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Hanté par la mort, Mandela a envisagé la sienne sereinement

Hanté par la mort durant tout son combat contre l'apartheid, Nelson Mandela chérissait ces dernières années l'idée de finir ses vieux jours dans son village d'enfance de Qunu et envisageait sa propre disparition avec la sérénité du devoir accompli.

"Je ne doute pas un seul instant que lorsque j'entrerai dans l'éternité, j'aurai le sourire aux lèvres", avait-il écrit en 1997, heureux de voir le chemin accompli par son peuple depuis la fin de l'apartheid trois ans auparavant.

C'est dans un testament tenant sur une page A4 qu'il a, selon la presse locale, consigné ses instructions pour demander que sa dernière demeure reste des plus modestes et à l'image de la simplicité qu'il aimait cultiver, y compris lorsqu'il fut président de 1994 à 1999.

"Il ne s'est jamais beaucoup creusé la tête à propos de sa mort mais n'a jamais voulu quelque chose de fantaisiste", a confié un ami de la famille à l'hebdomadaire Mail&Guardian.

Sa seule fantaisie consistait à imaginer en 2003 Walter Sisulu, l'homme qui l'a amené à la politique, l'attendant au paradis avec un formulaire d'adhésion à l'ANC et en train de chanter un appel à la mobilisation.

La tradition du peuple xhosa, dont Mandela s'est toujours réclamée, veut qu'il repose près de ses proches.

Dans un documentaire de 2003, Mandela avait désigné sans ambiguïté Qunu, le village de son enfance, comme son lieu de sépulture: "Ma famille est là-bas et j'aimerais être enterré là chez moi", déclarait-il dans une séquence tournée au pied du carré familial des Mandela à Qunu.

Le lieu, situé à environ 500 mètres de la maison des Mandela, de l'autre côté de la voie rapide N2, est facile à repérer de loin par la silhouette des arbres formant un carré.

De larges stèles de facture relativement simples et austères se dressent dans les herbes hautes jaunies avec l'inscription "Mandela" gravée sur le haut d'un fronton triangulaire.

"J'aimerais qu'on dise +Ici repose un homme qui a fait son devoir sur la terre+. C'est tout", avait déclaré le héros de la lutte contre l'apartheid en 2006 dans un autre documentaire, faisant écho à un propos tenu en 1996: "La mort est inévitable. Quand un homme a accompli ce qu'il considère comme son devoir envers les siens et son pays, il peut reposer en paix. Je pense que j'ai fait cet effort et c'est pourquoi je vais donc pouvoir reposer pour l'éternité".

Dans une autre déclaration à caractère prémonitoire, Nelson Mandela avait également déclaré lors de l'éloge funèbre du dirigeant communiste Joe Slovo en 1995: "Les hommes et les femmes de qualités sont rares et difficiles à croiser. Et quand ils s'en vont, le sentiment de perte est d'autant plus profond et plus difficile gérer".

Mandela avait regardé en face sa propre mort, lors de son procès de 1964, alors qu'il risquait la peine capitale: "Mon idéal le plus cher a été celui d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. J'espère vivre assez longtemps pour l'atteindre. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir", avait-il lancé à ses juges, dans une adresse passée à la postérité.

Marqué par le décès de plusieurs proches qu'il n'a pas pu enterrer, son fils aîné, sa mère mais aussi la perte de compagnons ayant sacrifié leur vie pour le combat qu'il menait depuis sa prison, Nelson Mandela en arriva à écrire un jour en 1987 qu'il lui semblait que "le monde lui-même était en train de mourir".

Son ancien camarade de cellule Ahmed Kathrada, 83 ans, rappelait ces jours-ci au Sunday Times comment Mandela avait réagi en apprenant la mort de son fils aîné Thembekile en 1969.

"Il a été appelé par l'administration. Nous étions tous dans la cour mais au lieu de revenir avec nous, il a regagné directement sa cellule et s'est mis sur son matelas. C'était pareil quand sa mère est morte. Il était seulement très silencieux et portait le deuil tout seul".

 

AFP

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