mis à jour le

Effigie du ministre de la Défense égyptien brandie par des anti-Morsi, 1er juillet 2013 / AFP
Effigie du ministre de la Défense égyptien brandie par des anti-Morsi, 1er juillet 2013 / AFP

Egypte: il faut se méfier d'un retour des militaires

L'armée est acclamée par les Egyptiens, pourtant il n'est pas sûr qu'elle ait tiré la leçon de ses erreurs passées.

Les agitations de dernière minute n'y feront rien: des millions d’Égyptiens réclament, depuis une semaine, la chute des Frères musulmans.

Mardi soir, la tension était palpable dans les cafés du Caire, depuis lesquels on pouvait suivre le discours de Mohamed Morsi, retransmis à la télévision. Plus tôt, des millions de personnes ont manifesté dans différentes villes du pays pour exiger le départ du président. Dans la capitale égyptienne, ils étaient des milliers à converger sur la place Tahrir et les abords du palais présidentiel, à Heliopolis.

Morsi aux abois

Dans son discours à la télévision, Morsi n’a convaincu que les siens. Il a martelé que des élections libres et équitables lui avaient confié une responsabilité qu’il n’était pas près de céder. Tout cela au nom de la légitimité des urnes. Il a affirmé être prêt à se sacrifier pour préserver sa légitimité. Autrement dit, il n’est pas question de quitter ses fonctions d’ici l’expiration de l’ultimatum fixé par l’armée ce mercredi après-midi.

«Chez les Frères, c’est l’autisme qui prévaut, remarque Sophie Pommier, spécialiste de l’Egypte et enseignante à Science-po Paris. Les discours de Mohamed Morsi rappellent ceux d’Hosni Moubarak pendant les mouvements de janvier 2011. Or les Frères musulmans ne peuvent plus ignorer ce qui se passe dans la rue. Le rapport de force leur est défavorable.»

Malgré ce constat d’échec, les Frères musulmans sont-ils prêt à lâcher un pouvoir qu’ils ont arraché au prix de décennies de lutte politique? Cela voudrait dire qu’ils retourneraient dans l’opposition et renonceraient à leur statut de «gardiens de la révolution égyptienne».

Les deux derniers discours du président Mohamed Morsi en disent long sur la stratégie des Frères depuis plusieurs mois: se crisper, tout en criant au loup Feloul (représentant de l’ancien régime). Le sentiment d’être dans une forteresse assiégée peut conduire la confrérie à s’accrocher au pouvoir, quitte à jouer la carte de la violence avant celle des négociations politiques.  

Le spectre de 2011

Les militaires égyptiens, qui ont lancé un ultimatum de quarante-huit heures aux partis politiques du pays, seraient prêts, selon le quotidien al-Ahram, à suspendre la Constitution, dissoudre le Parlement et confier le pouvoir à un «conseil intérimaire» majoritairement civil en cas d’échec.

L'armée se pose une nouvelle fois en garante de la stabilité et de la révolution. Un air de déjà vu: le 11 février 2011, c’est l’armée qui avait pris les commandes du pays à la suite de la démission d’Hosni Moubarak. Or, comme le rappelle Sophie Pommier, l’expérience militaire s’était soldée par un fiasco.

«Certains ont la mémoire courte. Les militaires sont acclamés comme des sauveurs, or l’armée c’est aussi Maspero, les tests de virginité, une répression meurtrière. Si de nouveaux visages ont émergé, il n’est pas sûr que l’armée ait tirée des leçons de ses erreurs passées.»

Une solution politique

Si Mohamed Morsi démissionne sous la pression de la rue et des militaires, un gouvernement de technocrates chapeauté par l’armée pourra-t-il assurer la transition? Les Frères musulmans demeurent, malgré leur incompétence, la première force politique organisée du pays.

Fort d’une machine électorale bien rôdée, le parti Liberté et Justice, la vitrine politique des Frères musulmans, avait gagné les élections législatives puis présidentielle.

«On ne peut plus marginaliser les Frères musulmans comme aux temps de Moubarak, analyse Sophie Pommier. La solution politique nécessite une participation des Frères musulmans.»

Alors que l’ultimatum est sur le point d'expirer, plusieurs scénarios émergent. Soit, les Frères musulmans plient et cèdent à la pression populaire, soit ils s’agrippent au pouvoir, au risque de plonger le pays dans le chaos.

Nadéra Bouazza

Retrouvez les autres billets du blog Nouvelles du Caire

Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

Ses derniers articles: Dessine-moi un immigré  Une (re)naissance dans la douleur  Pourquoi l'Egypte n'aurait pas dû briser les sit-in pro-Morsi 

Egypte

AFP

Le plus vieux texte écrit sur du papyrus exposé en Egypte

Le plus vieux texte écrit sur du papyrus exposé en Egypte

AFP

Italie: flash mob d'Amnesty International contre les disparitions en Egypte

Italie: flash mob d'Amnesty International contre les disparitions en Egypte

AFP

Amnesty dénonce une "multiplication des disparitions forcées" en Egypte

Amnesty dénonce une "multiplication des disparitions forcées" en Egypte

Nouvelles du Caire

Egypte

La femme de Mohamed Morsi appelle au retour du président déchu

La femme de Mohamed Morsi appelle au retour du président déchu

Nouvelles du Caire

Avec la crise en Egypte, la résignation des Gazaouis

Avec la crise en Egypte, la résignation des Gazaouis

Nouvelles du Caire

Cahier d'un retour au Caire natal

Cahier d'un retour au Caire natal

Manifestations en Egypte

Coup d'Etat

Egypte: Morsi écarté du pouvoir et la Constitution suspendue

Egypte: Morsi écarté du pouvoir et la Constitution suspendue

feuille de route

Egypte: comment les militaires organisent leur retour

Egypte: comment les militaires organisent leur retour

La chute

Mohamed Morsi n'est plus le président de l'Egypte

Mohamed Morsi n'est plus le président de l'Egypte