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Un policier viré pour avoir dénoncé des termes dégradants en marge d’une visite d’une délégation algérienne

L'Inspection générale de la police française a ouvert une enquête sur le cas de N. S., fonctionnaire d'origine algérienne, renvoyé du RAID en 2012, pour avoir dénoncé, il y a quatre ans, des propos racistes de hauts fonctionnaires en marge d'une visite d'une délégation algérienne. Lyon, de notre correspondant   Lorsqu'en 2009, des fonctionnaires des services de sécurité algériens, parmi lesquels de hauts gradés, étaient en mission en France, auprès du Groupe opérationnel de soutien technique (GOST) du RAID (police d'élite), ils étaient loin de se douter des coulisses de ce voyage et des réticences d'un fonctionnaire de police français à leur égard. «"Ça me fait chier de les former, demain on risque de les avoir en face de nous"» ou encore «"On va pas donner aux bougnouls notre documentation"». Dans son service, N. S., un Français d'origine algérienne, technicien spécialiste des transmissions radio, entré au RAID en 2007, n'accepte pas un tel langage, et il le fait remarquer. Dans un rapport circonstancié, il dénonce les «propos choquants» prononcés devant lui et certains de ses collègues. Il explique du reste qu'un autre officier lui avait dit que les expressions «les bougnouls, les biques, les melons» étaient normales et habituelles chez certains policiers du RAID. Et que cela ne le concernait en rien. N. S. n'en démord pas, de tels sentiments de rejets xénophobes et racistes n'avaient pas lieu d'être dans la police républicaine. La haute hiérarchie exige qu'il taise l'affaire, et le fauteur de langage raciste est muté dans sa ville d'origine, ce qui est plus un avantage qu'une sanction. N. S., quant à lui, est, semble-t-il, resté dans le collimateur puisque quelques mois après les faits, en novembre 2012, il est viré du RAID, ce qui est exceptionnel pour ne pas dire du jamais vu. Pour lui appliquer cette décision sans précédent, on lui a collé un manquement au service. Il est transféré à Paris, à la préfecture de police dans les services de maintenance radio, et sa notation passe de 6 à 4, entraînant une baisse de revenu de l'ordre de 500 euros, selon son avocat Mohamed Lallaoui. Malgré une réunion de la commission paritaire en janvier 2013, la notation n'a pas bougé.    «On m'a brisé, il faut que je me batte» Alerté sur cette situation par l'ancien ministre Azouz Begag - auteur, en 2004, d'un rapport ministériel sur la diversité dans la Police nationale et la gendarmerie - le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, répond en février 2013 qu'il a «immédiatement» prescrit «un examen approprié de ce dossier». «Quand des fonctionnaires de police comme Monsieur S. ont le courage de dénoncer des propos racistes, il faut non pas les sanctionner, mais les protéger», estime Azouz Begag. «Ce sont les vigiles de la République. Ils rappellent que le racisme est un délit pénal. Y compris dans la Police nationale», indique-t-il. Une enquête de l'Inspection générale de la Police nationale est en cours depuis quelques jours grâce à cette intervention de Begag. On ne peut rien préjuger de ses conclusions. Contacté par nos soins, le fonctionnaire N. S. reste mobilisé : «Je ne baisse pas les bras, nous dit-il. Je dois aller jusqu'au bout. Il faut que justice soit faite. On m'a brisé, il faut que je me batte, pas pour moi seulement, mais aussi pour mes enfants et les enfants des autres.» Bien inséré dans son poste actuel, il nous indique ne pas accabler le groupe de policiers où il travaillait : «Deux ou trois personnes ont prononcé des propos racistes, c'est intolérable et inacceptable. Mais beaucoup de collègues ont témoigné en ma faveur.» Le fait que le racisme ait été avéré face à une délégation algérienne était pour lui insupportable.«J'ai un minimum de fierté, mes parents m'ont élevé dans l'honneur. Je suis citoyen français, mais je n'ai pas accepté des termes dégradants lorsqu'ils visent des Algériens devant moi. Je n'ai pas à accepter cela», insiste-t-il. Hélas, comme souvent dans des cas douloureux comme le sien, N. S. se regarde avec les yeux des personnes racistes : «Peu importe qu'on réussisse, on n'est rien. Avec opiniâtreté, je suis entré dans le service d'élite de la police. Ce n'est pas facile, mais j'ai le sentiment que lorsqu'on montre de quoi on est capable, on nous met toujours des bâtons dans les roues. Chez ces gens-là, le racisme est viscéral, peut-être plus encore vis-à-vis des Algériens, à cause du passé colonial, sûrement. Je suis victime de cette haine.»  

El Watan

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