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Au Caire, des habitants racontent une nuit de violences

Tireurs embusqués sur les toits, tirs à l'arme automatique et sabres brandis: les habitants du quartier du Manial dans le centre du Caire racontent une nuit de guérilla urbaine qui a fait au moins sept morts lors d'une incursion de militants des Frères musulmans.

Selon les résidents de ce quartier d'ordinaire paisible situé sur une île au milieu du Nil, les islamistes tentaient de se rendre place Tahrir, où étaient rassemblés des milliers de personnes hostiles au président déchu Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans et déposé par l'armée mercredi.

"Des centaines de Frères musulmans ont déferlé depuis l'Université du Caire (où ils se réunissent par milliers depuis plusieurs jours) avec des armes à feu et des armes blanches", raconte un habitant, Mohamed Fakri.

"Les Frères nous ont attaqués avec toutes sortes d'armes", dit Mohammed Yahya, au cours de cette nuit où des heurts meurtriers entre adversaires et partisans de M. Morsi, ou entre ses partisans et les forces de l'ordre, ont éclaté en de nombreux autres endroits du pays.

Ahmed Fattouh, lui, se souvient précisément de l'heure de l'attaque: "elle est survenue quelques minutes après la fin du discours du Guide suprême des Frères musulmans Mohammed Badie", qui a galvanisé vendredi ses partisans et appelé à rester "par millions" dans les rues jusqu'au rétablissement de M. Morsi.

"Ils nous traitaient de mécréants, ils hurlaient +Allah Akbar+ et nous tiraient dessus", poursuit M. Fattouh. "Mais ce ne sont pas des musulmans. Ce sont des terroristes qui veulent brûler le pays", lance-t-il.

Mohamed Fakri reconnaît toutefois que la réaction des résidents à l'arrivée des islamistes a aussi été musclée, et qu'il y avait des armes des deux côtés. "Nous avons échangé des tirs avec eux, nous voulions nous défendre, défendre notre quartier et protéger Tahrir", assure-t-il.

"Les affrontements ont commencé à 19H30 et se sont poursuivis jusqu'à 03H00 du matin. Et ils avaient toujours des munitions", note pour sa part Khaled Toufiq, un autre habitant de l'île.

Samedi matin, ce quartier au centre de la mégalopole égyptienne était une ville fantôme. Sur la devanture d'un magasin, une feuille blanche annonçait que "le martyr Abdallah Sayyed Abdel Azim" avait trouvé la mort ici. Le jeune homme de 26 ans a reçu une balle dans la tête.

Mohamed Fakri, lui, parle de "10 morts, dont six de nos camarades tués d'une balle dans la tête".

"Il y avait des tireurs embusqués postés sur le toit de la mosquée Salaheddine", poursuit-il.

Hind Taha, une fonctionnaire qui a observé les heurts depuis sa maison rapporte la même chose. "Il y avait des tireurs embusqués barbus postés sur le toit de la mosquée Salaheddine et sur d'autres immeubles. Au sol, de nombreux barbus armés venaient de l'Université brandissant des armes automatiques", dit-elle.

Un porte-parole des Frères musulmans, Ahmed Sobeih, a pour sa part démenti toute responsabilité de son mouvement, et dénoncé une volonté de porter atteinte à l'image des islamistes.

"Tous ceux qui portent la barbe ne sont pas membres des Frères musulmans", a-t-il affirmé à l'AFP, en mettant en cause "des personnes infiltrées par les services de sécurité dans les manifestations pacifiques afin d'ouvrir le feu sur les gens".

M. Sobeih a dénoncé "une tentative de la part des responsables du coup d'Etat de déformer l'image" de la confrérie islamiste, dont est issu le président renversé, et a souligné que les Frères lançaient des appels à manifester "pacifiquement" .

Ehab al-Sayyed, médecin à l'hôpital Qasr al-Aïni, proche de Manial, a affirmé à l'AFP qu'au moins sept personnes transportées dans son établissement avaient péri dans ces affrontements et estimé que "le bilan pourrait en fait être beaucoup plus important".

"Toutes leurs blessures étaient dues à des tirs à balle réelle, la plupart d'armes automatiques. Trois des morts et des dizaines de blessés ont reçu des tirs venus de points en hauteur", a-t-il ajouté.

La justice a décidé samedi d'ouvrir une enquête, évoquant la mort de quatre habitants et d'un partisan des Frères musulmans. Le bureau du procureur a précisé que quatre d'entre eux avaient été tués par des tirs dans la tête.

AFP

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