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Les enseignements de la marée humaine en révolte dans le pays du Nil

Par Mansour Mhenni

Tous les regards sont tournés vers l'Egypte depuis quelques jours : le président Mohamed Morsi est en grande difficulté, ne sachant à quel saint se vouer ; il a le sentiment de plus en plus confirmé que son pouvoir bat de l'aile. Mais, au lieu de faire contre mauvaise fortune bon c½ur et d'essayer de négocier une sortie honorable de la crise, il n'a fait jusqu'à présent que s'entêter et camper sur ses principes, inconscient de ce qui fait la force d'un homme politique réussi, c'est-à-dire sa compétence à adapter son discours et son parcours à l'exigence du terrain et à la volonté du peuple, après une lecture clairvoyante de la conjoncture et des rapports de force réels. Au contraire, il a usé et abusé, dans son dernier discours de mercredi 26 juin, d'une arrogance caractérisée qui lui ôte le peu de légitimité présidentielle qui lui restait au-delà du résultat d'élections dont la marée humaine conteste obstinément la représentativité. Ainsi, le jour où le président égyptien, qui fait plus figure de militant partisan que de président de tous les citoyens, prendra vraiment conscience du danger qui le menace ainsi que les siens, il sera sans doute trop tard, comme ce fut le cas pour certains autres, ses prédécesseurs que « le printemps arabe » a fini par balayer.
La situation est d'autant plus explosive que les Egyptiens, après le déclenchement du « printemps arabe » en 2011 à partir de la Tunisie, s'étaient sentis « doublés », en quelque sorte quant à l'initiative politique, eux dont le pays est baptisé « La Mère du monde » et le conducteur de conscience de la nation arabe. On se souvient même que certains frères d'Egypte avaient essayé de trouver chez eux un précédent symbolique à l'acte déclencheur des révoltes arabes, en l'occurrence l'acte d'immolation de Mohamed Bouazizi. Aujourd'hui, il importe aux Egyptiens de reprendre l'initiative de l'épuration des mutineries arabes auxquelles on n'aurait donné la dénomination de révolution que pour mieux exploiter les populations. Il importe aux enfants des Pyramides et du Nil de faire valoir devant le monde qu'une civilisation plusieurs fois millénaire ne saurait s'accroupir devant les premiers démagogues et les pires faussaires qui brandissent le drapeau de la religion pour mieux avilir les hommes, alors que tous les mouvements réformistes en terres arabes ont eu pour référence l'Islam dans lequel ils avaient vu un haut lieu de pensée humaniste.
Si des suites de cette contestation quasi-généralisée en Egypte les islamistes finissent par essuyer un revers fâcheux à même de compromettre leur avenir politique, c'est qu'en Egypte comme ailleurs, ils n'ont pas réussi à faire la part du politique et celle du religieux, ignorant que le politique demeure de l'ordre du civil même s'il s'inspire du religieux et que le religieux restera a-politique, individuel car un fait de conscience personnalisée, même s'il inspire parfois les politiques. Je continue de penser qu'au-delà de l'exploitation religieuse de circonstance, à coups de fatwas de manipulation, l'Islam est fondamentalement en conformité avec cette vision des choses, quoi qu'en disent ses prétendus ténors.
Aujourd'hui, l'Egypte donne une autre leçon aux peuples arabes, sauront-ils capter le message ? L'histoire proche nous le dira !
Aujourd'hui l'Egypte donne une autre leçon aux dirigeants arabes, surtout les islamistes parmi eux et leurs alliés de circonstance. Sauront-ils en tirer les enseignements qui se doivent ? Il y a lieu aussi d'en douter. Je n'en veux pour preuve que certains propos de l'équipe de notre président provisoire qui cherchent à criminaliser ceux qui critiquent leur chef ou qui en font la parodie ou la caricature : ils en font les derniers bouts de l'ancien régime, en complot concerté contre « l'homme le plus cultivé, le plus intelligent, le plus compétent et le plus honnête » de la Tunisie de tous les temps. Ce faisant, ils oublient qu'ils accomplissent la même fonction et qu'ils jouent le même rôle que ceux qui étaient au service de Ben Ali, ceux-là qu'ils accusent de bassesse, de lèche-bottes, et de tous les torts imaginables, au point de chercher à leur ôter leur humanité. C'est donc cela le nouvel humanisme des droits de l'homme ? Et puis, si ces gens sont si incorrigibles, pourquoi ne cherchent-ils pas à faire allégeance aux nouveaux maîtres pour rester dans la logique immuable qu'on veut leur coller pour toujours ?
Non ! Ces gens ont montré qu'ils sont tout aussi capables de jouer le rôle qui leur est dévolu ou qui leur revient de droit, en fonction de leur engagement professionnel ou personnel. Ils ont été dans la discipline à leur chef quand ils en ont été redevables, tout comme l'équipe des nouveaux dirigeants fait son travail en défendant à cor et à cri, parfois contre tout bon sens, les mots et les choses de leurs patrons. Mais aujourd'hui que le pays a gagné sa liberté d'expression, sans doute sans eux et peut-être même contre eux, ils ont réussi facilement à s'intégrer dans la logique de la libre parole et de la libre pensée. Parce que ce sont de vrais professionnels qui savent accomplir convenablement leur devoir et tirer profit autant que possible des avantages de leur droit quand ils en ont le droit.
Bref, je crois que ce ne sont pas ces gens-là, autour des dirigeants d'aujourd'hui, qui peuvent conduire intelligemment leur communication et éviter ses pièges les moins prévisibles. Pourtant, c'est malheureusement par cet effet de la médiatisation de leurs affaires que nos nouveaux dirigeants pèchent le plus. De ce fait, l'impression que l'on aurait, à première vue, c'est que nos politiques d'aujourd'hui peuvent passer à côté des enseignements de la marée humaine en révolte dans le pays du Nil, une marée dont le courant peut être plus fort que le Nil même, et tout emporter sur son passage quand elle est tout emballée.

Mansour Mhenni le  juillet

Remarque : le Titre n’est pas de l’auteur

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