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Développement : Sortir le pays du vassalisme économique

Quel modèle économique pourrait permettre à l'Algérie d'amorcer un développement durable ? A cette question, l'économiste et intellectuel algéro-canadien Omar Aktouf répond que l'Algérie dispose de diverses alternatives. Il pense cependant que le modèle américain, qui peut paraître séduisant, reposant sur l'individualisme, la cupidité et la recherche perpétuelle de profits, ne serait pas compatible avec le canevas socio-culturel et cultuel des Algériens. A partir de ce moment, ajoute-il, «nous pouvons évoquer diverses expériences, dont l'exemple latino-américain, en particulier vénézuélien, grâce auquel feu Hugo Chavez avait entrepris d'user des revenus du pétrole pour investir dans la formation, la santé», bref dans l'humain. M. Aktouf dit aussi avoir un penchant particulier les modèles économiques rhénans, en usage en Allemagne et dans les pays scandinaves. Des pays qu'il considère, au-delà d'être riches, comme véritablement en développement car garantissant un certain niveau d'instruction, un accès aux soins, un logement décent et une participation effective à la politique quotidienne de leurs citoyens. Des Etats forts qui permettent une cogestion syndicat-patronat des entreprises socialement responsables. Pour l'économiste, une chose est essentielle : comprendre que toute richesse et tout développement d'un pays ne peuvent être que le fruit des cerveaux de ses habitants. Il considère qu'à partir de là, il n'y a pas fatalité et les Algériens peuvent encore s'en sortir, pour peu qu'ils puissent rompre avec les erreurs commises depuis un demi-siècle et rompre avec des situations qui ont permis le détournement du rôle de l'Etat, et de remplacer l'Etat par une classe de cliques et de clans. Rompre avec une situation où l'Algérie n'est considérée que comme pays assis sur du pétrole qu'elle vend pour acheter absolument tout ce dont elle a besoin. Un état de fait que M. Aktouf qualifie de colonialisme économique, de soumission, ou plutôt de vassalisme. Un effort qui nécessite avant tout un Etat fort, qui applique les principes de cogestion tels qu'inscrits dans la Constitution. Qui nécessite aussi, selon l'économiste, de véritables entrepreneurs et non de simples faiseurs d'argent. Des patrons qui réclameraient, au lieu d'une disparition de l'Etat, un Etat fort à l'allemande ou à la scandinave, disposant de véritables compétences capables d'en finir avec les lourdeurs bureaucratiques et les problèmes qui entravent leur travail. Des entrepreneurs, aussi, avec une responsabilité sociale, contribuant à l'effort de formation et d'éducation des citoyens. La formation, c'est justement le premier des trois secteurs principaux dans lesquels M. Aktouf estime que les Algériens devraient investir. L'agriculture est également un secteur essentiel, selon M. Aktouf, qui considère que la dépendance alimentaire de l'Algérie constitue un objet de chantage pour n'importe lequel de ses partenaires commerciaux ou n'importe quelle multinationale. Enfin, il évoque l'importance d'investir dans l'infrastructure, considérant que la base dont dispose actuellement l'Algérie convient aux années 1960 et certainement pas aux années 2000. L'investissement dans les infrastructures est d'ailleurs, selon lui, essentiel pour l'Algérie qui désire exporter et produire pour exporter. L'économiste avertit toutefois contre certains concepts-pièges comme l'importance des TIC ou encore la nécessité d'aller vers l'économie de la connaissance, estimant que ce n'est qu'un miroir aux alouettes. Il explique ainsi que le secteur tertiaire n'est pas prioritaire et qu'il n'est là que pour soutenir les autres secteurs. M. Aktouf prévient enfin contre la tendance qui voudrait tout aux entreprises étrangères, considérant que les règles régissant l'investissement se doivent d'être sévères pour tirer parti des investissements et éviter les gâchis et les destructions inutiles, comme cela se fait dans des pays comme le Japon ou encore la Norvège. Sans excès d'optimisme, l'économiste pense qu'un changement est possible. En attendant, la rente pétrolière permet encore aux dirigeants d'acheter la paix !  

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