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Réflexions sur le Visa dès ce 1er juillet 2013 (Par Jean Paul Dias)

Pour compter du 1er juillet 2013, le gouvernement du Sénégal a décidé d'exiger le visa d'entrée aux ressortissants des pays qui l'imposent aux Sénégalais. Pour nous limiter aux cas des ressortissants français, cette mesure ne saurait, nullement, représenter un acte d'hostilité ou ce que le langage des diplomates désigne sous le vocable de posture inamicale. Bien au contraire.

Signalons que, depuis fort longtemps, toute l'Afrique francophone soumet les citoyens français au visa d'entrée. Qu'il s'agisse du Bénin, du Togo, du Burkina ou du Niger ; qu'il s'agisse des pays d'Afrique Centrale constituant le pré carré traditionnel : Cameroun, Gabon, Congo-Brazzaville ; qu'il s'agisse même du Tchad, de la Centrafrique, de la Côte d'Ivoire ou du Mali qui, tous, doivent tant à la France et à ses soldats lesquels se sont franchement battus pour assurer la sauvegarde de leur stabilité et de leur intégrité territoriale parfois au prix du sacrifice suprême. Pour dire que l'exemption sénégalaise sur cette question finissait par apparaître comme une anomalie d'autant qu'aucun des gouvernements successifs de la France n'a agi dans le sens d'encourager le Sénégal à demeurer la seule exception dans ce domaine.
Par exemple, en contrepartie de la facilité sénégalaise, la France aurait pu adopter le régime du visa gratuit en faveur des Sénégalais à l'instar de ce qui se faisait au début de l'instauration du visa (vers 1983/84) ; elle aurait pu exonérer de visa les enseignants de nos Universités (dès le grade de Maître assistant), les opérateurs économiques (critères à définir), les artistes et créateurs de renom (là aussi critères à définir), les anciens combattants (au nom du sang versé), les officiers des forces de Défense et de Sécurité (détenteurs d'autorisations de la Hiérarchie), les avocats, magistrats, médecins et ingénieurs. Pour ne se limiter qu'à ces quelques corps. Nous ne faisons même pas cas des multiples tracasseries de notoriété publique.
Aucun des régimes français, de droite comme de gauche, n'a daigné aller dans ce sens quand on sait que depuis 2013, les fonctionnaires en possession de passeports de service, les universitaires, hommes d'affaires et artistes de la République du Cap-Vert sont autorisés à entrer en France sans visa et à y séjourner 3 mois. Prime à la démocratie ? Pourquoi pas aussi pour le Sénégal de Macky Sall (post 27 mars 2012) ?
En fin de compte, la décision sénégalaise constitue une stricte application de la réciprocité, pierre angulaire de la Convention de Vienne qui régit les relations internationales. Au total, du point de vue du principe, aucun grief ne saurait être formulé à l'encontre du Sénégal. Au demeurant, nous observons que nul ne le fait en France.
C'est à propos de la mise en application qu'il nous paraît utile d'énoncer quelques propositions étant entendu que la souplesse annoncée (ex : possibilité de délivrer visa aux points d'entrée au Sénégal ou via le net) maintient le Sénégal dans le groupe des pays de grande ouverture et de tendre hospitalité. Un peu comme Dubaï, les Maldives et autres sites paradisiaques en faveur des détenteurs de passeports de l'Union Euro­péenne.
Le ministre du Tourisme a fournit les apaisements aux préoccupations des professionnels du secteur relativement à l'entrée sans visa des touristes pour cette année. Encore que nous ne sommes que passablement convaincus par l'argument prétextant des pertes supposées pour notre pays en cas d'imposition du visa aux touristes. En effet, si l'un d'eux, vivant en Europe, désire se rendre au Népal, au Kenya ou en Thaïlande, il ne va pas préférer la Tunisie ou le Maroc simplement pour une raison de non visa ou de proximité. L'effort est attendu ailleurs, par ex : sur le coût des réceptifs, celui du transport plombé par les taxes d'aéroport exorbitantes, les plus chères du monde, héritées de l'ère prédatrice du régime défunt.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères a affirmé que les binationaux seraient exemptés du visa même si aucune précision n'a encore été rendue publique quant aux formalités. Il est tout à fait légitime que l'ensemble des binationaux, sans distinction, bénéficient de la libre entrée dans le pays. D'abord parce qu'il est établi, depuis longtemps, que leurs transferts d'argent permettent à de nombreuses familles restées au Sénégal de vivre décemment. D'où leur participation à la stabilité sociale. Tout le monde sait que le total de ces sommes dépasse celui de l'aide publique au développement. Ensuite, ce sont ces émigrés qui portent le poids du surcoût des appels entrants toutes les fois où des surtaxes ont été appliquées. Enfin, seules des exigences de vie, de travail ou de famille les forcent, parfois, à renoncer à leur nationalité d'origine (Arabie Saoudite, Japon, Pays -Bas, Espagne, RD Congo, Allemagne) mais le Sénégal conserve, pour l'éternité, leur c½ur, leur âme. Si bien que vouloir les stigmatiser par rapport aux autres binationaux relève de l'injustice gratuite d'autant que dans ce monde globalisé nous évoluons tous au sein d'un simple village planétaire.
Nos concitoyens tout comme le Sénégal officiel doivent rompre avec l'hypocrisie ostracisant la double nationalité. La double nationalité est consubstantielle du Sénégal lequel, de par son histoire et sa position géographique, a accueilli et assimilé diverses populations d'où un merveilleux brassage pacifique ; a vu partir et continuer d'émigrer nombre de ses ressortissants qui déroulent leur vie à l'étranger où naissent leurs descendances ; a vu ses citoyens organiser, volontairement et par pragmatisme, la naissance de leurs enfants en Europe ou aux Usa. Donc stop à l'hypocrisie ! De fait comme en droit, le Sénégal se révèle, par excellence, un pays de binationaux.
Voilà pourquoi, au titre des modalités, nous recommandons d'abord le système algérien : dès qu'à l'embarquement le binational présente une Carte nationale d'identité sénégalaise, il sera autorisé à voyager vers le Sénégal tout autant qu'il y entrera sans visa avec son passeport étranger et sa Carte d'identité sénégalaise.
Ensuite, à l'instar de l'exemple capverdien, quiconque prouve par son passeport étranger sa naissance au Sénégal, entre sans visa dans le pays. Nous ne voyons pas au nom de quoi seraient exclus de cette facilité, l'ancien ministre français Rama Yade, l'ancien député européen Fodé Sylla, l'ancien capitaine de l'équipe de France de football, Patrick Viera, le jeune Thione Niang ancien des campagnes électorales de Obama, ancien de la Maison Blanche, ainsi que tous les autres natifs du Sénégal même s'ils demeurent juridiquement «étrangers».
L'on nous objectera qu'à ce rythme la présidente Ségolène Royal, le rappeur MC Solaar et d'autres natifs du Sénégal pourraient y avoir droit aussi. Pourquoi pas ? Ce serait mesquin de la part du pays de la Téranga de les taxer pour un éventuel pèlerinage sur leur terre natale.
Allons-nous imposer le visa à Pape Diouf (ex- président de l'Om), né au Tchad et voyageant sous passeport français ? Au jeune Alioune Thiam, Akon de son nom d'artiste, né américain (Us born citizen) ? Nous sommes bien contents de compter sur nos binationaux dans nos équipes sportives internationales (football-rugby-basketball etc.). Or, dans leur écrasante majorité, ils sont nés à l'étranger. Qu'y a-t-il de prévu en direction de ces concitoyens ? Je conseille que tous nos enfants et petits enfants nés à l'étranger soient exonérés de visa pour entrer au Sénégal. Sans prendre en compte le patronyme, source éminente de discrimination, on pourrait imaginer un système simple de preuve d'ascendance au premier degré.
L'Assemblée nationale vient de voter, sans débat, une loi modifiant le Code de la nationalité et conférant directement la nationalité sénégalaise à tout enfant né à l'étranger d'une mère sénégalaise et d'un père étranger (patronyme !). Une anomalie flagrante, explicable historiquement mais incompréhensible dans son maintien, vient d'être ainsi rectifiée.
Enfin, ce qui précède nous encourage à aller plus loin en proposant que les enfants mineurs (moins de 18 ans) de toutes nationalités, soient admis sans visa à l'entrée au Sénégal. Cette mesure serait portée à la connaissance de la Communauté internationale en particulier celle de l'Unicef.
Ces quelques suggestions sont destinées à la réflexion des autorités et celle des services compétents qui devraient rester constants dans la souplesse durant quelques mois afin que cette mise en place du visa n'apparaisse ni comme une opération xénophobe ni comme une tentative d'enrichissement sans cause d'un privé... étranger ni comme une campagne mercantiliste de recettes fiscales ni comme une mesure à pseudo soubassement sécuritaire qui ne convainc personne mais uniquement comme la manifestation d'une marque de souveraineté.
Jean Paul Dias

Rewmi

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