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Exercise Kwanza review in Kinshasa, by US Army Africa via Flickr CC
Exercise Kwanza review in Kinshasa, by US Army Africa via Flickr CC

En RDC, l’espoir fait vivre

Les habitants de la République démocratique du Congo ont encore de l’espoir pour leur pays déchiré par la guerre, alors que personne d’autre n’y croit. Un optimisme qui commence à porter ses fruits.

Après plus d’un siècle d’abus en tous genres, la République démocratique du Congo est sûrement le pays le plus dysfonctionnel de la planète. Il a entamé le XXe siècle sous le joug du roi belge Léopold II, qui supervisa la mort de millions de personnes victimes d’exploitation et de maladies dans ce qui était alors son fief personnel, l’État indépendant du Congo, tyrannie rendue célèbre par le roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres.

Deuxième pire pays du monde pour les femmes

L’indépendance, en 1960, fut suivie d’une guerre civile brutale et, peu après, du règne soutenu par la CIA de Mobutu Sese Seko, l’un des dirigeants les plus kleptocrates de l’histoire de l’humanité.

La présidence de Mobutu s’est achevée en 1997, au milieu d’un nouveau conflit civil qui, au cours de la décennie qui suivit, fit entre 1,8 million et 5,4 millions de morts (le chiffre est sujet à controverse (PDF). La désintégration sociale qui a accompagné cette guerre confine au médiéval. Dans la province du Sud-Kivu l’année dernière, quelque 40 femmes ont été violées chaque jour, parmi lesquelles une sur dix a été contaminée par le virus du sida. Mi-juin, le pays a été classé à la deuxième place des pires endroits du monde pour les femmes (juste après l’Afghanistan) par TrustLaw, une ONG qui étudie les gouvernements et le respect des droits des femmes.

Décroissance et pauvreté

Vu cet historique, il n’est sans doute pas surprenant qu’à en croire des données fournies par feu l’économiste Angus Maddison, le pays soit l’un des trois seuls au monde à avoir vu son économie décroître au cours des 40 dernières années (les deux autres étant la Corée du Nord et l’Irak). La production nationale était de 16,7 milliards de dollars (11,8 milliards d'euros) en 1970 et de 16,6 milliards en 2008.

Dans l’intervalle, la population augmentait, passant de 22 à 67 millions d’âmes, réduisant son revenu par habitant à un tiers de ce qu’il était en 1970. Rien qu’entre 1990 et 2007, selon les données de la Banque mondiale, la proportion de la population vivant avec moins d’un dollar par jour —c’est-à-dire, dans une pauvreté absolue— est passée de 60% à 71%. Aujourd’hui, le revenu moyen tourne autour de 68 cents par jour, ce qui signifie que la plupart des gens vivent une semaine avec l’équivalent du prix d’un Happy Meal de chez McDonald's. En fait, les estimations de Maddison laissent penser que depuis 1820, aucun endroit du monde n’a jamais été aussi pauvre que le Congo ces dernières années.

Education et santé en progrès

Impossible dans ces conditions de croire que le cœur des ténèbres soit un peu moins cauchemardesque qu’il ne le fut autrefois. Et pourtant, au cours de cette même période allant de 1990 à 2007 qui a vu une amplification de la pauvreté, la Banque mondiale affirme que le taux de mortalité infantile a chuté, passant de 15 à 9%. Certes, ce chiffre reste atrocement élevé, mais cela signifie qu’un enfant dans le Congo d’aujourd’hui a de meilleures chances de survie qu’un enfant de Corée du Sud ou du Mexique n’en avait en 1960. Maniema, la province qui a obtenu les pires résultats de l’enquête, a un taux de mortalité infantile de 13%, un chiffre inférieur à la moyenne nationale de 1990, et à ceux du Pérou et du Maroc en 1960. La proportion d’enfants au poids insuffisant a décliné. La mortalité maternelle a elle aussi chuté. Même la prévalence du VIH a baissé, passant de 4,2 à 3,4% de la population.

Ces améliorations sont liées en grande partie à la mise en œuvre de services de santé de base. Des études récentes (PDF) montrent que presque les deux tiers des enfants du pays sont vaccinés contre la diphtérie, la coqueluche et le tétanos, et que plus de la moitié des ménages protègent leur lit avec une moustiquaire imprégnée d’insecticide. Plus de quatre enfants sur dix montrant des symptômes de pneumonie sont soignés par antibiotiques, et ceux qui sont atteints de paludisme reçoivent des traitements antipaludéens à peu près dans les mêmes proportions. Il y a quarante ans, quand le revenu moyen du Congo était trois fois ce qu’il est aujourd’hui, ces taux de traitement étaient proches de zéro.

La proportion de soins prénataux est passée de 56 à 85% de la population entre 1990 et 2007, et l’accès aux antirétroviraux est également en train d’augmenter. Cette progression des technologies et des soins vitaux contribue à expliquer pourquoi la mortalité infantile est inférieure à celle des États-Unis en 1900, alors même que l’Américain moyen de l’époque était 16 fois plus riche (corrigé de l’inflation) que le Congolais moyen du XXIe siècle.

Et il ne s’agit pas seulement de la santé. Le niveau d’éducation progresse aussi à pas de géants. Treize millions de Congolais ont été inscrits à l’école en 2007, et le pourcentage d’écoliers du primaire est passé de 64 à 84% rien qu’entre 2006 et 2008. Le pourcentage d’enfants scolarisés au Congo aujourd’hui est considérablement plus élevé qu’il y a vingt ans —ou, d’ailleurs, qu’au Koweït ou au Honduras en 1980.

Vu l’état de l’économie, ces prouesses ont été obtenues à partir d’une misère. En 2009, selon la Banque mondiale, le budget du gouvernement du Congo représentait environ 20% du PIB, soit dans les 50 dollars (35,3 euros) par an et par citoyen. La santé et l’éducation à elles deux représentaient environ 9 dollars par personne et par an —moins de 0,3% de ce que le gouvernement américain dépense par citoyen rien que pour les soins de santé.

Cette maigre dépense, à laquelle s’ajoutent l’aide humanitaire et les ressources privées limitées dont disposent individuellement les citoyens, a suffi pour fournir un niveau de santé et d’éducation d’une qualité considérablement plus élevée que ce que l’on aurait attendu de pays bien plus riches il y a seulement quelques années.

Une réussite (aussi) humaine

Une partie de cette success story s’explique par l’avènement des nouvelles technologies. Le Congo est par exemple sur le point de bénéficier d'’un nouveau vaccin contre la pneumonie, développé avec le soutien du Global Alliance for Vaccines and Immunization. Mais c’est aussi l’histoire d’une réussite humaine, où des travailleurs du secteur de la santé viennent vacciner des enfants et fournir des soins, où les professeurs viennent faire la classe, même dans les pires conditions sociales qui soient sur la planète.

Des gens comme Denis Mukwege, gynécologue qui a fondé un hôpital dans la ville de Bukavu pour soigner les victimes de l’épidémie de violences sexuelles qui frappe le Congo (ironie de l’histoire, Mukwege vient de recevoir le Prix international Roi Baudoin pour le Développement, du nom d’un descendant direct de Léopold II). Et dans tout le pays, des parents donnent à l’éducation de leurs fils et leurs filles la priorité sur l’aide que ces derniers pourraient leur apporter dans les champs ou à la maison, et les emmènent se faire vacciner.

En bref, les signes d’espoir que l’on perçoit au Congo sont la conséquence de la foi des citoyens congolais eux-mêmes dans un avenir meilleur, et de la conviction que cet avenir est réalisable. Cette attitude contraste de façon frappante avec le cynisme qui a caractérisé les seigneurs coloniaux, les kleptocrates autochtones et les odieux seigneurs de guerre qui ont sévi dans le pays pendant plus d’un siècle. Et heureusement, les Congolais semblent bien avoir raison.

Tout cela indique que le développement est possible, même en l’absence d’institutions de gouvernance en état de fonctionner —et même pendant une guerre civile. Et cela, c’est la réfutation de l’idée qu’il faut attendre pour améliorer des vies, ou nous concentrer sur le développement durable, jusqu’à ce que les administrations fonctionnent comme des machines bien huilées et que l’état de droit soit universellement appliqué. Une mauvaise gouvernance n’est pas une raison valable pour refuser notre soutien à certains de ceux qui en ont le plus besoin.

Charles Kenny

Traduit par Bérengère Viennot

Foreign Policy

Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur le site Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie.

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