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Au Kenya, les hommes n'ont pas le monopole de la mécanique

Dans la plupart des pays, mécanicien est encore considéré comme un métier d’hommes. Au Kenya, qui ne fait pas exception, les métiers réservés aux femmes seraient  plutôt coiffeuse ou vendeuse.

Mais l’association Africa Project n'a que faire des préjugés: elle a mis en place le projet Lady Mekanika (mécanicienne, en swahili) pour former des femmes à cette profession souvent masculine.

En reportage dans un garage de la banlieue de Nairobi, Radio Netherlands Worldwide Africa montre ces femmes accroupies autour d’un moteur, et qui apprenent à changer l’huile d’un moteur vêtues de l’uniforme bleu typique du métier, cousu du logo des Lady Mekanika.

La formation lancée en mai 2011 a été ouverte à 25 femmes sélectionnées sur leur envie et leur motivation. Elles apprennent ainsi à réaliser de bout en bout un contrôle technique automobile. Anthon Wainana, leur formateur, explique qu'elles doivent savoir effectuer toutes les étapes:

«Régler les phares, aligner les roues, balancer le moteur et puis bien sûr régler les freins».

Concentrées, elles s’activent au milieu des mécaniciens du garage qui les observent sans rien dire. Toutefois, quand on interroge l'un de ces messieurs, l’un de seuls à accepter de parler ne cache pas son admiration:

«Notre culture nous dicte que les femmes ne savent pas manipuler les voitures, mais apparemment elles s’y prennent mieux que les hommes», reconnaît-il posément.

Un sentiment que confirme le formateur:

«Les femmes se concentrent mieux que les hommes. Les hommes sont trop distraits.»

Au Kenya, la route fait plus de 3.000 victimes par an, principalement des piétons. Outre les voies mal ou pas entretenues obligeant à éviter les nids de poule, les accidents sont également dus à l’état du parc automobile ancien, mal réparé, mais aussi à… la conduite.

Pas toujours respectueux du code de la route, les conducteurs (qui sont le plus souvent des hommes) n'attachent par exemple pas toujours leur ceinture de sécurité, pourtant obligatoire depuis plusieurs années:

«Les hommes conduisent de façon irresponsable et nous exposent à des risques, ainsi que nos enfants», dénonce une stagiaire, tout en montrant un minibus ayant subi une collision frontale.

C’est pour cette raison que les Lady Mekanika ont adhéré au projet. Lasses «d’observer les accidents», elles ont décidé d’acquérir un savoir qui leur permettra peut-être de faire évoluer les choses:

 «Je vais apprendre à mon mari à conduire plus prudemment», affirme en souriant Donna Mulingi, une jeune femme de 25 ans. 

Toutefois, le projet est surtout un moyen pour ces femmes qui souvent ne sont pas allées plus loin que l'école primaire d’apprendre un métier et gagner ainsi leur autonomie financière:

«C'est une occasion de contester les stéréotypes féminins dans la société qui visent à les asservir. Encore une fois, à notre époque, l'autonomie des femmes est la meilleure option», confie Linda Wafula, la fondatrice de Project Africa, à Global Press Institute.

Lu sur Radio Natherlands Worldwide Africa