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Collecting clean drinking water, by DFID - UK Department for International Development via Flickr CC
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Famine: Afrique, réveille-toi

L’Afrique appelle le monde à se mobiliser pour venir en aide aux 12 millions de personnes menacées de famine dans l’Est du continent. Mais que font les Africains? Sont-ils vraiment solidaires?

Mise à jour du 3 février 2012: Les Nations unies ont annoncé que l’état de famine était terminé en Somalie, six mois après avoir été déclaré. L’ONU rappelle cependant qu’un tiers de la population somalienne a toujours besoin d’une aide d’urgence et qu’une crise alimentaire majeure menace aussi des millions de personnes dans les pays du Sahel et dans le centre de l'Afrique.

***

 

La légendaire «solidarité africaine» est mise à rude épreuve. «Famine dans la Corne de l’Afrique: quelle solidarité entre Africains?», s’interroge ainsi le Burkinabè Denis Dambré.

S’adressant aux dirigeants africains, et notamment au président burkinabè Blaise Compaoré, il lance:

«Vous avez la lourde responsabilité d’organiser la solidarité entre les habitants du continent africain. Quel geste de solidarité —aussi symbolique soit-il— entendez-vous faire face à la tragédie de nos frères somaliens, éthiopiens et kényans?»

La grave sécheresse frappant la Corne de l’Afrique et la famine affectant le sud de la Somalie, déjà dévastée par deux décennies de guerre civile, ne suscitent guère l’émoi de la communauté internationale, que cela soit dans les pays occidentaux, en Chine ou dans les pays musulmans.

On est loin de la générosité manifestée lors du tsunami en Asie du sud-est en 2004 ou des tremblements de terre en Haïti (2010) et au Japon (2011). Et très, très loin de la famine de 1984 en Ethiopie, qui avait engendré un élan de solidarité sans précédent dans le monde entier.

Mais si le reste du monde peine à s’émouvoir, l’Afrique, pourtant concernée au premier chef, n’est pas en première ligne dans la mobilisation.

Mobilisation artistique en demi-teinte

En 1984, l’artiste camerounais Manu Dibango avait rassemblé une trentaine d’artistes africains pour enregistrer le 45 tours Tam Tam pour l’Ethiopie. Youssou N’dour, Mory Kanté, Salif Keïta et Touré Kunda avaient alors répondu présents. Et en 1985, ce pionnier de l’afro-jazz s’était même rendu en Ethiopie pour remettre les sommes recueillies.

Mais un quart de siècle plus tard, le vieux Lion camerounais est fatigué, désabusé:

«Je ne crois pas qu’on pourrait refaire ça aujourd’hui. Les artistes ne vendent plus de disques, ils ont d’autres problèmes à résoudre», expliquait-il au journal français Aujourd’hui Le Parisien le 7 août.

Avant d’ajouter cette phrase très surprenante: «C’est quand tu n’as pas faim que tu peux aider les autres.»

Est-il prêt à participer à un disque, un concert de solidarité?

«Non, je n’irai pas. C’est aux politiques d’agir, à ceux qui vendent des armes là-bas. Faire de l’humanitaire là-bas, c’est mettre la charrue avant les bœufs», conclut l’artiste, qu’on avait connu plus inspiré…

Dommage pour les enfants somaliens. Dommage pour l’Afrique.

Mais l’attitude de Manu Dibango est malheureusement largement partagée. Rares sont les artistes africains d’envergure à se mobiliser. Les généreuses envolées panafricanistes semblent réservées aux chansons et ont du mal à se traduire dans les faits. Les artistes, notamment les chanteurs sont pourtant d’importants leaders d’opinion sur le continent.

Dans cette indifférence générale, le Sénégalais Youssou N’dour fait encore une fois figure d’exception:

«Je ne peux pas ne pas réagir», explique-t-il dans un communiqué publié le 19 août. «Notre humanité nous interdit l’indifférence, ne regardons pas la Somalie mourir à petit feu.»

Et de lancer un vibrant appel:

«C’est avec humilité que j’invite les artistes, les chefs d’entreprise, les leaders d’opinion, les sportifs, les autres membres de la société civile, des citoyens africains en définitive, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine et des autres continents à s’approprier et à porter l’élan de solidarité pour la Somalie».

Né dans le quartier populaire de la Médina à Dakar, «You» est un des artistes africains les plus connus dans le monde. Son engagement est d’autant plus important qu’il est ambassadeur de bonne volonté pour l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et pour l’Unicef.

Il participe également à une initiative d’artistes africains contre la famine, «Africans act 4 Africa» (les Africains agissent pour l’Afrique), lancée en août par la chanteuse kényane Sara Mitaru, qui organise la mobilisation, notamment sur sa page Facebook.

Cette «Band Aid» africaine réunit des chanteurs d’Afrique de l’Est, mais aussi la célèbre chanteuse nigériane Asa. Il en faudrait encore beaucoup d’autres, notamment des pays francophones…

«Ce qui manque, c’est la voix de l’Afrique, la voix audacieuse de l’Afrique, le visage audacieux du leadership africain par rapport à ce problème», estime Ann Mitaru, la porte-parole de l’ONG Oxfam.

L'Union africaine appelle aux dons nationaux

Et l’heure de vérité approche pour le continent. Une grande conférence organisée par l’Union africaine (UA) doit réunir le 25 août à Addis Abeba, en Ethiopie, les pays donateurs. Elle avait été initialement prévue le 9 août avant d’être reportée. Selon l’UA, la réunion vise aussi à «stimuler les dons sur le continent africain», pour ne pas compter seulement sur l’aide internationale.

Le 17 août, soit une semaine avant la conférence, le président de la Commission de l’UA Jean Ping avait de nouveau lancé un appel à plus de générosité:

«Il faut montrer au reste du monde que nous savons être mobilisés», a-t-il insisté, précisant que l’ex-président du Ghana Jerry Rawlings faisait actuellement la tournée des capitales.

«Même un Etat membre que l’on pourrait qualifier de pauvre devrait apporter sa contribution, en argent ou en nature, même symbolique», a-t-il même supplié devant la faiblesse de la mobilisation.

Alors rêvons un instant, comme le chroniqueur Jean-Baptiste Placca, à une Afrique généreuse et solidaire avec des «vivres qui affluent vers les ports et les aéroports», des collectes dans les églises et les mosquées et «depuis son poste de commandement, à Addis Abeba», l’UA qui «centralise les offres d’aide».

Rêvons un instant et ouvrons les yeux le 25 août à Addis Abeba.

Adrien Hart

 

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Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

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