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Dimanche de colère contre « Al-Ikhouan » en Egypte

**L’armée égyptienne estime à «plusieurs millions» le nombre de manifestants qui défilaient dimanche à travers le pays.
**Quatre morts ont été recensés dans des heurts entre pro et anti-Morsi.
**Le Quartier Général des Frères musulmans ( Al Ikhouan ) au Caire a été attaqué.
A l’entrée de la place Tahrir, le ton est donné. «Accès interdit aux Ikhouans », prévient une large banderole, accrochée à une minibarrière métallique. De part et d’autre de ce «check point» improvisé, des volontaires en veston jaune fluo fouillent les sacs, scrutent les cartes d’identité. «Question de sécurité!», prévient l’un d’eux, convaincu que les supporteurs de l’islamiste Mohammed Morsi sont prêts à tout pour faire échouer leur rassemblement pacifique.
Il est à peine 14h30 sous un soleil de plomb ce dimanche 30 juin, et déjà quelques milliers de manifestants se sont réapproprié cette place symbolique, épicentre de la révolte qui, en février 2011, mit fin au régime Hosni  Moubarak. «Nous ne partirons pas avant le départ du nouveau président!», martèle un jeune , foulard bleu sur tunique multicolore. Cette infirmière, mère de quatre enfants, a pourtant voté pour lui, il y a exactement un an. Elle a même cru en ses promesses de démocratie et de justice sociale. «Au final, on a hérité des coupures d’électricité, des pénuries en essence et d’un président réduit à aller quémander de l’argent au Qatar et à l’Arabie saoudite !», râle-t-elle, en l’accusant d’avoir «souillé l’image du vrai islam».

Derrière elle, de jeunes révolutionnaires distribuent des cartons rouges, frappés d’un « IRHAL » ( Dégage! ), rédigé en lettres blanches. Le mot, collé sur toutes les lèvres, est répété à l’unisson à travers des haut-parleurs géants, d’où s’échappent, en alternance, des chants patriotiques. Soudain, un épais vrombissement s’abat sur Tahrir. Les têtes se lèvent, étonnées. Quatre hélicoptères rasent le ciel du centre-ville, entamant une petite ronde au-dessus de la grande place, pour ensuite disparaître dans le ciel azur sous un tonnerre d’applaudissements Une énorme ovation adressée à l’armée

Un ancien colonel présent dans la foule, s’en explique. «L’armée est du côté du peuple. Elle le défendra jusqu’au bout pour débarrasser le pays du régime des Frères musulmans!», dit-il. Pour lui, deux scénarios sont possibles: «Soit Morsi finit par s’assagir en décidant de se retirer. Soit ses partisans déclenchent un cycle de violence qui mènera le pays à la guerre civile. C’est cette deuxième configuration que l’armée fera tout pour éviter.»
Plus inattendu, cette théorie d’un chaos uniquement contrôlable par l’armée est aujourd’hui souvent reprise par l’opposition, pourtant connue pour son dégoût des uniformes. Accroupi sous une des nombreuses tentes dressées le long de l’avenue qui fait face au palais présidentiel de Héliopolis, également noire de monde

L’indéniable succès de la campagne «Tamarod»

À l’origine, tout est parti d’un ras-le-bol. Ou plus précisément d’une pétition. Lancée en avril dernier par de jeunes révolutionnaires désenchantés, réunis autour d’un nouveau mouvement «Tamarod» ( Rébellion ), elle propose alors aux signataires de s’allier aux appels à la destitution de Mohammed Morsi. Le texte, porté par la colère contre un président et sa confrérie des frères musulmans accusés d’incompétence et de dérive autoritaire, suggère que l’intérim soit assuré par le chef de la Haute Cour constitutionnelle jusqu’à de nouvelles élections anticipées.Au début, les volontaires du mouvement se comptaient par centaines. Très vite, leur nombre a augmenté.

Disséminés à travers tout le pays, ils ont, des jours durant, accosté les passants, battu le rappel dans le métro, collé des affichettes sur les voitures les bus et les trains. Installés au quatrième étage d’un vieil immeuble du centre-ville cairote, non loin de l’emblématique place Tahrir, leurs responsables ont récolté les papiers, recensé les noms, fait le décompte des signatures. À la veille du 30 juin, ils murmuraient fièrement en avoir récolté 22 millions 134.000 signatures en faveur de la démission du président et de la tenue de l’élection présidentielle anticipée, ce qui dépasse de dix millions le nombre de scrutins recueillis il y a un an par Mohammed Morsi lors de son élection au poste présidentiel. Le chiffre est invérifiable. Mais signe de l’indéniable succès de «Tamarod», le président a paniqué. Dans un discours fleuve de 2 heures 30, retransmis jeudi 27 juin en direct à la télévision, il a reconnu certaines «erreurs» et promis une révision de la Constitution.
Quelques jours plus tôt, ses partisans , Al Ikhouan , avaient lancé une contre-pétition, «Tagarod» («Dépouillements»). Ils avaient même mobilisé leurs ouailles, vendredi 21 juin, lors d’un rassemblement de soutien au raïs islamiste. En vain. Alors, la semaine suivante, le 28 juin, ils ont réitéré, plus nombreux, plus loquaces, mieux organisés. Ce jour-là, il y avait de la tension dans l’air. Dans plusieurs villes du pays, des accrochages ont éclaté. Remontés à bloc, les anti-Morsi ont attaqué plusieurs permanences du parti Liberté et Justice, la branche politique des Frères musulmans. En face, les supporteurs de Morsi ont répliqué. Au total, plus de deux cents blessés, et trois morts – dont un jeune journaliste Américain, tué alors qu’il prenait des photos à Alexandrie, la deuxième ville du pays. Un bilan qui s’ajoute aux cinq morts de la semaine écoulée, marquée par une série d’incidents entre groupes rivaux.
Ce dimanche 30 juin, il est environ 17 heures quand différents cortèges, venus des quatre coins de la capitale, commencent à encercler le palais présidentiel à Héliopolis. L’ambiance se tend rapidement. Au Caire, des dizaines de personnes prennent d’assaut le quartier général des Frères musulmans, qui essuie jets de cocktails Molotov et tirs de chevrotine. Alors que des témoins sur la place Tahrir évoquent une affluence plus importante que lors de la révolte qui a conduit à la chute de Moubarak,( l’Armée avance plus de quatre millions dans les rues au Caire et dans les principales villes )   la principale coalition de l’opposition, le Front du salut national (FSN) a appelé les manifestants à rester dans la rue jusqu’à ce que le président Morsi démissionne.

Bilan lourd

Les affrontements entre anti et pro-Ikhouan ont fait au moins quatre morts et près de 200 blessés dimanche en Égypte, ont annoncé la police et les services de secours. Trois personnes ont été tuées à Assiout et une à Beni Suef, deux villes de la vallée du Nil au sud du Caire.

Dans tout le pays, 174 personnes ont été soignées pour des blessures reçues pendant les affrontements, a précisé le ministère de la Santé. Au Caire et à Alexandrie, plus d’un million de personnes ont manifesté. Dans la capitale, des centaines de personnes ont attaqué le quartier général des Frères musulmans, qui a été incendié. Des coups de feu ont été échangés.

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