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Commune de Boromo : L'or de la division

La tension sociale ne faiblit pas à Boromo. L'exploitation du site aurifère de Signoguin, situé à quelques encablures de la ville, est au centre d'une bataille fratricide sans merci qui dure depuis plusieurs mois dans cette localité. L'arrivée, courant mars 2013, d'un nouveau concessionnaire sur ledit site est à la base de cette situation.Entre manifestations de rues émaillées d'échauffourées, accusations et contre-accusations, les ressentiments s'aiguisent au grand dam de la cohésion sociale, plus que jamais menacée.

La paix sociale est mise à rude épreuve à Boromo. Et c'est peu dire,au regard de l'ambiance qui règne dans cette cité jadis paisible depuis plusieurs mois. Tenaillée par une crise sans précédent et aux relents politico-économiques, la ville retient son souffle. Après une période très chaude, faite de manifestations violentes, de courses-poursuites entre forces de l'ordre et manifestants à travers les artères de la ville, d'attaques verbales entre autorités locales, le niveau du mercure social a quelque peu baissé ces derniers temps. Mais la bombe n'est pas pour autant désamorcée définitivement. Le contentieux reste quasi entier et continue de susciter des inquiétudes.

L'enjeu est de taille.Des gros sous sont en jeu. Le contrôle du site aurifère de Signoguin, situé à environ 7km du chef-lieu de la province des Balés, est au centre de ce litige aux rebondissements imprévisibles. Le site aurifère en question avait commencé à faire beaucoup d'heureux dans la localité et à rendre l'activité économique prospère à Boromo. Son histoire remonte à seulement 3 ans en arrière. A en croire les témoignages, les premiers orpailleurs se sont installés sur place en 2010.Le petit périmètre d'alors est devenu aujourd'hui un vaste champ d'abîmes, fait de puits sauvages, de profondes tranchées et de monticules de terres stériles. Inutile de dire que l'activité d'orpaillage était devenue très rentable de ce côté-là. Ils sont nombreux à reconnaître que le site rapportait des revenus substantiels à de nombreuses personnes.

C'est dans cette ambiance qu'à la surprise générale, dans la nuit du 22 mars 2013, une escouade d'éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) fait irruption sur le site. Ils escortent ainsi les hommes de la société SOTEXMI (Société de transport et d'exploitation minière), en vue de leur installation sur le site. Celle-ci serait le nouveau propriétaire légal des lieux. Cela en vertu d'une autorisation d'exploitation artisanale traditionnelle à elle délivrée par le ministère en charge des mines. Les hôtes d'un soir intiment l'ordre aux occupants traditionnels des lieux de déguerpir immédiatement, au risque de se voir embarqués tous. C'est le branle-bas sur le site dans la nuit noire. Dans la confusion générale, les anciens exploitants sont vidés manu militari.

Boromo, Farwest

Dès le lendemain matin, la tension monte dans la ville. Les déguerpis se font entendre à travers des manifestations de colère qui paralysent la ville. La Route nationale n°1 (RN1) est bloquée pendant de longues heures. Impossible pour les usagers d'aller dans les deux sens. Des pneus sont incendiés sur le bitume.La tension monte irrésistiblement. La ville devient pratiquement un vaste champ de bataille. Une véritable guérilla urbaine faite de courses-poursuites entre forces de l'ordre et manifestants. Aux tirs de gaz lacrymogènes de la police, les manifestants répliquent par des jets de pierres. Le domicile du chef est violé par les forces de sécurité qui n'ont pas hésité à y tirer des gaz lacrymogènes et à y pénétrer pour procéder à des arrestations parmi les personnes qui s'y étaient réfugiées.

Pour les manifestants, pas question de se laisser spolier de la sorte.D'où sort SOTEXMI ? Où était cette société au moment où les pauvres orpailleurs croisaient le fer avec les hostilités de la nature pour déblayer le site ? Pourquoi attendre que le site devienne aussi prospère pour aller chercher une autorisation au ministère pour y faire une telle irruption. Autant de questions que se posent les frondeurs et qui contribuent à exacerber leurs ressentiments.

Du côté de la mairie, on leur fait comprendre qu'ils occupaient illégalement les lieux car, n'ayant pas d'autorisation administrative pour exploiter le site. SOTEXMI est, dit-on, officiellement reconnue pour y intervenir. Mais les manifestants ne l'entendent pas de cette oreille. Ils étaient dans les démarches pour obtenir leur autorisation. Certains d'entre eux avaient même leurs demandes d'autorisation entre les mains du maire en son temps. Celui-ci leur avait promis de les accompagner pour régulariser leur situation. Comment SOTEXMI, qui n'était pas présente sur le site, a-t-elle pu devancer les autres dans ces démarches ?

On parle de duperie. Le maire est soupçonné d'entente coupable avec la SOTEXMI. Des gros sous auraient circulé en sous-mains. L'affaire divise le Conseil municipal. Certains conseillers reprochent au maire d'agir en cavalier solitaire.A travers une lettre en date du 19 février 2013, pendant qu'il venait fraîchement d'être élu à la tête de la commune, bien avant que le nouveau Conseil municipal ne se réunisse pour la première fois, il a donné un avis favorable au ministère des Mines, en vue de l'octroi de l'autorisation d'exploitation du site à SOTEXMI. Ce n'est que le 1er mars 2013, à l'occasion de la 1re session du Conseil municipal, que le sujet a été évoqué à titre d'information dans le point des divers de l'ordre du jour. Cet état de fait n'a pas manqué d'offusquer certains. Pourquoi une telle légèreté avec un sujet aussi important ? Se sont-ils demandé, avant d'exiger qu'une session extraordinaire soit convoquée pour débattre exclusivement de la question.

Dans l'attente de cette session, les conseillers ont été aussi surpris de l'arrivée de SOTEXMI dans la nuit du 22 mars. Plus inconfortable est la situation de certains propriétaires terriens et autres exploitants de champs dans cette histoire. Ces derniers disent n'avoir pas été associés à la démarche. C'est après avoir obtenu son autorisation au niveau du ministère que le nouveau concessionnaire du site vient vers eux. Comment comprendre l'absurdité d'une telle démarche ? N'est-ce pas par là qu'il eut fallu commencer ? Se demande-t-on.

Impossible d'exécuter une décision de Justice

Le patron de SOTEXMI, un certain Sayouba Sawadogo dit Sayouba Sanem, serait passé maître dans ce genre de pratiques. Il est accusé de procéder chaque fois ainsi, partout où il a des visées sur des sites d'orpaillage. Cette fois-ci, « ça ne se passera pas ainsi ». Promettent les ex-occupants du site de Signoguin. Le dimanche 24 mars, un groupe de femmes se rassemble pour aller demander la libération d'un des leurs, interpellé la veille par la police. Les infortunées seront durement réprimées ce jour-là. Leur démarche s'est soldée par des blessées et des arrestations dans leurs rangs. Dans la nuit du 27 mars, des enlèvements sont opérés dans les domiciles de certaines personnes aux environs de 2 heures du matin.

C'est donc parti pour un long bras de fer qui dure depuis des mois. Le site, jusque-là sous garde de la CRS, reste désespérément désert. Pratiquement aucune activité ne s'y mène. Impossible pour les ex-occupants d'y avoir accès. Encore moins de disposer des minerais abandonnés dans la précipitation le jour de leur déguerpissement. L'affaire a fini par atterrir sur le bureau du juge. Une décision a été rendue. Mais impossible de l'exécuter. En effet, saisi dans cette affaire opposant un groupe d'orpailleurs à la société SOTEXMI SARL, le Tribunal de grande instance de Bobo Dioulasso a rendu l'ordonnance N°003/2013, le 3 avril 2013.

Cette décision ordonnait notamment l'enlèvement de minerais sur le site aurifère de Signoguin, au profit des orpailleurs. L'huissier de Justice commis à la tâche, s'étant transporté le 13 avril 2013 à Boromo à l'effet de procéder à l'exécution de la décision, s'est retrouvé en bute avec la CRS, chargée de la garde du site. Celle-ci s'est opposée à l'accès au site par l'huissier et les 10 éléments de la gendarmerie requis par le ministère de ce dernier. « Au nom du peuple du Burkina Faso ; en conséquence le Burkina Faso mande et ordonne à tout huissier de Justice sur ce requis ; de mettre ladite ordonnance à exécution ; aux chefs de parquets des juridictions d'appel et de grande instance d'y tenir la main ; à tout commandant et officier de la force publique de prêter mains forte lorsqu'ils en seront légalement requis ».

La lecture de cette formule exécutoire dont est revêtue la décision, n'y fait rien. Les éléments de la CRS, arguant de ce qu'ils auraient reçu des instructions fermes de leur hiérarchie, ont opposé un refus catégorique à l'accès au site. En désespoir de cause et face à la disproportion des forces en présence, l'huissier a dû surseoir à sa mission et se résoudre à la rédaction d'un procès- verbal de difficultés d'exécution d'une décision de Justice qu'il a transmis à qui de droit.

L'impossible compromis

Il n'y a pas que ça ! L'arrivée à l'improviste de SOTEXMI sur le site dans la nuit du 22 mars, accompagnée par la CRS, ne finit pas de faire jaser. La plupart des autorités locales n'auraient pas été informées de cette arrivée. Ni le gouverneur de la région, ni le haut-commissaire, ni la gendarmerie n'étaient apparemment informés. Seuls le maire et le Directeur provincial de la police, pensent certains, étaient au fait de cette arrivée.Le 17 mai 2013, face à l'enlisement de la crise, un groupe de jeunes organise une marche de protestation.

Dans une lettre remise au haut-commissaire, ils exigent la révocation pure et simple du maire et le départ du Directeur provincial de la police, tous deux accusés de connivence avec le patron de SOTEXMI. A l'occasion, le maire sort de sa réserve et contre-attaque. Il ne s'encombre pas de fioriture pour accuser le haut-commissaire, Henriette Lydie Diallo, et le chef du village de Boromo, Naaba Relwendé, d'être les instigateurs de ces manifestations dont l'objectif est de le déstabiliser. Pour lui, tout cela n'est que manipulations politiciennes. Des mauvais perdants qui auraient voulu être à sa place, dit-il, sont à la base de ces man½uvres sordides face auxquelles il se dit serein. Finalement, une session extraordinaire du Conseil municipal est convoquée le 7 juin 2013. La question du site aurifère est inscrite en bonne place dans l'ordre du jour. Les débats furent des plus houleux. Le maire a beau justifier son quitus à la venue de la SOTEXMI par une volonté de mettre de l'ordre sur le site, surtout avec le cyanure qui avait commencé à s'y inviter, son argumentaire convainc difficilement ses contradicteurs.

Certains conseillers disent avoir été mis devant le fait accompli.Pourquoi tant de précipitation dans le traitement d'un dossier unanimement reconnu très sensible ? Avant de donner son favorable avis, pourquoi le maire n'a-t-il pas requis l'adhésion des acteurs à la base ? C'est là le n½ud de tout le problème, juge-t-on. Comment peut-il donner son avis favorable pour autoriser une entreprise privée à venir occuper les champs des gens sans l'accord préalable de ces derniers ?Le maire est-il devenu un agent démarcheur de la SOTEXMI ? Pourquoi c'est à lui que cette société remet l'argent pour désintéresser les propriétaires de champs ? Pourquoi s'est-il subitement érigé en défenseur des intérêts de la SOTEXMI, au grand dam de ses administrés ? Surtout que, avant d'être élu maire, affirment ses détracteurs, lui-même intervenait sur le même site en tant qu'orpailleur. Les interrogations fusent de partout. Au bout d'une session marathon ayant traîné jusqu'en début de soirée, les conseillers sont repartis, sans un véritable modus vivendi. Et le contentieux demeure...

Par Y. Ladji BAMA


Yoro, la terreur des orpailleurs !

A l'état civil, il s'appelle Ousséni Nacanabo. Mais il aime se faire appeler Yoro. Il est présenté comme le fondé de pouvoir de Sayouba Sanem, le big boss de SOTEXMI. Sur le site de Signoguin, tout comme dans bien d'autres localités, apprend-on, il est le cauchemar des orpailleurs. Dans le milieu, on dit que lorsqu'il commence à fréquenter un coin, c'est que le « danger » n'est pas loin : Sayouba arrive.

Selon les témoignages, c'est lui l'homme orchestre qui dirige les opérations sur le terrain pour la défense des intérêts de son maître. C'est lui qui a conduit l'irruption de la nuit du 22 mars sur le site aurifère. La mine permanemment grave et le verbe haut, il avance toujours encadré par des éléments de la CRS. Il n'hésite pas à menacer son vis-à-vis. Il n'est pas de nature à plaisanter avec les récalcitrants. Soutient-on. Ceux des orpailleurs qui ont osé se mettre à travers son chemin l'auraient appris à leurs dépens.

Pour ses détracteurs, toute sa force réside dans les bonnes grâces de la CRS, cette institution de la République au sujet de laquelle nombre de personnes s'interrogent sur la nature des rapports qu'elle entretient avec certaines sociétés d'orpailleurs. Qu'est-ce que les magnats de l'or comme Sayouba Sawadogo et autres Adama Kindo lui donnent-ils pour qu'elle leur voue tant de sollicitude ? Se demande-t-on.

Ousséni Nacanabo
Le Reporter