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Le président égyptien (au centre) et le ministre de la Défense al-Sissi (à droite), 22 mai 2013 / REUTERS
Le président égyptien (au centre) et le ministre de la Défense al-Sissi (à droite), 22 mai 2013 / REUTERS

Le général al-Sissi, nouvel homme fort de l'Egypte?

L'ultimatum lancé au président Morsi permet au ministre de la Défense de s'imposer sur la scène politique.

Les manifestants de la place Tahrir n’ont plus qu’un nom à la bouche: Sissi.

«Morsi n’est plus notre président, Sissi avec nous!», scandent les révoltés de Tamarrod. Le général Abdel Fattah Al Sissi s’impose comme un des nouveaux hommes forts de la contestation égyptienne. Si l’armée s’engage dans un coup de force à l’issue de l’ultimatum donné au président Morsi, il apparaît comme le mieux placé pour prendre les rênes du pouvoir, fait savoir Le Parisien.

Militaire, musulman et modéré

Âgé de 58 ans, ce père de quatre enfants, a connu une ascension professionnelle rapide. Diplômé de la Nasser Military Academy, en Egypte, et du US Army War College, il gravit les échelons de l’armée: commandant de la garnison nord-égyptienne, à Alexandrie, chef de bataillon d’infanterie, attaché militaire en Arabie Saoudite, puis chef de la direction des renseignements militaires.

En 2012, Morsi le nomme président du Conseil suprême des forces armées et ministre de la Défense. Al-Sissi, général sans expérience de guerre, parvient ainsi à écarter le maréchal Hussein Tantaoui, en poste depuis 20 ans, vétéran des conflits israélo-arabes et l’un des plus proches collaborateurs de Hosni Moubarak.

Ce musulman pieux et conservateur s’est parfois vu reprocher d’être trop proche des islamistes, notamment en raison de ses liens de parenté avec Abbas al-Sissi, une figure influente des Frères musulmans, explique France 24. Mais il est en même temps un fervent admirateur du président nationaliste Gamal Abdel Nasser, qui avait engagé une lutte sans merci envers l’organisation panislamiste. Relativement modéré, il a su gérer le changement de gouvernement entre Moubarak et Morsi, souligne la chaîne France 24.

Coups d'éclats à répétition

Mais les relations entre al-Sissi et Morsi se détériorent rapidement. Fin janvier 2013, le général sort déjà de sa réserve, lors d’un discours prononcé devant une académie militaire pour promouvoir un consensus national autour de la nouvelle Constitution:

«La poursuite du conflit entre les forces politiques et leurs divergences sur la gestion du pays pourraient conduire à un effondrement de l'État

Une semaine avant les manifestations du 30 juin, al-Sissi prévient que l’armée pourra être amenée à «intervenir pour empêcher l'Egypte de plonger dans un tunnel sombre de conflit et de troubles» et pour prévenir «l'effondrement des institutions de l'Etat». L’ultimatum imposé à Morsi porte donc la marque du leader militaire.

Dans un message diffusé lundi 1er juillet à la télévision égyptienne, al-Sissi met en garde le gouvernement et l’opposition:

«Si les revendications du peuple n'étaient pas satisfaites durant cette période [48h, NDLR], les forces armées annonceraient une feuille de route et des mesures pour superviser sa mise en œuvre.»

Malgré l’implication de l’armée dans la contestation, al-Sissi a exclu le retour à un pouvoir militaire direct. Son but est surtout de redorer le blason de l’armée aux yeux des Egyptiens, terni par sa gestion du gouvernement de transition entre la chute de Moubarak en février 2011 et l’élection de Morsi en juin 2012.

Un nouveau leader?

Selon la presse égyptienne, al-Sissi représente un atout pour le pouvoir, notamment grâce à ses excellentes relations avec les autorités des pays du Golfe, mais aussi avec l’armée et les services de renseignements américains, avec qui il a coordonné la lutte contre le terrorisme dans la région.

D’après Léon Panetta, ancien secrétaire américain à la Défense interrogé par La Croix, le général al-Sissi montre «un attachement inébranlable aux liens militaires qui existent entre les États-Unis et l’Égypte, qui sont un gage de la stabilité du Moyen-Orient depuis plus de trente ans».

Le général al-Sissi ne s’est pas adressé au peuple personnellement, mais il a envoyé des hélicoptères militaires pour survoler la place Tahrir, en signe de soutien. «L’armée et le peuple unis», se sont réjouis les manifestants, qui semblent décidés à accueillir al-Sissi comme l’homme providentiel.

Le 2 juillet au soir, al-Sissi a rencontré le président Morsi, mais rien n'a filtré de leur entretien.

Anna Romani

Anna Romani

Anna Romani est journaliste à Slate Afrique.

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