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«Nous ne sommes pas prêts pour une compétition libre»

Mohamed Bengasmia Chadly est l'animateur du Comité d'initiative et de vigilance citoyennes (Civic) qui a été fondé à Oran avec plusieurs personnalités de la ville et dont le rôle a été de favoriser des débats sereins sur les questions de l'heure autant locales que nationales. Les membres du collectif sont issus de tendances politiques diverses, mais tous partagent les idées républicaines modernistes et démocratiques. Plusieurs personnalités nationales ont été invitées, à l'instar de Sid Ahmed Ghozali, Abdelhak Bererhi, Ahmed Benbitour, etc. Tout récemment, ce collectif a lancé un appel pour un sursaut patriotique et républicain. - Vous êtes animateur du Comité d'initiative et de vigilance citoyennes (Civic) depuis un certain nombre d'années. Vous avez invité plusieurs personnalités pour un débat. Aujourd'hui, vous militez pour ce que vous appelez «un sursaut patriotique et républicain». Tout d'abord, quelle est votre appréciation de la situation politique en Algérie ?   Tout d'abord, depuis les événements de Tingentourine (In Amenas), nous constatons que l'Algérie est en train de se faire encercler de toutes parts par des puissances étrangères qui, à mon avis, n'attendent que le moment où des troubles seront fomentés pour intervenir, comme ce fut le cas en Libye et d'autres pays. Nous constatons que l'Algérie est gérée par correspondance par un Président invalide et impotent, miné par la maladie, mais qui continue à s'accrocher. Malgré cela, et devant tant de dangers qui nous guettent, personne n'ose faire appliquer l'article 88 de la Constitution dans le but de permettre le fonctionnement normal des institutions, qui resteront à bâtir solidement dans le cadre de l'inversion des rapports de force pour une autre Algérie et de permettre au Président de se faire soigner et de se rétablir en toute tranquillité. Des émeutes contagieuses ont eu lieu dans différentes régions du pays. La contestation sociale, qui a débuté au sud du pays, montre à quel point ces wilayas sont marginalisées. Les jeunes citoyens, dans leur désarroi et leur souffrance, ont eu recours à la violence pour se faire entendre, les autres étaient trop occupés pour être à leur écoute. Ceux qui ne se sont pas encore exprimés violemment n'attendent que l'occasion pour le faire. Quant à la plupart des citoyens silencieux, ils sont tenus à l'écart par ceux qui sont censés les représenter politiquement et administrativement. Voilà sommairement où nous en sommes.   - Vous vous méfiez de l'option Zeroual qui jouit pourtant d'une bonne réputation. Pourquoi ?   En cette fin de règne, le pouvoir actuel est à la recherche d'une sortie de crise honorable et de quelqu'un qui représentera le plus sûr moyen d'assurer, en quelque sorte, sa «protection» une fois à l'extérieur du centre de décision. C'est pour cela que des responsables tant décriés nous sont présentés par une certaine presse comme des gens sympathiques, intègres, compétents, etc., alors qu'ils ont été, pour certains, la source de tous nos maux. C'est pour cela aussi qu'ils ont jeté leur dévolu sur Liamine Zeroual qui jouit effectivement d'une bonne réputation. Il faut reconnaître incontestablement qu'il était arrivé à la tête de l'Etat alors que le pays était en chute libre. Il ne l'a peut-être pas relevé, mais il a eu le mérite de stopper sa descente aux enfers. C'est vrai que c'est quelqu'un qui a relancé la machine électorale et, à partir de 1997-1998, permis le relèvement du PIB avec une marge positive, et le retour de la croissance qui était négative. Il a aussi fait un certain nombre de réformes. De son bilan, on doit aussi retenir sa dignité face aux pressions des puissances occidentales, mais devant la complexité des problèmes de l'époque, il n'a pas pu aller jusqu'au bout de son mandat. Aujourd'hui, la situation est encore plus complexe et il lui sera aussi difficile d'aller jusqu'au bout de sa mission et c'est pour cela, à mon avis, que lui-même refuse de reprendre du service.   - Dans le communiqué que vous avez diffusé et soumis à débat, vous évoquez le rôle de l'armée. Sachant que des dirigeants se sont prononcés dans le passé en faveur de son retrait de la vie politique, qu'attendez-vous d'elle aujourd'hui ?   Le retour de l'armée est visible dans les médias, via des communiqués, des discours, etc. Elle qui disait qu'elle voulait se retirer du champ politique revient en force. D'une façon ou d'une autre, elle s'exprime, elle se montre, etc. L'enjeu pour elle est de répondre à la question sécuritaire, surtout que le monde anglo-saxon exerce une pression extraordinaire sur elle, sous le prétexte de l'instabilité qui règne aux abords des frontières est et sud. Au Sahel, en Libye, d'énormes quantités d'armes sont en circulation. A mon avis, la question sécuritaire est un paramètre important pour la prise de décision concernant le profil du futur chef de l'Etat. Cela vient en plus des problèmes économiques et sociaux. 98% de nos revenus proviennent des hydrocarbures et sont réinvestis en majorité dans l'importation de biens de consommation, fragilisant l'économie, d'où l'ébullition du front social. La corruption qui s'est institutionnalisée met l'Etat local et l'Etat central dans une extraordinaire fragilité. Dans un pays où il n'y a ni administration digne de ce nom ni économie, l'armée reste la seule institution organisée. La situation actuelle ne lui permet pas de se retirer, ce sont les conditions qui exigent son implication. On ne peut pas désengager l'armée d'un processus de transition, ce sera un véritable danger, surtout dans une conjoncture aussi complexe. L'armée doit être partie prenante et garante du changement. En résumé, nous sommes dans une situation critique qui exige qu'un front patriotique sérieux incluant l'armée, l'administration, l'Etat et la société civile se coalise pour assurer une bonne transition. Pour l'instant, nous ne sommes pas prêts pour une compétition libre, mais il faut mettre les éléments en place pour aboutir à cela.   - Quelle appréciation faites-vous de la mouvance islamique, qui ne cache pas ses ambitions à la lumière des élections qui ont eu lieu, notamment en Egypte et en Tunisie ?   Tant que le paysage politique demeure encore avec ses mêmes composantes et sous les mêmes sigles, les contradictions, sources des incompréhensions et de l'insécurité, connaîtront leur prolongement, d'autant que ni les élections ni le dialogue n'ont abouti à leur extinction. La mouvance islamique ne restera pas les bras croisés. Elle a déjà commencé à se redéployer et se rassembler autour d'alliances entre les partis islamistes. Les anciens du FIS (dissous) s'organisent eux aussi et demandent la création d'un parti politique pour rentrer dans la compétition, alors qu'il leur reste encore une capacité de nuisance assez importante.   - Vous parlez de compétences cachées pour animer le débat. D'abord pourquoi sont-elles cachées, ensuite peuvent-elles aujourd'hui avoir du crédit en s'impliquant tardivement dans le jeu politique ?   Je veux dire par là qu'elles se sont mises en veilleuse, car elles considéraient que le moment n'était pas venu pour s'exprimer et que si elles intervenaient, cela serait inefficace. Elles restent en attente, car elles savent que quelles que soient leurs interventions, elles ne seront pas prises au sérieux ou, à la limite, elles seraient manipulées et déformées dans leur sens.   - Vous avez émis l'idée d'un conseil supérieur de la transition. Comment définissez-vous ses missions ?   La démocratisation du pays passera nécessairement par un véritable travail de refondation qui devra se matérialiser par l'institution de ce qu'on pourra appeler un conseil supérieur de la transition, qui sera composé d'une vingtaine de personnalités (hommes et femmes) patriotes, au-dessus de tout soupçon et qui aura pour mission de recréer l'Etat, c'est-à-dire de fabriquer les institutions. Il aura pour mission d'établir une feuille de route qui définira les modalités et les conditions de l'élection d'un président à partir d'un collège choisi, car la transition suppose une sélection. Tous ceux qui sont dangereux ou qui ne croient pas à la démocratie ne devront pas passer parce que nous voulons un garant de la Constitution. Pour arriver à une démocratie réelle, ce président choisira son équipe et commencera à mettre sur pied les institutions de pilotage ou de «guidance» de la transition qui ne doivent pas sortir des urnes, mais d'un consensus auquel prendront part les élites. Ceci veut dire être d'accord sur un groupe de personnalités qui auront la charge de nous gouverner pendant deux ans durant lesquelles seront mises en place les bases de l'émergence d'une véritable économie de marché, d'institutions plus solides et d'une classe politique responsable.   - Vous parlez de mécanismes du changement politique, mais comment les définissez-vous concrètement ?   L'exercice du pouvoir suppose des actions à mener. Les actions feront l'objet de débats et cela ne peut être que positif parce que le débat a deux fonctions principales dans une transition. C'est une expertise qui doit être faite et la meilleure expertise, c'est celle qui tient compte de l'opinion et de la majorité. La première fonction du débat, c'est de permettre la généralisation de l'information d'où on pourra puiser les idées de projets afin de constituer une banque de données. La deuxième est un chantier de révélations de personnalités et/ou de compétences cachées et enfouies qui seront révélées. C'est là qu'on pourra remettre en cause l'idée que l'Algérie n'a pas de compétences. Créons les mécanismes et tout le monde sera surpris. Bien sûr, cela suppose la liberté d'expression, la liberté de la presse, l'ouverture des médias audiovisuels, l'égalité devant la loi, la liberté de réunion et d'association, la liberté de culte, le refus de la corruption des fonctionnaires et des élus, le droit à la propriété, etc. Ces débats permettront aussi de définir les mécanismes de méthodologie et de gestion pour l'avènement de la démocratie avec une bonne doctrine qu'on peut résumer en quelques points : le premier sera dédié à la vie des Algériens, qui devra être sacralisée, le second concerne l'égalité de tous les citoyennes et citoyens, le troisième, la définition d'un gouvernement civil, etc. La démarche sera programmatique avec la détermination des organes de pilotage des institutions de transition, le profil des hommes et des femmes qui seront à la charge de mener cette transition, le programme du gouvernement vis-à-vis des échéances qui seront fixées, etc.       

El Watan

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