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Marie Josée Crespin, initiatrice de Gorée «Regards sur Cours» : «Il y a autre chose à voir à Gorée qu’une Maison des esclaves»

Marie Josée Crespin. Un nom qui rime avec l'île de Gorée. Depuis plusieurs années, cette goréenne participe à la vie culturelle de son environnement à travers l'organisation de Gorée «Regards sur Cours». A 77 ans et affaiblie par un Accident cardio-vasculaire, la bonne dame décroche et laisse sa belle fille et ses amis poursuivre son ½uvre. Un hommage lui a été rendu par Youssou Ndour et la mairie de Gorée vendredi dernier. Une cérémonie à la suite de laquelle, la bonne dame, malgré son âge avancé et quelques difficultés pour parler, a accepté volontiers et avec beaucoup d'enthousiasme de répondre aux questions du reporter de son «journal préféré», Le Quotidien.

10 ans après que vous ayez pris le pari de Gorée «Regards sur cours», les autorités vous rendent enfin hommage. Quel est le sentiment qui vous anime ?

J'ai été l'initiatrice de cet événement, je suis la seule voisine de la Maison des esclaves, et j'ai remarqué que la plupart des gens qui viennent à Gorée ne vont qu'à la Maison des esclaves. Pour moi, il y a autre chose à Gorée que la Maison des esclaves. Je critiquerais peut être un peu le ministère de la Culture de considérer que tous les touristes vont voir la Maison des esclaves, mais j'aurais aimé que le ministre du Tourisme dise : «Allez visiter Gorée, vous allez voir chaque maison.» Ce serait un symbole. Per­sonnelle­ment j'occupe une maison des esclaves à Gorée et il y a des choses à y voir. Je pense qu'on parle trop de la Maison des esclaves. Il y a d'autres choses à voir à Gorée. Je vois de nos jours des gens sortant de la maison des esclaves, qui est une très belle maison, mais ils passent partout ail­leurs sans vraiment voir le charme de Gorée. Cette maison est effectivement un symbole. C'est très joli. Mais je pense qu'il y a autre chose à montrer à Gorée qu'une maison des esclaves. Alors, quand j'ai vu tant de gens qui passaient et qui essayaient d'ouvrir ma porte quand elle était entr'ouverte, ils essayaient de prendre une photo, je me suis dit que ce n'était pas possible qu'on vienne à Gorée que pour la Maison des esclaves. Il fallait montrer les autres choses car il y a beaucoup d'autres choses à Gorée. Il y a d'autres maisons, d'autres cours, des gens qui méritent d'ouvrir leurs cours. Et c'est comme ça qu'en 2003, je me suis dit qu'on va ouvrir cette maison. J'ai vu quelques amis, je leur ai proposé qu'on ouvre une fois dans l'année nos cours pour essayer de montrer autre chose du charme de Gorée. Donc c'est comme ça que ça a commencé et les personnes contactées dans Gorée ont tout de suite adhéré à l'idée. On a commencé doucement et les gens au début trouvaient qu'on ne pouvait pas ouvrir nos cours parce que ce n'était pas joli. On a essayé de les convaincre car à Go­rée, il y a de belles cours, des cours modestes avec des moutons, des poules...

Il n'y a pas que les cours de Gorée...

Il y a du tout et il fallait montrer tout ça aussi. Parce que l'architecture de Gorée c'est le patrimoine de Gorée. Et cette île est le lieu le plus visité du Sénégal. Il y a des gens qui viennent entre deux chaloupes pour voir Gorée. Je trouve ça important. Il est important de montrer aussi qu'il y a d'autres choses, des architectures du 18e, du 19e siècle et que Gorée a beaucoup de charme. Au début, c'était un peu timide mais petit à petit les gens ont décidé d'ouvrir leurs cours en même temps j'ai considéré que ce serait mieux si on présentait des artistes. Parce que j'ai toujours aimé l'art pourtant je n'ai pas été formée pour ça mais je me suis toujours intéressée aux expositions. Je me suis dit que si on donnait la chance à quelques artistes de venir exposer dans nos cours, ça donne encore un plus pour les visiteurs de Gorée. C'est comme ça que ça a démarré et j'ai fait ça pendant 9 ans. J'ai donc présidé l'Associa­tion «Gorée Regards sur Cours» pendant 9 ans et puis dernièrement, cette année précisément, j'ai eu un problème de santé. Ce qui fait que j'ai passé le relais à ma belle-fille Marina.

Vous êtes autant malade au point de céder la présidence de cette association ?

J'ai déjà fait 9 ans, c'est-à-dire depuis 2003. Et puis j'ai eu un Avc (Accident cardio-vasculaire). J'étais paralysée en partie. Je m'en suis très bien sortie. J'ai réappris à marcher et tout... Ce qui m'intéresse le plus, c'est de faire des expositions. J'ai six expositions différentes dans ma maison. Il y a le mini-musée Gora Mbengue parce que Gora Mbengue a habité chez moi. Il est mort et c'est le fils qui n'a pas connu son père parce qu'il était dans le ventre de sa mère quand il est mort, qui dirige ce mini-musée. Ensuite, moi je fais des bijoux. Ce n'était pas mon métier, mais j'ai toujours fait des bijoux quand j'étais au lycée. J'ai toujours fait, donc ce qui m'intéressait, c'était de faire des expositions moi-même.

Qu'est-ce qui vous a poussé à vous ancrer dans la chose culturelle ?

Petite fille, j'étais intéressée par l'art. Avant de passer mon Bac, je faisais déjà des bijoux pour mes copines, en allant à Sandaga pour acheter des perles. J'allais à l'Ifan pour savoir ce que c'était les perles du néolithique. Je n'avais pas 18 ans. Aujourd'hui, j'ai 77 ans pour vous dire que cela fait quand même du temps. Je me suis toujours intéressée à cela. Et vous savez, je suis magistrate de profession. Je suis restée 42 ans dans la fonction publique sénégalaise. Mais tout le temps à chaque fois que je le pouvais, j'allais voir des expositions, des ateliers d'artistes. J'étais peut être atypique dans le milieu des magistrats. Je continuais à porter des colliers qui n'étaient pas en or, avec des perles africaines. J'ai toujours rêvé de ça et pourtant j'étais dans un milieu juriste. Toute ma vie, j'ai recherché une espèce d'équilibre entre la justice et l'art...

Avez-vous espoir que ce festival aille plus loin encore ?

Je l'espère. Quand j'ai voulu décrocher pour des raisons personnelles, je commençais à être un peu fatiguée, c'était dur, j'ai travaillé beaucoup pour cela. A ce moment, je me suis dit «Gorée regards sur cours» va tomber si on ne trouve pas d'autres Goréens parce qu'il faut que ce soit d'autres Goréens qui s'occupent de ça. La chance que j'ai eue, c'est que pas mal d'amis m'ont dit : «Tu ne peux pas continuer, tu es fatiguée, on viendra aider les personnes qui te succéderont.» C'est ce qui s'est passé. J'ai eu une belle fille qui est intéressée par l'art. Son mari, Xavier Ricou est un architecte. Vous avez peut être vu ce qu'il a fait. Aussi bien Marina, ma belle-fille, que mon fils, ils sont très concernés par le patrimoine de Gorée. Si vous connaissez le site de Xavier, senegalmetis.com, il est très intéressé par le patrimoine de Gorée et de Saint Louis. Tous les jours, il sort un sujet sur Gorée, Saint Louis et le Sénégal. Si vous voulez, dans la famille on est un peu sensibilisé à ce genre de choses. Donc mes amis français, qui ont vécu à Gorée, ont également décidé de nous aider à continuer même si moi, je voulais abandonner. Ma belle-fille a pris ma succession, voilà comment ça s'est passé. Je suis toujours dans l'association et ma belle-fille vient me voir quand elle veut, pour avoir des conseils. Maintenant, je m'occupe directement de mes expositions.

Dix ans de festival, est-ce que vous avez atteint votre objectif ?

Pour moi, j'ai atteint mon objectif un peu avant. A partir du moment où chaque année pendant 9 ans, «Gorée Regards sur cours» tenait, continuait. Pour moi, c'était ça mon objectif. Ce n'était pas de faire 10 ans particulièrement. On le fête parce que ça fait 10 ans, mais ce n'était pas seulement ça. J'étais content à partir de la troisième année quand j'ai vu que ça continuait. On ouvrait chaque année nos cours et chaque année des artistes étaient contents de trouver une galerie pour leurs sculptures et leurs tableaux.

Vous habitez une Maison à Gorée qui date du 18e siècle. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Je connais Gorée depuis 1945. J'ai eu un père qui a été passionné par Gorée et qui nous amenait pique-niquer ici entre 1945 et 1950. En 1950, mon père a dit, je vais essayer de trouver une maison. Mon père était avocat à Dakar et il a trouvé une maison, celle où je suis aujourd'hui. C'est une solide et belle maison. Voilà que j'habite cette maison jusqu'à ce jour. Mon père, il est mort depuis longtemps, mais sûr qu'il est content du fait qu'il y a un de ses enfants qui continue à l'entretenir et à l'aimer.

Rewmi

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