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Issad Rebrab, ou les projets XXL d’un entrepreneur algérien Par Hassan Haddouche

C'est le ministre de l'agriculture du Djibouti qui l'a annoncé au début de la semaine à Alger. Le groupe Cevital va investir de façon massive dans un grand nombre de projets situés dans la corne de l'Afrique. Des projets qui vont de l'industrie agroalimentaire à la mise en valeur des terres agricoles en passant par la pêche. Faut il s'en réjouir ou le déplorer ?

Dans une interview récente au site Maghreb Emergent, M. Issad Rebrab nous assurait qu'il "accorderait toujours la priorité à l'Algérie". Il regrettait pourtant que beaucoup de ses projets,capable selon lui de créer des dizaines de milliers d'emplois soient bloqués pour certains depuis plus de 10 ans. Le premier groupe industriel privé algérien doit- il aller à Djibouti pour réaliser ses ambitions de développement ? C'est une question qui risque en tous cas d'interpeller les autorités algériennes et d'occuper de façon croissante le débat public.

Issad Rebrab est un homme pressé. Le message principal qu'il adresse depuis des années aux décideurs algériens, est que le « temps est une denrée rare ». « Le temps joue contre nous », répète-t-il inlassablement, parce que d'ici 2025, « nous serons 50 millions d'habitants et nous aurons probablement épuisé nos réserves de pétrole. Il ne nous restera plus alors beaucoup de temps pour diversifier notre économie. Il y aura 10 millions de nouveaux demandeurs d'emplois d'ici 2020, ce qui nous oblige à créer 1,2 million de postes de travail par an ».

Un entrepreneur infatigable

Pour créer ces emplois, le patron de Cevital a des idées. Il y a d'abord les activités qui fonctionnent déjà très bien et qui ont permis au chiffre d'affaire de son groupe d'augmenter au rythme vertigineux de 34% par an depuis 1997. Le premier groupe privé algérien pèse aujourd'hui 3,5 milliards de dollars et exporte 70% de son verre plat ainsi que 600.000 tonnes et 400 millions de dollars de sucre par an. Il est également extrêmement rentable et son PDG annonce des bénéfices de plus de 200 millions de dollars en 2012 ainsi que « zéro dinar d'endettement ».

Les projets, on le sait, sont dans la gigantesque usine de production de fenêtres qui va démarrer à Bord Bou Arreridj dès l'année prochaine, dans le sillage de l'acquisition toute fraîche du leader européen Oxxo qui apportera la technologie. Ils sont aussi dans la sidérurgie, la pétrochimie, la banque et l'énergie solaire avec le projet Desertec auquel Rebrab n'a pas renoncé.

L'un de ceux qui tiennent le plus à c½ur à l'entrepreneur algérien, qui en parle avec chaleur et un évident sentiment de frustration, c'est l'usine de trituration de graines oléagineuses pour laquelle il a, comme toujours, vu très grand. Elle serait capable de « transformer l'Algérie en exportateur de produits bruts, de développer l'agriculture et de créer 100.000 emplois ».

« Des blocages en très haut lieu »

Dans la période récente, le patron de Cevital s'est montré de plus en plus offensif et il a abandonné progressivement les précautions de langage qui étaient encore les siennes voici quelques années. Il considère que les blocages rencontrés pour la réalisation de nombre de ses projets n'« obéissent à aucune logique ». D'ailleurs, il en est persuadé, ils ne sont pas le fait de l'ensemble des cercles dirigeants du pays mais seulement de « certains en très haut lieu ». Le Président Bouteflika ? « Il faut lui poser la question à lui et à son entourage. Il est responsable. Qui prend les décisions ? Il n'y a personne d'autre », nous assurait-il voici quelques semaines. Le point de vue d'Issad Rebrab sur le Premier ministre Abdelmalek Sellal est beaucoup plus positif : « C'est un homme pragmatique, qui est pour le développement du pays et de l'entreprise privée. »

L'Afrique, un nouvel eldorado ?

Il l'annonçait depuis déjà quelques années et il vient de passer à l'action. Si on ne le laisse pas investir en Algérie, Issad Rebrab ira investir ailleurs : « Nous sommes des entrepreneurs. Si on nous bloque ici, nous irons chercher notre croissance à l'international. » Dans ce domaine aussi, il a des idées et voit grand. D'ailleurs l'Afrique n'est pas la seule à l'intéresser. Il est persuadé que « la crise en Europe est une opportunité unique telle qu'il ne s'en présente qu'une seule en un siècle. On peut aujourd'hui aller faire son marché en Europe et acquérir des usines entières pour une bouchée de pain à l'image de ce que nous avons fait avec Oxxo ». En attendant, dans la corne de l'Afrique, c'est le ministre de l'agriculture de Djibouti qui le dit, les terres sont disponibles, Cevital pourra racheter des entreprises publiques, les financements internationaux ne manquent pas et la liberté de circulation des capitaux est complète.... Un véritable eldorado pour un entrepreneur algérien.

Hassan HADDOUCHE