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Une fête nationale sans Président : C’est grave?

Un lendemain de fête qui déchante. La célébration du cinquantenaire de l’indépendance est terminée (5 juillet 1962- 5 juillet 2012). Finis, les chants patriotiques, les feux d’artifices, la fierté de notre victoire glorieuse sur la France ou le regret d’une indépendance usurpée. Place au bilan. Pas celui de cinquante ans d’indépendance,- ça on l’a fait toute l’année-. Bilan, d’une année de célébration du cinquantenaire de l’indépendance. 

Entre la rue et l'Algérie officielle, le fossé continue de se creuser .

Plus de 2 Milliards de dollars puisés dans des fonds spéciaux sur fond de polémique, pour des célébrations qui ont débuté par une commémoration en grande pompe (comédie musicale et feux d’artifices le 5 juillet 2012) et qui se clôturent en catimini par une grâce présidentielle accordée (le 5 juillet 2013) aux détenus par le Président Bouteflika, à partir de l’hôpital français les « invalides » où il se trouve depuis plus de deux mois.  Une fête nationale sans Président, est-ce si grave? Oui, mais il y a pire.  Paroles d’Algériens :

Karim K, 37 ans, Consultant:

« Qu'une fête nationale soit fêtée de façon folklorique, ça ne me dérange pas car c'est le cas, ce qui me gêne le plus c'est l'instrumentalisation à des fins politique, au point que les gens et surtout les jeunes ne s'identifient même pas à cette célébration, et s'ils s’y identifient, il ne le font pas pour les bonnes raisons, surtout pas pour les valeurs véhiculées par les porteurs de la révolution. Même dans un scénario de film dramatique, on ne lui aurai pas présagé une fin pareil, passer le 51 anniversaire de l'indépendance dans un hôpital militaire parisien. C'est dramatique pour lui avant tout, et surtout pour ceux qui n'arrêtent pas de nous parler de fierté, nous avons de quoi être fier de notre histoire, mais une fierté bien placée, pas celle galvaudé par le discours officiel, mais plutôt celle du travail, de l'honnêteté, et du mérite »

Rima. K, 29 ans, biologiste:
« La seule chose que m’évoque cette célébration aujourd’hui, fêter la date anniversaire de notre indépendance sans président c’est assez grave. Qu’on nous donne des nouvelles de lui, à travers des télévisions étrangères, ça aussi, c’est grave, c’est même le comble »
Noel B, 38 ans, journaliste:

« Ils auraient pu et dû mieux faire à commencer par le logo qui ne ressemble à rien quand je pense que l’année dernière pour le cinquantenaire ils ont osé faire venir la chanteuse libanaise Elyssa à Annaba à coup de milliards, c’est vraiment honteux, pendant que des chanteurs algériens meurent en exil loin de leur pays nata. Bouteflika aurait pu, pour l’occasion, s’adresser aux Algériens, ce qu’il n’a pas fait, je considère ça comme du mépris et pour les Algériens et pour les martyrs de la guerre de libération »

Selma Maouene, 28 ans, dentiste:

« La fêter en déboursant des milliards ds les feux d’artifices alors que l’Algérie se dégrade de plus en plus on aurait pu la fêter au sens propre du terme , si notre Algérie était vraiment un pays en voie de développement. Plus de deux mois sans président pour gèrer le pays, mais qui donne des ordres  depuis son hôpital français…  je l’ai fêté à ma manière , en pensant aux martyrs qui ont tout donné pour une Algérie libre… »

Fethi D, 27 ans, architecte-urbaniste:

« La célébration avait bien démarré mais ça s’est un peu essoufflé après. Les gens était occupés à leur vie quotidienne et les autorités avec les événements qui ont captivé tout le monde ces derniers mois : ce qui se passe dans la région et les luttes de succession et l’après Bouteflika « 

Lamellad Larbi Amine, 29 ans, employé dans le secteur privé:

« Mon avis c'est que 50 ans après, il est triste de voir qu'un Algérien sur deux regrette que son pays ne soit pas encore colonisé. Pour le moment nous avons échoué à attribuer à l'Algérie une âme propre à elle (c'est-à-dire un ensemble de facteurs économiques, sociaux, éducationnels, culturels, et que sais-je encore) qui serait à elle seule, cette âme, source de fierté et d'espérance, au-delà de tous les feux d'artifice qui n'ont peut-être jamais si bien porté leur nom : artifice. Et cette carence profonde, nous tentons de la rattraper par des commémorations, et des drapeaux qui courent les rues.

Qu'y a-t-il de pertinent à célébrer une Indépendance en de fanfarons spectacles auxquels n'assisteront jamais tous ces jeunes sur des embarcations clandestines déjà en haute mer (y a-t-il plus triste que de savoir, à ce propos, que ceux qu'on appelle « harraga » profitent justement d'une telle fête nationale, quand la vigilance serait moindre, pour prendre la mer. Veulent-ils simplement dire : nous ne voulons pas de votre joie ?). C'est en effet le propre des nations égarées que d'engendrer des ivresses passagères et les transmettre sur le journal télévisé.

Notre pays a besoin d'un travail de fond (régler les crises primaires, réhabiliter les institutions, ...) qui le mettra sur la bonne voie et le sortira de sa dépression très, très nerveuse. Il n'y a pas de doute que nous étions très mal partis ; avant même 62 les idéaux révolutionnaires commençaient déjà à être bafoués (fratricides idéologiques), mais un demi-siècle plus tard, notre pays meurtri par mille blessures reste (comme aime à le répéter les voix officielles) encore debout. Debout, mais immobile, indécis et cherchant dans quel sens faire le premier pas, tel un nouveau-né qui ne sait pas encore que marcher vers l'avant est le propre de l'homme.

Cinquante années plus tard, pour avoir tant souffert, l'Algérie en sait davantage, et la détermination et la bonne volonté que nous constatons ça et là, parfois dans de simples initiatives, augure bien de l'avenir. Je le crois pour ma part en tout cas.

Nos martyres ne sont certainement pas morts pour rien, mais « célébrons » les autrement. Vivons pour des lendemains plus construits et plus réfléchis, le temps des célébrations viendra plus tard et de lui-même. Vive l'Algérie. Vive le Peuple de l'Algérie. »

 

Fella Bouredji

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