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L’Egypte et une autre intelligence de la légitimité

Quelle que soit l'attitude que l'on peut avoir à l'égard de ce qui s'est passé en Egypte entre le 30 juin et le 3 juillet 2013, on ne peut éluder un effet caractérisé, celui de l'intelligence que l'on peut avoir de la notion de « légitimité » en politique.
En effet, pour les uns, il y a eu un « complot militaire » contre la « légitimité électorale ». Pour d'autres, il s'agit d'une restauration de la « légitimité populaire » abusivement travestie en une dictature naissante, sous couvert de légitimité électorale. Entre les deux, il y a toutes les positions nuancées, commandées par la diplomatie, la précaution calculée ou l'hypocrisie politique.
Il faut avouer que, dans l'absolu des principes, le renversement d'un président élu au suffrage universel est toujours la preuve d'un échec du processus démocratique. Mais peut-on nier que toutes les dictatures modernes, qui sont souvent abolies par des mouvements populaires (révoltes ou révolutions), sont ainsi devenues en profitant de la légitimité électorale ? On peut parler de falsification des élections (pourtant attestées aussi dans les dernières élections des pays du « printemps arabe »), on peut évoquer mille et une autres explications, il n'en reste pas moins vrai que c'est la légitimité électorale qui a souvent conduit à certaines dictatures.
De ce fait, une légitimité électorale n'est valide que si elle répond à certaines conditions non négociables :
1 - D'abord qu'elle soit assurée de la transparence de l'opération qui y a conduit, notamment l'opération électorale dans les différentes étapes de son déroulement : argent politique, égalité des chances, absence de toute forme d'exclusion, transparence des opérations électorales, etc.
2 - Le respect absolu des termes du contrat pour lequel cette légitimité a été accordée, car toute infraction à ce contrat met à bas la légitimité électorale et la rend nulle et non avenue, à moins qu'un autre plébiscite électoral (comme un référendum) ne vienne conforter toute nouvelle option non prévue dans le contrat initial (Que l'on se souvienne à ce propos des trois référendums du Général De Gaulle !). En tout état de fait, il y a détournement de la légitimité électorale dès que l'on commence à s'octroyer en son nom des prérogatives non contractée, à plus forte raison quand on se dérobe à des responsabilités contractées.
3 - Ne jamais oublier que la légitimité électorale est une forme de manifestation de la légitimité populaire. Par conséquent, quand un peuple se sent trahi, au nom d'une volonté qui n'est plus la sienne et qu'on continue de lui attribuer abusivement, il est de son droit le plus légitime - et même de son devoir - de contester, voire de retirer, la légitimité représentative à ceux qui n'ont plus de celle-ci que l'aspect formel.
Ces conditions sont impératives pour la notion de légitimité dans sa version authentique, sans quoi on est dans la démagogie et dans la manipulation. En effet, sans cette intelligence authentique de la légitimité (foncièrement populaire), il n'aurait pas été « légitime » d'écarter les anciens régimes, qui se prévalaient pourtant de la légitimité électorale.
Et puis, soyons attentifs à la diarrhée inflationniste et à l'usage abusif de certaines notions dans la bouche de tous les acteurs politiques (au pouvoir comme dans l'opposition), nous ne tardons pas à conclure au vide significatif des mots utilisés pour désigner ces notions.
En effet, chacun prétend parler au nom du peuple et déterminer sa volonté, aussi peu représentatif qu'il soit sur le terrain. Chacun inscrit son discours et ses actions dans l'esprit de la révolution, aussi divers, divergents même, que sont les acteurs politiques en présence. Chacun prétend agir au nom de la démocratie, même ceux qui préconisent l'exclusion et cultivent la ranc½ur entre les citoyens d'une même société. Et l'on peut s'étendre plus longuement sur ces contradictions et ces absurdités aberrantes.
En définitive, on peut dire que l'Egypte a bel et bien attiré l'attention sur la nécessité d'avoir une intelligence lucide et rationnelle de la notion de légitimité, sans quoi « la rébellion » populaire est à toutes les portes, quels que soient les propos que l'on colporte et les simagrées que l'on fait pour essayer d'en diminuer l'effet.
A bon entendeur, salut !
Par Mansour Mhenni

Tunisie Focus

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l’Egypte

La rédaction

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