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Islam , sondage d’opinions : Religion , politique et société

Par Ridha Ben Kacem

Entre 2008 et 2012, le « Pew Research Center » a conduit deux grandes enquête d'opinons dans 37 pays musulmans qui ont permis de dégager d'importantes données sur les attitudes et les pratiques des musulmans. Ces enquêtes qui a impliqué plus de 38.000 entretiens en face-à-face, conduits dans plus de 80 langues, avec des musulmans en Europe, en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, ont permis de mettre en place une banque de données très riche en enseignements que nos « amis » d'Ennahdha devraient consulter le plus souvent. Cela pourrait leur inspirer des actions utiles ; pour leur pays. Le« Pew Research Center » est un centre américain qui fournit des informations, sur des sujets controversés, relatifs en général, aux attitudes et tendances, qui influencent les États-Unis en particulier, et le monde, en général. Son siège social est à Washington, D.C. et ses activités sont financées par le « Pew Charitable Trusts ».Le « Pew Research Center » est un organisme qui se présente comme politiquement neutre, mais le « Pew Charitable Trusts » finance des projets qui ne sont pas nécessairement, neutres ce qui peut bien évidemment, orienter les résultats de certaines études. Vous lirez la suite, en prenant les précautions d'usage, dans ce genre de cas.

Un grand sondage du « Pew Research Center » réalisé donc, auprès des habitants de plusieurs pays musulmans, about à la conclusion somme toute attendue, que la plupart des musulmans sont profondément attachés à leur foi et veulent que ses enseignements façonnent non seulement, leurs vies personnelles, ce qui relève de la conviction personnelle, mais aussi, le mode de vie de la société dans laquelle ils vivent, ainsi que les choix politiques qui y sont proposés. En effet, dans les 39 pays étudiés, dont la TUNISIE, une majorité d'habitants, disent que l’islam est la seule vraie foi, qui conduit à la vie éternelle dans le ciel, et que la croyance en Dieu, est nécessaire pour être une personne morale. La majorité des habitants de ces pays ne semble pas admettre que d'autres religions ou encore, la laïcité, puissent guider la morale des gens. Pour eux, Allah est l'unique voie du bien. Beaucoup pensent également, que leurs chefs religieux doivent avoir au moins une certaine influence, sur les questions politiques, s'ils ne sont pas déjà au pouvoir. Et beaucoup expriment le désir que la charia soit reconnue, comme unique source de la loi officielle de leur pays.

Commençons donc, par ce dernier point qui fait aujourd'hui, débat en Tunisie. Le pourcentage de musulmans, qui disent désirent que la charia soit à la source de la législation, varie considérablement, à travers le monde musulman, de moins d’un sur dix en Azerbaïdjan, soit uniquement 8% de la population, à la quasi-unanimité en Afghanistan où ce taux atteint les 99%. Mais de solides majorités, dans la plupart des pays étudiés, à travers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, l'Afrique sub-saharienne, l'Asie du Sud et l'Asie du Sud-Est, sont favorables à l’établissement de la charia, dont 71% de musulmans au Nigeria, 72% en Indonésie, 74% en Egypte et 89% dans les territoires palestiniens. C'est une donnée pas si surprenante que cela, dans la mesure où la charia est déjà plus ou moins, à la base des lois, dans les pays cités. In ne faut donc, pas interpréter ces résultats en absolu, comme on a souvent, tendance à la faire.

Cependant, le sondage révèle en même temps, que même dans de nombreux pays où il y a un fort soutien pour la charia, la plupart des musulmans sont favorables à la liberté religieuse, pour les personnes d’autres confessions. Liberté religieuse ne signifie pas forcément, que les autres religions ont le droit de s'exprimer à la vue de tous. Dans ce cas là, la religion doit rester le plus possible, dans le domaine privé. Au Pakistan, par exemple, les trois quarts des musulmans disent que les non-musulmans sont libres de pratiquer leur religion, et un total de 96% de ceux qui partagent cette évaluation, disent que c’est «une bonne chose».Pourtant, 84% des musulmans pakistanais sont favorables à la promulgation de la charia, comme loi officielle du pays et donc, applicable aux non-musulmans. Ces points de vue, apparemment divergents, sont possibles en partie, parce que la plupart des partisans de la charia au Pakistan, comme dans de nombreux autres pays d'ailleurs, pensent que la loi islamique ne devrait s’appliquer qu’aux musulmans. Ils ne voient aucune contradiction entre cette prise de position et le fait de désirer en même temps, que la charia soit la seule source de la loi qui, et qu'elle soit applicable à tout le monde, sans distinction.

L’enquête montre également, que les musulmans ont tendance à être plus à l’aise, avec l’utilisation de la charia, dans la sphère domestique, pour régler les conflits familiaux ou ceux liés à la propriété. Par contre, et malgré le soutien à la présence sociétale de la charia, dans la plupart des pays étudiés, il y a beaucoup moins de soutien, pour des peines sévères, comme couper les mains des voleurs ou exécuter des gens qui se convertissent de l’islam à une autre religion. Et même dans la sphère domestique, les musulmans diffèrent largement, sur des questions comme la polygamie, plutôt rejetée, le divorce et la planification familiale, plutôt, moralement acceptables. Chose étrange, les musulmans ne voient pas d'inconvénient à l'instauration de l'égalité en héritage, entre les héritiers, sans distinction de sexe.

Dans la plupart des pays étudiés, la majorité des femmes musulmanes, ainsi que les hommes, s’accordent à dire, qu’une femme est toujours obligée d’obéir à son mari. En effet, plus de neuf sur dix musulmans en Irak (92%), au Maroc (92%), en Tunisie (93%), en Indonésie (93%), en Afghanistan (94%) et en Malaisie (96%) expriment cette opinion. En même temps, une majorité des interrogés disent qu’une femme doit être capable de décider par elle-même, du port du voile. Or, l'on observe bien, des enfants de sexe féminin, pour qui les parents tranchent la question du port du voile, à un âge très précoce, sans parler des jeunes filles et des femmes obligées par leur père ou mari, de porter le voile. Encore des contradictions entre les attitudes exprimées et les pratiques sociales observées.

Dans l’ensemble, le sondage révèle que la plupart des musulmans ne voient aucune tension inhérente au fait d'être dévot et de vivre dans une société moderne. Il semble ainsi, que les musulmans dans leur ensemble ne voient pas de difficulté, dans le fait que penser par soi-même, devient un exercice difficile, quand on laisse la religion s'immiscer dans toutes les questions existentielles. Ils ne voient pas non plus, de conflit entre la religion et la science. Chose étonnante, la plupart croient que les humains et les autres êtres vivants ont évolué au fil du temps, alors que la majorité des exégètes musulmans enseigne le fixisme et non l'évolutionnisme de Darwin. Il y a là véritablement un phénomène étonnant, qui mérite explication.

En politique, beaucoup sont en faveur de la démocratie, par rapport à un régime autoritaire. En culture, ils disent qu’ils apprécient, à titre personnel, bien évidemment, les films occidentaux, la musique et la télévision, même si la plupart pensent que la culture populaire occidentale, sape la moralité publique.

Ce sondage permet également, quelques comparaisons avec les premières enquêtes du « Pew Research Center » sur les musulmans, aux États-Unis. Comme la plupart des musulmans du monde entier, les musulmans américains expriment généralement, un fort attachement à leur foi et ont tendance à ne pas voir un conflit inhérent, entre être pieux et vivre dans une société moderne. Mais, les musulmans américains sont beaucoup plus enclin que les musulmans des autres pays, à avoir des amis proches, qui ne partagent pas leur foi, et ils sont beaucoup plus ouverts à l’idée que beaucoup de religions et pas seulement l’islam, peuvent conduire à la vie éternelle, dans le ciel. En même temps, les musulmans américains sont moins enclins que leurs coreligionnaires, à travers le monde, à croire en l’évolution des être vivants, à l'image d'ailleurs, de la majorité des américains de confession chrétienne. À ce sujet, ils sont donc, plus proches des chrétiens américains.

Peu de musulmans américains soutiennent les attentats suicide ou d’autres formes de violence, contre les civils, au nom de l’islam. 81% disent que ces actes ne sont jamais justifiées, tandis que moins d’un sur dix disent que la violence contre des civils est souvent justifiée (1%) ou est parfois justifiée (7%) pour défendre l’Islam. Partout dans le monde, la plupart des musulmans rejettent également, l’attentat-suicide et les autres attaques contre les civils. Cependant, d’importantes minorités dans plusieurs pays, disent que ces actes de violence sont au moins, parfois justifiés, dont 26% de musulmans au Bangladesh, 29% en Egypte, 39% en Afghanistan et 40%, dans les territoires palestiniens.

Telles sont les principales conclusions d’une enquête mondiale sur le Forum du « Pew Research Center »,sur la religion et la vie publique, dans les pays musulmans. L’enquête a été réalisée en deux vagues. Quinze pays d’Afrique sub-saharienne, avec des populations musulmanes importantes, ont été interrogés en 2008-2009, et certains de ces résultats ont été analysés précédemment, dans un rapport daté de 2010, du « Pew Research Center » intitulé : « Tolérance et tension : L’islam et le christianisme en Afrique sub-saharienne ».Une deuxième vague a concerné 24 pays en Europe, Asie, Moyen-Orient et en Afrique, dont les habitants ont été interrogés en 2011-2012, les résultats concernant les croyances et les pratiques religieuses, ont d’abord été publiées dans le rapport de 2012 du « Pew Research Center », intitulé : « Musulmans dans le monde : unité et diversité ». Les résultats dont sont tirés les éléments analysés, dans le présent document, sont tirés d'un troisième rapport intitulé :« Religion, politique et société »,qui s'est concentré en particulier, sur les attitudes sociales et politiques des musulmans, en intégrant les résultats de deux vagues de l’enquête.

Parmi les principales conclusions, on note :

1 / Au moins, la moitié des musulmans, dans la plupart des pays sondés, se disent préoccupés par les groupes extrémistes religieux, dans leur pays, y compris les deux tiers ou plus des musulmans, en Égypte (67%), en Tunisie (67%) (Opinons exprimées avant les actions terroristes de jebal Châambi), en Irak (68%), en Guinée Bissau (72%) et en Indonésie (78%).

2 / Les musulmans du monde entier, considèrent massivement, que certains comportements, y compris la prostitution, l’homosexualité, le suicide, l’avortement, l’euthanasie et la consommation d’alcool, sont immoraux. Mais les attitudes envers la polygamie, le divorce et le contrôle des naissances sont plus variées. Par exemple, la polygamie est considérée comme moralement acceptable par seulement 4% des musulmans en Bosnie-Herzégovine et en Azerbaïdjan, environ la moitié des musulmans dans les territoires palestiniens (48%) et en Malaisie (49%), et la grande majorité des musulmans, dans plusieurs pays en Afrique sub-saharienne, comme le Sénégal (86%) et le Niger (87%), où ces pratiques sont courantes.

3 / Dans la plupart des pays où l’on a posé une question à propos de ce que l'on appelle les crimes «d’honneur»,la majorité des musulmans disent que ces meurtres ne sont jamais justifiés. Seuls deux pays – l’Afghanistan et l’Irak – tolèrent majoritairement, les exécutions extrajudiciaires de femmes qui auraient fait honte à leur famille, par les relations sexuelles avant le mariage ou l’adultère.

4 / Relativement, peu de musulmans disent que les tensions entre les musulmans les plus religieux, et les musulmans moins pratiquants, constituent un problème dans leur pays. Dans la plupart des pays où l’on a posé la question, les musulmans voient aussi, peu de tension entre les sunnites et les chiites, même si un tiers ou plus de musulmans, au Pakistan (34%) et au Liban (38%), considèrent le conflit entre sunnites et chiites, comme un gros problème.

5 / Les musulmans d’Afrique sub-saharienne assistent plus facilement, aux réunions interreligieuses, par rapport aux musulmans interrogés dans d’autres régions et sont bien informés sur les autres religions. Mais, des pourcentages importants de musulmans, en Afrique sub-saharienne, perçoivent aussi, l’hostilité entre les musulmans et les chrétiens. En Guinée-Bissau, par exemple, 41% des musulmans disent que «la plupart» ou «beaucoup» de chrétiens, sont hostiles, envers les musulmans, et 49% disent que «la plupart» ou «beaucoup» de musulmans, sont hostiles, envers les chrétiens.

6 / Dans la moitié des pays où on a posé la question, la majorité des musulmans veulent que les chefs religieux aient au moins, «une certaine influence»,dans le domaine politique, et d’importantes minorités d’Asie, du Moyen-Orient et Afrique du Nord, pensent que les chefs religieux devraient avoir beaucoup d'influence politique. Par exemple, 37% des musulmans en Jordanie, 41%, en Malaisie et 53%, en Afghanistan disent que les chefs religieux doivent jouer un rôle « important » dans le domaine politique.

7 / Le soutien du processus faisant de la charia, la loi officielle du pays, tend à être plus élevé dans des pays, comme le Pakistan (84%) et le Maroc (83%), où la Constitution ou des lois fondamentales, favorisent déjà, l’islam sur les autres religions.

8 / Dans de nombreux pays, les musulmans qui prient plusieurs fois par jour, sont plus favorables à la charia, comme loi officielle, par rapport aux musulmans qui prient moins fréquemment. En Russie, au Liban, dans les territoires palestiniens et en TUNISIE, par exemple, les musulmans qui prient plusieurs fois par jour, ont au moins, 25 points de pourcentage de plus, en faveur de la consécration de la charia, par rapport aux musulmans moins pratiquants. En général, cependant, il y a peu de différence en faveur de la charia selon l’âge, le sexe ou l’éducation.

Par Ridha Ben Kacem le 2 juillet 2013

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