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Egypte: les Frères ne lâchent rien

Les agitations de dernières minutes n’y feront rien: des millions d'Égyptiens réclament, depuis une semaine, la chute des Frères musulmans. Hier soir, la tension était palpable dans les cafés du Caire, depuis lesquels on pouvait suivre le discours du président Morsi retransmis à la télévision. Mardi 2 juillet, des millions de manifestants anti-Morsi ont manifesté dans différentes villes du pays pour exiger son départ. Au Caire, ils étaient des milliers à converger sur la place Tahrir et les abords du palais présidentiel, à Heliopolis.

Manifestation anti-Morsi, le 3 juillet 2013, Caire. REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

Hier soir, à la veille de l’expiration de l’ultimatum que l’armée a adressé aux partis politiques, Morsi n’a convaincu que les siens.  Il a martelé que des élections libres et équitables lui avait confié une responsabilité qu'il n'était pas prêt de céder. Tout cela au nom de la légitimité des urnes. Il a affirmé être prêt à se sacrifier pour préserver sa légitimité. Autrement dit, il n'est pas question de quitter ses fonctions d'ici l'expiration de l'ultimatum fixé par l'armée ce mercredi après-midi. «Chez les Frères, c’est l’autisme qui prévaut, « remarque Sophie Pommier, spécialiste de l'Egypte et enseignante à Science-po Paris.Les discours de Mohamed Morsi rappellent ceux d'Hosni Moubarak pendant les mouvements de janvier 2011. Or les Frères musulmans ne peuvent plus ignorer ce qui se passe dans la rue. Le rapport de force leur est défavorable »


Malgré ce constat d'échec, les Frères musulmans sont-ils prêt à lâcher un pouvoir qu'ils ont arraché aux prix de décennies d'ostracisme politique?  Cela voudrait dire qu'ils retourneraient dans l'opposition et renonceraient à leur statut de « gardien de la révolution égyptienne ». Les deux derniers discours du président Mohamed Morsi en disent long sur la stratégie des Frères depuis plusieurs mois: se crisper, tout en criant au loup feloul (représentant de l'ancien régime). Le sentiment d'être dans une forteresse assiégée peut conduire la confrérie à s'accrocher au pouvoir, quitte à jouer la carte de la violence avant celle des négociations politiques.  Dans la journée du 2 juillet, un bilan officiel faisait état de seize morts et de près de 200 blessés. Au total, 47 personnes, dont un Américain, ont trouvé la mort dans des violences en marge des manifestations qui secouent le pays depuis une semaine.

L’armée: le spectre de la transition de 2011

Les militaires égyptiens, qui ont lancé un ultimatum de quarante-huit heures aux partis politiques du pays, seraient prêts, selon le quotidien al-Ahram, à suspendre la Constitution, dissoudre le Parlement et confier le pouvoir à un « conseil intérimaire » majoritairement civil en cas d’échec. L'institution militaire se pose  une nouvelle fois en garante de la stabilité et de la révolution. Un air de déjà vu : le 11 février 2011, c'est l'armée qui avait pris les commandes du pays à la suite de la démission d'Hosni Moubarak. Or, comme le rappelle Sophie Pommier, l'expérience militaire s'était soldée par un fiasco. « Certains ont la mémoire courte. Les militaires sont acclamés comme des sauveurs, or l'armée c'est aussi Maspero, les tests de virginité, une répression meurtrière. Si de nouveaux visages ont émergé, il n'est pas sûr que l'armée ait tirée des leçons de ses erreurs passées.»

Une solution politique avec les Frères musulmans

Si Mohamed Morsi démissionne sous la pression de la rue et des militaires, un gouvernement de technocrates chapeauté par l'armée pourra-t-il assurer la transition? Les Frères musulmans demeurent, malgré leur incompétence, la première force politique organisée du pays. Fort d'une machine électorale bien rôdée, le parti Liberté et justice, la vitrine politique des Frères musulmans, avait gagné les élections législatives puis présidentielle. «On ne peut plus marginaliser les Frères musulmans comme aux temps de Moubarak, analyse Sophie Pommier. La solution politique nécessite une participation des Frères musulmans.»

Alors que l'ultimatum expire dans quelques heures, plusieurs scénarios émergent en ce milieu de journée. Soit, les Frères musulmans plient et cèdent à la pression populaire, soit ils s'agrippent au pouvoir, au risque de plonger le pays dans le chaos.

Nadéra Bouazza