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Egypte : La démocratie forcée ou armée

Par Ridha Ben Kacem

L'Egypte exulte. L'Egypte s'exalte et se glorifie. L'Egypte s'évertue même, à vouloir exporter son modèle, son nouveau savoir faire, en somme, en Tunisie, à travers le mouvement Tamarroud. Echange de bons procédés, sans doute. Tammarroud prend donc, ses quartiers, à Tunis. Oui, mais quelque part, le c½ur n'y est pas ou n'y est plus. Plus le temps passe et plus l'on se rend compte, que quelque part, il y a bien eu tricherie, pour appeler les choses par leur nom. Pourtant, depuis un mois, le décor était planté, pour une démonstration impeccable et exemplaire, de ce que peut faire et réaliser la volonté d'un peuple, ou du moins celle de sa majorité, quand elle est tout le temps, bafouée.

MORSI, n'a fait durant un an, que pousser à chaque fois, le bouchon, un peu plus loin. A travers ses discours et ses actions, Morsi, donnait l'impression de ne pas connaitre l'âme égyptienne. Il croyait avoir affaire à un morceau de glaise, qu'il pouvait façonner à sa guise, de la manière qui lui convenait. Or, la conscience politique égyptienne, au sens original et originel, du terme, fut la première à s'éveiller et à se développer, dans le monde, il y a de cela, quelque cinq millénaires. Croire qu'elle s'est constituée il y a seulement quatorze siècles, c'est oublier, que tout comme la conscience individuelle, une conscience collective est faites de strates, qui ne s'excluent pas les unes les autres. Peut-on oublier son enfance au profit de son adolescence ou de sa maturité ?

Le mouvement Tamarroud était bien parti pour remporter la partie, dans le respect des règles de la démocratie. Il avait le temps pour lui. Il pouvait facilement, jouer le pourrissement de la situation, jusqu'à ce que le pouvoir en place se rende compte qu'il doit composer et non plus ignorer ou exclure. Ne l'oublions pas, COMPOSER, était bien l'objectif du MOUVEMENT tamarroud, qui signifie rébellion, non armée. C'était donc, un mouvement de résistance pacifique, même pas de désobéissance civile, qui aurait remporté, tôt ou tard, la victoire, sur le pouvoir en place. La victoire qui lui aurait permis d'infléchir le cours de l'histoire, dans le sens voulu et recherché. Sans violence et sans autre arme que la volonté inflexible, d'une grande majorité.

Sans y être expressément, invitée, l'armée s'invite pourtant, au débat. Elle le fait dans un objectif noble, au départ : protéger la population d'éventuelles exactions ou violences. L'armée aurait pu s'en tenir à ce rôle positif, ce qui aurait permis de raccourcir les délais. Mais, soudain, elle s'invite carrément au débat et prend même, la place du principal protagoniste, le mouvement Tamarroud, pour parler, non pas au nom de ce dernier, mais en son nom propre. La veille de la grande manifestation du 30 juin dernier, elle surprend tout le monde, en donnant au pouvoir, un délai d'une semaine, pour qu'un compromis soit trouvé. Mais au vu de l'ampleur de la contestation populaire, l'armée comprend qu'elle risquait d'être débordée ces 18 millions d'égyptiens dans la rue, scandant à l'unisson : « Ira7al, ir7al, ir7al... » ( dégage ,dégage ) ne pouvait plus être ignorés par le pouvoir quelque soient ses objectifs et ses motivations.

Elle change alors, son fusil d'épaule et le délai est ramené, dès le lundi, à 48 heures. Un ultimatum pur et dur, en somme qu'aucun pouvoir politique ne peut accepter et l'armée le savait. Le but de la man½uvre n'est pas d'obtenir satisfaction, mais de bloquer la situation. L'armée est habituée à aller plus vite que tout le monde. Le temps que l'on comprenne les vrais enjeux de cette surenchère militaire et c'est déjà trop tard. Sur fond de colère populaire, l'armée égyptienne venait de tuer dans l'½uf, la rébellion pacifique égyptienne et cela tourna carrément, au coup d'Etat militaire à peine déguisé. Le général al-Sissi devient l'homme fort d'Egypte. Celui qui tirera dans l'ombre. pour longtemps, dans le futur, les ficelles des pantins qui occuperont les avant-postes du pouvoir exécutif, A travers lui, l'armée égyptienne retrouve le pouvoir qu'elle a toujours exercé, depuis plus de soixante ans.

Je suis quasiment certain, que Tamarroud aurait fait céder le pouvoir, avant la fin du délai d'une semaine, accordé par l'armée. Al-Sissi a été le premier à le comprendre, ce qui l'a amené à raccourcir son délai, qui est devenu un ultimatum de 48 heures. A partir de ce moment là, la partie se jouait uniquement, entre MORSI et Al-Sissi, Tamarroud ayant été définitivement, exclu du jeu. Le mouvement n'avait plus de pion à avancer et de fait, il n'avait avancé aucun pion, même s'il se plait à jouer en ce moment, l'artisan de la victoire, mais je sais, pour avoir écouté son représentant parler, au cours de cette étrange séance décalée de prise du pouvoir, que le c½ur n'y était plus. L'armée s'était substituée au mouvement Tamarroud et avait réussi son coup. L'armée avait agi en solitaire, sans aucune concertation avec l'opposition. L'armée n'avait impliqué personne avant coup. La feuille de route de l'armée, publiée à quelques heures de l'expiration de l'ultimatum, est un texte fourretout, que l'on peut interpréter et habiller après coup, de la manière que l'on veut. Non, décidemment, je ne veux pas de ce scénario catastrophe, pour mon pays. À aucun prix.

Tamarroud représentait la légitimité originelle de la rue. La légitimité qui est à la base de la légitimité des urnes. L'aboutissement que l'on a vécu en Egypte, est tout simplement, un coup d'Etat militaire et cette vérité là, nul ne peut l'occulter véritablement et durablement. Quelque part il y a eu maldonne et c'est facile, après coup, de dire à quel moment, ça a dérapé. Tamarroud aurait dû réagir ferment, après la publication du premier ultimatum de l'armée, pour dénier à cette dernière, le droit de parler en son nom et même, le droit de parler au nom du peuple égyptien, tout en acceptant cependant, la protection de ses militants.

Tamarroud aurait dû se désolidariser publiquement de l'armée, au moment de la publication du second ultimatum. Tamarroud aurait dû faire savoir publiquement, que le fond et la forme de cet ultimatum, sont inacceptables, pour le mouvement. Mais, Tamarroud n'a rien fait de tout cela. Mahmoud Badr, fondateur du mouvement Tamarroud a déclaré mardi 2 juillet : « Nous ne sommes pas d’accord avec l’armée, sur le maintien de Morsi, et Al-Sissi ne répètera pas le scénario de Tantawi ». De par cette prise de positon tardive, Tamarroud est devenu complice involontaire, d'un coup d'état militaire. La déclaration démontre que Tamarroud ne connaissaient pas les véritables intentions du général Al-Sissi, ce qui a permis le répétition du scénario Tantawi, que le mouvement redoutait. Mais, même après coup, Tamarroud n'a pas dénoncé les manigances de l'armée. Tamarroud perd ainsi, toute crédibilité, en plus d'avoir perdu la bataille pour le pouvoir et la démocratie. Au vu de ce qui précède, je peux l'affirmer tranquillement, l'Egypte a vécu un véritable coup d'état militaire, mercredi 2 juillet 2013, le second, depuis la révolution du 25 janvier 2011.

Conséquence directe de ce coup d'état militaire : De bourreaux, les frères musulmans passent au statut de persécutés. La répression s’abat ainsi, sur les Frères musulmans, en Egypte. Oui, une répression tous azimuts, s’est abattue jeudi, sur les Frères musulmans, au lendemain de l’éviction du pouvoir, de Mohamed Morsi, par l’armée égyptienne, dont l’intervention a été accueillie avec un mélange de joie et d’amertume à travers le pays et un étrange silence sinon la réprobation, à l'étranger. Ce sont les Etats-Unis qui ont été les plus cohérents, dans leur réaction officielle, en appelant les choses par leur nom. Pour eux, il s'agit bel et bien d'un coup d'état militaire. Pour moi, aussi. Tant pis, si vous n'êtes pas d'accord.

Par Ridha Ben Kacem le vendredi 5 juillet 2013

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