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Tchad: "indices graves" contre l'ex-président Habré arrêté à Dakar

Il existe des "indices graves" contre l'ex-président tchadien Hissène Habré, arrêté dimanche à Dakar et accusé de crimes contre l'humanité, qui pourrait être inculpé et incarcéré dès mardi, selon le procureur du tribunal spécial chargé de le juger au Sénégal.

Le procureur, Mbacké Fall, a déclaré lundi à Dakar avoir demandé "au juge d'instruction une mise en détention préventive (de Habré) après avoir découvert des indices graves et concordants de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et de tortures".

Il a précisé qu'à l'issue de ses 48 heures de garde à vue, l'ex-président tchadien arrêté dimanche à son domicile de Dakar, serait présenté mardi devant un juge d'instruction du tribunal spécial qui décidera de son inculpation et de sa mise en détention préventive éventuelles.

"Nous avons considéré Hissène Habré  comme premier responsable qui a dirigé la répression" pendant son règne à N'Djamena de 1982 à 1990, a ajouté M. Fall.

Selon lui, c'est Habré lui-même "qui a créé la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS, police politique) et nommé ses agents dont il recevait  régulièrement des rapports".

La DDS est notamment considérée comme étant à l'origine des exécutions et actes de tortures à l'encontre des opposants d'alors.

Ces "indices" ont été découverts lors de missions récentes en Belgique -où une instruction a déjà été menée à l'encontre d'Habré à la suite d'une plainte d'un citoyen belge- ainsi qu'au  Tchad, a précisé le procureur.

Hissène Habré a passé sa première nuit en garde à vue après une arrestation qui ouvre la voie à son procès au Sénégal où il est réfugié depuis 22 ans.

Le président tchadien Idriss Déby Itno, qui l'avait renversé en 1990, a salué lundi à la radio nationale l'arrestation d'Habré et l'action de son homologue sénégalais, Macky Sall, qui n'a eu de cesse depuis son élection en mars 2012 de relancer le dossier, au point mort du temps de son prédécesseur Abdoulaye Wade.

"Macky Sall vient de marquer l'histoire de l'Afrique, une Afrique de demain, une Afrique débarrassée de tous les maux, une Afrique débarrassée de toutes les dictatures ou toute forme d'oppression", a affirmé le président Déby, se réjouissant qu'Habré soit "rattrapé par l'histoire".

 

"Grand tournant"

 

Lundi, le quotidien sénégalais Sud quotidien estimait qu'"après des années de tribulations, la machine judiciaire s'emballe (...) contre l'homme fort du Tchad entre le 7 juin 1982 et le 1er décembre 1990".

"C'est un grand tournant. Depuis plusieurs années, les victimes cherchent à faire entendre leur cause auprès de la justice sénégalaise. On va très vite maintenant" vers la tenue d'un procès Habré, a affirmé à l'AFP Alioune Tine, président du Comité sénégalais des droits de l'homme.

L'arrestation de Habré marque une étape décisive vers un procès au Sénégal, retardé depuis des années. Le précédent président du Sénégal, Abdoulaye Wade, ne l'avait jamais fait en douze ans au pouvoir (2000-2012), mettant en avant un manque d'argent, allant même jusqu'à menacer d'expulser Hissène Habré vers le Tchad.

Le tribunal spécial créé pour juger Hissène Habré, formé de juges sénégalais et africains, a été mis en place en décembre à la suite d'un accord entre le Sénégal et l'Union africaine (UA). 

Avant cela, Dakar avait réformé sa législation pour pouvoir juger Habré, se dotant notamment d'une loi de compétence universelle, qui permet à la justice sénégalaise de s'intéresser à des faits commis en dehors du Sénégal.

"Pour les crimes imprescriptibles, on ne peut plus échapper à la justice. Si vous n'êtes pas jugés dans un pays, vous le serez ailleurs. Il vaut mieux donc que les Africains s'organisent" pour avoir leur propre justice, dit Alioune Tine.

Dans un communiqué publié dimanche, des avocats de M. Habré ont affirmé qu'il avait été "illégalement arrêté" et ont réclamé sa "libération immédiate".

Une commission d'enquête du gouvernement tchadien sur les crimes et détournements commis pendant les années Habré, créée après sa chute par le gouvernement tchadien, avait estimé à plus de 40.000, dont 4.000 identifiées, le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées au cours de sa présidence.

AFP

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