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Industries minières (Par Amady Aly Dieng)

Extraire à tout prix ? Alternatives Sud
Volume 20-2013/2 Editions Syllepse
211 pages

Depuis une décennie, le monde connaît un boom minier. Présenté comme une opportunité unique pour nombre de pays du Sud, il constituerait une source de croissance qui permettrait tout à la fois de créer des emplois, d'assurer des recettes fiscales aux Etats et, par là même de leur donner les moyens de leur souveraineté. L'exploitation minière est ainsi devenue une composante clé des stratégies de développement de plusieurs Etats, institutions internationales (Banque mondiale) et organisations continentales (Union africaine), ainsi que des relations commerciales Sud-Sud, marquées par l'expansion de pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil.

Parallèlement et en fonction de ce boom minier, les conflits n'ont cessé de se développer et de s'intensifier, centrés sur la répartition des richesses produites, mais aussi sur les dégâts environnementaux, sociaux et politiques occasionnés. Selon une version optimiste, la prévention, la gestion et, de manière générale, une meilleure « gouvernance » pourraient sinon éliminer ces impacts négatifs, du moins les réduire grandement.

Mais les mines posent des problèmes radicaux en termes de territoires, de souveraineté et de limites écologiques, qu'il est impossible de compenser. Elles tendent à reconduire la logique

coloniale des relations politique et économique, qui met à mal les droits, parfois contradictoires, et l'autonomie des différents acteurs - locaux ou nationaux, peuples autochtones, Etats ... Les résistances que suscitent les industries minières tiennent alors tout autant à leurs effets qu'à leur mode de fonctionnement.

L'exploitation minière est à la fois un miroir et un levier de la mondialisation en cours. Elle soulève des problèmes en termes de gestion et de contrôle, mais aussi, plus radicalement, en termes d'égalité, de droits et, finalement, de choix de société. Les nombreux conflits qui en résultent prennent différentes formes et rassemblent différentes forces sociales, dont l'articulation déterminera en grande partie le sort réservé à notre planète.

Ces dernières années, l'Amérique latine est passée du « consensus de Washington » au « consensus des matières premières », dont le modèle « extrativiste » est partie intégrante. Dans ce contexte, le rôle de l'Etat et les frontières entre politiques gouvernementales se sont modifiés, et les conflits socio-environnementaux ont explosé et pris un tour éco-territorial. Est en jeu la définition même du développement et de la démocratie.

L'Amérique du Sud, gouvernée majoritairement par des partis auto-étiquetés de « gauche », a certes enrégistré ces dernières années des avancées sociales, mais celles-ci ont été obtenues parallèlement à la consolidation du modèle classique d'exploitation « extractiviste » et d'exportation. Les nouveaux « Etats compensateurs » cèdent par rapport au capital transnational, et dans le même temps, tentent de le contenir, dans un effort redistributif.

La République démocratique du Congo (RDC) est un « scandale géologique » avec ses 2,3 millions de km2 de superficie contenant plus de 1100 substances minérales différentes (Banque mondiale, 2008), pour une valeur estimée à 3700 milliards de dollars. En plus des minerais, elle possède des ressources forestières millions d'hectares, soit 56% des forêts d'Afrique, ce qui la classe comme la deuxième plus grande forêt mondiale après celle de l'Amazonie), énergétiques (barrages d'Inga dont la capacité de production d'énergie hydroélectrique représente 15% de la capacité mondiale), pétrolière (avec une réserve de 180 millions de barils) et gazeuses (avec une réserve de 55 milliards de m3 dans le lac Kiwu).

La RDC se classe au premier rang mondial des réserves de cobalt - avec près de la moitié des réserves mondiales - et du diamant industriel (80 %), ainsi qu'au 2e rang pour le fer (5,8 % des réserves mondiales) et le pyrochlore (6,6 % des réserves mondiales). Elle occupe en outre le 5e rang mondial pour le coltan, le 8e pour la cassitérite et le 4e pour cuivre. Dans la filière aurifère, la RDC occupe actuellement le7e rang des pays producteurs.

La RDC est scandaleusement pauvre selon le rapport du Pnud 2013 sur le développement humain, elle occupe la 186e et dernière place (aequo avec le Niger) du classement mondial.

Le paradoxe de la coexistence entre le scandale géologique et le scandale de la pauvreté justifie le titre de l'article qui est consacré à ce pays : Vers une « bonne gouvernance » du secteur minier de la République démocratique du Congo ?
La « malédiction des ressources» qui affecte l'Afrique du Sud s'exprime également dans le champ politique, comme l'a montré le massacre de trente-quatre mineurs en grève à Marikana en 2012. Témoin de l'adhésion des nouvelles élites politiques noires au modèle économique dominant et des collusions entre capital transnational et mandataires publics, cet événement pourrait cependant aussi annoncer le retour de la lutte contre l' «apartheid de classes».

L'article : Les ressources minières et le développement de l'Afrique qui plaide pour une réappropriation et une forte régulation du secteur minier africain se compose de deux parties distinctes. La première est extraite du rapport sur les ressources minières de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (Uneca). La seconde est une synthèse de la déclaration clôturant la réunion panafricaine de la société civile tenue à Accra en 2012 sur la vision africaine des mines ».

L'héritage minier africain réside aujourd'hui dans ses déficiences structurelles historiques. Ses principales caractéristiques - et difficultés - sont celles d'une industrie enclavée. La majeure partie du secteur a des liens très lointains avec le reste de l'économie nationale ; les titres de propriété et l'exploitation des mines sont entre les mains d'entreprises étrangères ; la plupart des minéraux sont exportés à l'état brut ; enfin, l'industrie importe la quasi-totalité de ses intrants de l'étranger.

Cette économie minière enclavée est un héritage colonial que les nationalisations postindépendance (par la création de nouvelles entreprises minières publiques) n'ont pas réussi à résorber. Les réformes subséquentes de la Banque mondiale qui, devaient attirer les capitaux-investissements privés étrangers, ont supprimé le rôle direct que l'Etat jouait dans la production. Ces réformes ont isolé encore davantage cette économie enclavée.
Les articles consacrés aux pays d'Asie sont pleins d'enseignements.

Les conflits opposant les communautés locales aux entreprises minières demeurent un problème chronique de l'Indonésie. La fin de la dictature de Soeharto, la décentralisation et la « participation populaire » annoncée n'ont pas freiné la tendance. Au contraire, les autorités actuelles parient sur le boom minier, en dépit de ses impacts environnementaux et de l'opposition des petits agriculteurs et pêcheurs.

Le potentiel de l'industrie extractive en Afghanistan est considérable. Mais la faiblesse de l'Etat, la corruption, le poids cumulé de l'aide internationale, des investisseurs étrangers et de l'OTAN sont sources de graves inquiétudes. L'exploitation des ressources s'est engagée au détriment de l'environnement et de la population. La société civile, encore faible et trop dépendante des bailleurs, tente pourtant de s'organiser.

L'initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) a été lancée par le président Tony Blair lors du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg en 2000. L'ITIE vise à se dégager de ce que « la malédiction des ressources » en encourageant la transparence. Elle a joué un rôle central dans la stratégie de la Banque mondiale concernant le secteur minier. Elle lui a permis de détourner les critiques et de légitimer son action. En mettant l'accent sur la transparence, l'ITIE évacue les problèmes fondamentaux liés à l'extractivisme et fausse la compréhension des enjeux, intérêts et conflits entre les différents acteurs.

Ce numéro de la revue Alternatives Sud apporte beaucoup d'éléments de réflexion sur les problèmes d'industrialisation. Il contribuera à élever le niveau des discussions théoriques sur la nature de la véritable industrialisation des pays du Sud.

Amady Aly Dieng

Rewmi

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