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La société civile algérienne en mouvement

Que retenir de la conférence-débat intitulée «Algérie : la société civile face au pouvoir politique», alors que l'Algérie est dans l'expectative depuis la longue absence du président Bouteflika pour des soins en France et que le Monde arabe est au centre de mouvements populaires démocratiques ? La société civile algérienne est-elle en marge de cette dynamique ? La question a été au centre de la rencontre organisée en ouverture, lundi, du 4e Forum international des collectivités locales, par Cités-unies-France au Palais des congrès de Paris. Paris. De notre correspondante La société civile algérienne et le mouvement associatif en tant que partenaires sociaux et acteurs de la coopération internationale décentralisée en ont-ils fini avec la figuration et la marginalisation ? Il a été fait état d'une société civile pas encore professionnalisée mais très motivée et engagée. «La société civile est un facteur d'ouverture, une voie de changement, ce changement nous le voulons dans le calme, le dialogue, la concertation. Jusqu'où cette ouverture va-t-elle aller ?», s'est ainsi interrogé Abderrahmane Arar, président du Réseau algérien pour la défense des droits de l'enfant et coordinateur du programme Joussour. L'échange, dense, entre les orateurs de la conférence-débat, en l'occurrence Abderrahmane Arar, l'historien Benjamin Stora, Georges Morin, président du groupe pays Algérie de Cités-unies-France et le directeur d'El Watan, Omar Belhouchet, et la salle, a couvert un éventail de thématiques dont nous reprenons les principales séquences. Après avoir souligné l'émergence relativement récente du mouvement associatif algérien, Georges Morin, modérateur de la conférence-débat, donne le ton en lançant : «On va parler vrai. L'Algérien donne l'impression, d'une part, de ne plus croire en aucune idéologie, d'autre part, qu'il se replie sur lui-même et sa famille pour avoir trop souffert, mais entre les deux positions, qu'il s'implique de plus en plus dans la vie de son quartier, de son environnement, qu'il retrouve la fibre collective grâce à un projet de proximité. On observe aussi un dégel apparent des pouvoirs publics et dans le même temps une nouvelle loi sur les associations est promulguée.» Abderrahmane Arar rappelle que la société civile algérienne est passée par plusieurs étapes douloureuses qui ont entravé son épanouissement. Et de noter que toutefois, depuis les années 2000, il y a «une bonne dynamique entre la société civile et ses partenaires». Il précise que le démarrage du programme Joussour (80 associations algériennes et plus de 40 associations françaises) qui concerne un enjeu important (22 millions d'enfants et de jeunes) n'a pas été facile, du fait d'un doute et d'une méfiance dès qu'il s'agit de coopération internationale. «On a accepté ce programme pour le savoir-faire qu'il nous apporte, parce qu'on voulait un partenariat inclusif, notre finalité est de contribuer à l'amélioration de la situation, de notre environnement». A partir de ce programme, d'autres réseaux s'installèrent. Georges Morin, pionnier de la coopération décentralisée algéro-française, observe que de plus en plus de walis, de responsables d'administrations publiques à l'échelon local, mais aussi national s'ouvrent à cette coopération.   «L'islamisme n'est plus la solution en Algérie» «Force est de constater qu'il y a une faillite de l'Etat sur les questions sociales et les préoccupations de la société» et que des associations tentent de combler ce vide, note Omar Belhouchet. Et il rappelle qu'à l'indépendance, les organisations de masse ont été réduites à une fonction de courroie de transmission de l'idéologie du parti unique, qu'avec sa victoire électorale, le FIS a ½uvré pour investir le champ social et que c'est à partir des années 2000 que la société a commencé à s'organiser individuellement et collectivement, en toute autonomie. «Les pouvoirs publics, dépassés, ont compris qu'il fallait laisser le mouvement associatif agir dans une certaine proportion». Mais qu'«il n'en est pas de même des autres formes de revendications - droit de l'homme, devoir de mémoire, liberté d'expression, lutte contre la corruption - à propos desquelles sévit une répression implacable. Le droit de manifester est toujours interdit». Il y a toutefois de la résistance, ainsi «le mouvement des jeunes chômeurs qui est né dans le Sud, malgré sa répression, gagne les grandes villes du Nord». Et «aujourd'hui on sent que les jeunes Algériens ne sont plus sous l'emprise de l'islamisme, ils veulent du travail, voyager et pas forcément pour quitter le pays, il veulent prendre en main leur devenir de manière autonome. L'islamisme n'est plus la solution en Algérie». Aux origines du nationalisme algérien Benjamin Stora invite à réfléchir à la difficulté d'émergence de la société civile et à se structurer. Et pour ce faire, il suggère d'aller aux origines du nationalisme algérien qui s'est constitué sur la hantise de la dispersion et de la division, d'où cette option de centralité. «Cette question est au c½ur de la société algérienne. Le nationalisme a combattu l'opposition territoriale, le wilayisme.» Et de rappeler que la question de la centralité de l'Etat s'explique aussi par la géographie - l'Algérie est le plus grand pays du Maghreb - et parce qu'on appelait dans les années 60 de la «congolisation» du pays. «Dans les années 1990, il y a eu cette menace de basculement, par la guerre faite à l'Etat national». «Cette question de centralité est très ancrée au détriment des villes, des individus, c'est une matrice culturelle profonde. La centralisation de l'Etat née de l'obligation du Mouvement national de faire face à la puissance coloniale est une singularité algérienne qui explique pourquoi l'Algérie reste à l'écart des printemps arabes. L'Algérie est passée par deux guerres, mais elle ne peut pas rester à l'écart de la mondialisation politique, économique et culturelle. Elle appartient à un espace régional en mouvement (Maghreb et Méditerranée), la circulation de l'information est très rapide, la jeunesse algérienne s'est investie dans les réseaux sociaux.» Et l'historien d'estimer qu'«on n'est pas dans la même problématique que ''Dégage Ben Ali'', les Algériens avaient le sentiment en 2011 que le départ de Bouteflika n'entraînerait pas le changement du système, mais que c'est le système qui doit évoluer.» Aussi, pour les Algériens, «il s'agit de peser sur la vie quotidienne. Cette façon de repartir vers le bas est importante». Sur la question franco-algérienne, selon Benjamin Stora, un tournant politique a été enclenché depuis la visite du président Hollande mais «les vieux réflexes continuent, les lourdeurs, les archaïsmes ne vont pas être dissous par un accord d'Etat à Etat. Il y a tout un travail de pédagogie à faire». Le manque de partenaires algériens à des fins de projets communs est une réalité qui a été abordée à partir de nombreux témoignages apportés par des acteurs de la coopération décentralisée internationale, présents dans la salle. Comment construire ce savoir-faire ? Benjamin Stora affirme que dans son domaine, il est confronté à cette problématique. «On revient à la même génération d'historiens algériens qui a maintenu le fil de l'échange, qui est restée sur place mais qui vieillit.» «La relève générationnelle est une question très sensible.» Au titre de mot de la fin, Omar Belhouchet estime qu'«une nouvelle phase politique s'ouvre en Algérie, l'idéal c'est qu'elle soit une véritable phase de transition pour permettre aux Algériens de renouer avec la politique, la liberté et la démocratie».

El Watan

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