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Tuez le Morsi en vous et dans les vôtres ! Par Kamel DAOUD

La semaine politique ? Un peu de tout : un Président algérien alité en France, du mazout au Maroc, des otages au Mali,  Arnold Schwarzenegger à Oran. L'Algérie est-elle devenue fréquentable après la décennie 90 ? A croire que oui : nous sommes la dernière république dite « arabe » aux yeux du canon occidental, la démocratie par défaut, la nation qui dit « partage ! » au lieu de « dégage ! », la seule dictature dont l'homme fort est un homme faible et malade. Le seul pays où la « dictature » a subi le sort de trois : l'avion de Ben Ali, l'alitement de Moubarak et le lynchage (médiatique) de Kadhafi. Les trois, pour Bouteflika.

Du coup, par contraste, on devient une terre stable. Comparé au reste du monde « arabe » en proie aux monarchies ou aux confréries. L'Algérie fait du pétrole, fait bonne impression mais ne fait pas l'histoire. Et donc si l'on se cantonne à vouloir chercher l'actualité dans la semaine algérienne, on tombe dans la routine et on se lasse de Saïd, son frère, sa vie, son vent. Où alors ? En Egypte : terre du milieu. C'est là que se joue la bataille du monde entre le courant laïc du monde dit « arabe » et l'islamisme politique. C'est là que doit se décider la liquidation de l'utopie religieuse des « Frères » ou s'enterrer à jamais l'espoir d'un nation séculaire. Et d'ailleurs, la bataille est presque gagnée. Les islamistes ont perdu ce que le printemps « arabe » leur a fait gagner : la légalité, la "fréquentabilité", la légitimité. Peu à peu, ils sont revenus à leur nature sectaire et leur logique de confrérie, sans sens de l'Etat ou du consensus.

Et c'est là que l'on revient au couple que l'on connaît : l'Algérie et l'Egypte. Pour une guerre de Libération, pour un match de foot, une chanteuse. Là aussi, le destin est commun : les islamistes ont été vaincus militairement en Algérie et seront vaincus politiquement en Egypte. C'est en Algérie, avant la global-war, les récupérations, al Qaïda et la redécouverte du monde par l'Amérique et les dérives et abus, que l'on a découvert que l'on peut vaincre militairement les islamistes. Il manquait au triomphe total une victoire politique sur ce courant et là, chez nous, ce fut l'échec : ce que le FIS n'a pas pu avoir par le maquis, il l'a eu par le tapis. L'Algérie bascule, depuis des années, dans le rêve du califat soft et la chariaa de la rue, comme en ont rêvé les premières générations de barbus. Et c'est en Egypte que l'on voit venir ce qui aurait du se passer chez nous : la liquidation de l'illusion islamiste, définitivement, puissamment et dans un face à face que n'ira pas masquer une réconciliation artificielle. Cette victoire en Egypte aura un sens immense pour nous, pour le monde d'Allah et servira à entamer peut-être cette sécularisation qui fait fantasmer les plus optimistes d'entre nous. C'est peut-être de l'Egypte que viendra la bonne nouvelle et que l'on finira par prouver aux gens, les nôtres, dans nos familles et nos villages que l'islamisme ne se mange pas, ne nourrit pas son homme et son pays et ne sert à rien et n'a pas de vision pour la vie, sauf la vie après la mort. C'est important car la victoire militaire sur les islamistes en Algérie sera un jour une défaite sans une victoire politique et philosophique sur ce courant.

C'est donc l'événement du siècle et de la semaine. A coté, la pénurie de mazout ou la carte de séjour de Bouteflika en France ne sont que des détails.

Kamel DAOUD

Algérie Focus

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