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Egypte : Ce qui s’est réellement passé ( partie I )

Par Ridha Ben Kacem

Un rapport secret de l'armée égyptienne, dévoilé par une source proche du Général Al-Sissi, décrit avec précision, les événements qui ont précédé la chute de l'ex président, Mohamed Morsi. Pour les chefs militaires de l’Egypte, l’impulsion finale de leur plan de renverser Morsi, en profitant de la rébellion d'une partie de la population, est venue le 26 Juin, sur fond insurrectionnel.

Ce jour-là, plusieurs généraux de haut rang, réunis autour de l'ex président, Mohamed Morsi, dont le général Al-Sissi, ont parlé sans ambages, au président en lui demandant de s'adresser dans un discours, à la nation et lui ont pratiquement dicté ce qu'il devait dire dans, ce discours. L'on note donc, en premier lieu que c'est l'armée qui est à l'origine du discours du Président Morsi. L'on note aussi, que l'armée avait limité le champ sémantique de ce discours présidentiel. L'on peut noter également, que Morsi a sans doute, commis une erreur monumentale, en acceptant, dans des conditions de dictat de l'armée, de faire ce discours, qu'il habillera du reste, d'un contenu différent, mettant en exergue pendant plus d'une heure, sa légitimité électorale et ne soufflant aucun mot, de la situation insurrectionnelle, dans le pays. Évidemment, ce n'est pas exactement, ce qu'attendait de lui, l'armée, mais peu importait, car l'armée avait son plan.

« Nous lui avons dit qu’il doit être concis et de répondre favorablement, aux demandes de l’opposition de former un gouvernement de coalition, d'amender la constitution et d'établir un calendrier précis, pour les deux actions »,a déclaré un officier présent lors de cette réunion avec Morsi. Cependant, Morsi a promis à l'armée de s'adresser au peuple égyptien et a fait le discours que l'on connait. L'armée voulait, en fait, calmer la rue et avoir les coudées franches, avec un gouvernement de coalition sans domination islamiste, qui lui aurait laissé libre, le champ qu'elle occupe depuis toujours, dans le paysage égyptien. L'armée était cependant, franchement étonnée par l'audace de Morsi. « Pourtant, il est apparu à la télé, a fait un très long discours, et n'a rien dit. C’est alors que nous savions qu’il n’avait pas l’intention d'améliorer la situation, et nous sommes passé à l'exécution du Plan B »,révèle la source militaire égyptienne. L'armée avait donc, bien deux plans, pour contrer Morsi. Un plan annoncé et un plan de repli. En langage clair, cela s'appelle « complot » et cela renforce la thèse du coup d'état.

L’officier à qui nous devons ces révélations, a ajouté: «Nous nous étions préparés à tous les scénarios, allant de simples violences, dans la rue, à des affrontements de masse, et on avait des troupes prêtes à gérer toutes les situations ».Comme les autres officiers ayant participé à la rédaction de ce rapport, l'officier auteur de ces révélations, a requis l’anonymat, en raison de la sensibilité de la situation. Il faut bien comprendre, que se préparer à affronter tout type de situation et avoir des troupes fraiche et préparées, sous la main, pour réagir en fonction de l'évolution sur le terrain, ne s'improvise pas. Cela ne se prépare pas non plus, en 24 heures. En fait, il semble que l'armée égyptienne était prête, depuis quelque temps, déjà. De là à imaginer qu'elle avait manipulé ou téléguidé le mouvement Tamarroud, il n'y a qu'un pas, que je me garderais d'effectuer, par manque de suffisamment de recul, pour l'instant.

Alors que les tensions avaient augmenté au cours des jours suivants, Morsi était resté sourd à ce qui se passait dans les rues du Caire et des grandes villes égyptiennes. Dans une dernière conversation téléphonique, avec le général Abdel Fattah al-Sisi, qui a eu lieu avant la fin de l'ultimatum des 48 heures, mercredi 3 juillet, le président lui a ri au nez, lorsque le général lui avait rappelé le nombre des manifestants, enregistrés dimanche 30 juin, mettant ainsi, en cause les chiffres présentés par l'armée. « Il n’a tout simplement pas voulu croire en ce qui se passe, partout en Egypte », aurait confié le général, à son entourage, immédiatement après le coup de fil, indique une source en contact direct, avec le général Al-Sissi. Le général aurait épilogué que « Tout espoir que le barbu à lunettes( Morsi ) organise un référendum, sur son propre avenir, ou s'en aille tranquillement s'est évaporé». Voilà donc, les deux issues où l'armée voulait pousser Morsi : le référendum ou le départ volontaire. L'on comprend donc, qu'en soufflant au président Morsi d'opter pour le gouvernement de coalition et l'amendement de la constitution, l'armée voulait, en fait, le pousser à opter soit, pour le référendum sur sa propre légitimité, soit pour le départ volontaire. L'armée était sûre que Morsi perdrait le référendum, ce qui signifie en fin de compte, que l'armée ne voulait plus de Morsi au poste de Président de la République égyptienne. Morsi ne convenait plus à l'armée, c'est aussi simple que cela et l'armée a tout fait pour s'en débarrasser. La mobilisation populaire due au mouvement Tamarroud n'a joué qu'un rôle accessoire, dans les plans de l'armée égyptienne de s'emparer du pouvoir.

Peu de temps après cette conversation téléphonique et alors que des millions d'égyptiens étaient dans les rues, l’armée passa à l'exécution de son plan, en confinant Morsi, comme prisonnier, au sein des bâtiments de la Garde Républicaine, en arrêtant ses principaux partisans, dans la confrérie des frères musulmans, en prenant le contrôle d’une grandes partie des médias, dont le grand bâtiment de la TV publique et en interdisant tous les égyptiens de voyage à l'étranger, et tout cela, 4 ou 5 heures, avant l'achèvement du délai de 48 heures, accordé au président Morsi, ce qui prouve encore une fois que le coup d'état n'était nullement improvisé. Car, nous avons bien là, tous les ingrédients d'un coup d'état classique. Les faits sont tenaces, en effet. Plusieurs heures, avant la fin de l'ultimatum, Morsi n'était plus en mesure de l'accepter ou de le refuser, car il était déjà, entre les mains de l'armée, en tant que prisonnier. D'ailleurs, au moment même, où l'épisode de la prise de contrôle des médias s'était terminé, des hélicoptères militaires égyptiens portant de grands drapeaux nationaux, avaient survolé la place Tahrir, comme pour indiquer que tout était déjà fini. Encore une fois, le délai de 48 heures n'était pas encore écoulé. Compte tenu de ce qui précède, on peut affirmer, sans risque de se tromper, que Morsi a été démis de ses fonctions, en toute illégalité. On peut même ajouter, en toute illégalité populaire, car même la légitimité de la rue n'a pas été respectée, face à l'impératif militaire.

La facilité et la soudaineté de la chute de Morsi soulignent la fragilité des institutions étatiques égyptiennes, face à la puissante machine de l'armée. Ceux qui espèrent en Tunisie, comme ailleurs, voir la rébellion populaires conduire à l'instauration de la démocratie, en Egypte, devraient tenir compte de ce paramètre incontournable. La « démocratie égyptienne » ne pourra jamais évoluer, que dans le cadre précis, que l'armée voudra bien lui tracer. Pour être provocateur, l'on dira que ce n'est pas l'armée qui sera au service de la démocratie égyptienne, mais plutôt l'inverse. Peut-on encore continuer à parler de démocratie, dans le cas de l'Egypte, en ce mois de juillet 2013 ?

Il faut savoir également, que les révélations ne se sont pas arrêtées là. L'on connait maintenant, les vraies raisons qui ont conduit l'armée égyptienne, à se débarrasser de Morsi. Nous y reviendront dans la seconde partie de cet article.

Par Ridha Ben Kacem le 6 juillet 2013

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