien souvent en véritable parcours du combattant. La visite du parc national de Campo Ma’an, tout au sud du pays, est à ce titre exemplaire.

Avec ses 1.500 espèces végétales —dont plusieurs endémiques—, sa faune exceptionnelle (éléphants, gorilles, mandrilles), la réserve a de quoi attirer les touristes du monde entier. Seulement, on y accède après plusieurs heures de route sur une piste défoncée et l’hébergement s’y résume à quelques hôtels miteux et aucun restaurant.

Mais surtout, le parc manque de sentiers pédestres et il est difficile d’y apercevoir les animaux. De manière générale, le réseau interurbain camerounais est très dangereux et de nombreux sites sont difficilement accessibles. Quant aux infrastructures hôtelières, elles restent modestes. Selon des chiffres officiels, le pays compte environ 2.539 hôtels de toutes catégories —soit moins de 6.000 lits.

Autre urgence: améliorer l’accueil fait aux touristes. De l’avis des professionnels, le Cameroun est considéré comme moins accueillant que d'autres pays d'Afrique de l’Ouest. Pire, les étrangers en goguette sont la cible privilégiée des arnaqueurs de tout poil

En attendant les Chinois

Comment accueillir dans ces conditions les futurs convois de vacanciers chinois? Pour le DG de Sofitoul, qui fera partie de la délégation des opérateurs camerounais en Chine, les activités peuvent démarrer:

«Nous avons d’ores et déjà une capacité d’accueil de 2 à 3 millions de touristes. Cela ne décollera pas du jour au lendemain; c’est justement l’afflux de vacanciers qui permettra d’éduquer la population.»

Le ministre du Tourisme a, lui, joué la carte de l’humour. Ainsi, en évoquant le train à grande vitesse chinois, il a expliqué que les touristes s’adapteront sans aucun doute au Yaoundé-Ngaoundéré qui met a minima (c’est-à-dire quand il n’y a pas de déraillement) 14 heures pour relier le centre au nord du pays:

«Rassurez-vous: les touristes qui utiliseront ce [train] seront contents, parce qu’ils découvriront un chemin de fer exotique et pas archaïque! Ce qu’ils [verront] sur le rail entre Yaoundé et Ngaoundéré, ils ne le trouveront nulle part…»

En attendant le premier convoi de touristes chinois (aucune date n’a encore été officiellement communiquée), les spécialistes se veulent rassurants face à ceux qui craignent déjà que ce nouveau marché ne deviennt un canal de l’immigration clandestine chinoise, déjà très présente au Cameroun: les touristes seront encadrés du début à la fin de leur périple.

Sarah Sakho

 

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Sarah Sakho

Sarah Sakho. Correspondante de RFI au Cameroun.

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